Madrid. Maricarmen, 87 ans, meurt après son expulsion : les spéculateurs immobiliers sont responsables
Thu, 08 Oct 2026 20:06:33 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLa mort de Maricarmen, survenue quelques semaines après son expulsion violente à l'âge de 87 ans, ne provoque pas seulement de la douleur : elle doit nous donner la force de nous organiser, de descendre dans la rue et de tout bloquer pour défendre le droit au logement et changer radicalement ce système pourri.

« Je crois que tout le monde me connaît. Personnellement, je ne vous connais pas tous, mais je connais beaucoup de celles et ceux qui me soutiennent depuis très longtemps. J'aimerais être là avec vous, participer à votre campement et à votre lutte, mais je n'ai malheureusement pas cette chance. »
Ce sont les mots de Maricarmen après son expulsion. Son histoire est devenue le symbole d'une mobilisation qui a embrasé, ces dernières semaines, les rues et les places de toute l'Espagne, donnant un nouvel élan au mouvement pour le droit au logement, qui dénonce de nombreuses autres injustices sociales.
Maricarmen avait 87 ans. Elle s'était opposée à son expulsion de la maison où elle vivait depuis 71 ans. María del Carmen Abascal, que tout le monde appelait Maricarmen, est morte à l'hôpital, loin de chez elle, alors qu'elle voulait passer ses derniers jours dans sa maison.
Maricarmen a été expulsée le 23 septembre dernier. Elle a été directement conduite à l'hôpital, dont elle n'est jamais ressortie vivante. Pourtant, grâce à la mobilisation dans la rue, les propriétaires avaient fini par accepter qu'elle puisse rentrer chez elle. Mais leur cruauté et les délais qu'ils ont imposés lui ont coûté la vie.
Jeter à la rue une femme de 87 ans pour protéger les intérêts des propriétaires est un acte de barbarie. Aucune décision de justice, aucun contrat ne peut justifier une telle violence. Derrière chaque expulsion, il y a des vies brisées, dont la santé se dégrade jusqu'à se perdre, et une peur de tous les instants.
Il ne s'agit pas seulement d'une cupidité individuelle. C'est aussi le résultat de la complicité directe de l'État et des gouvernements successifs qui ont toujours fermé les yeux sur ces pratiques. Les bureaucraties syndicales ont également leur part de responsabilité : elles cherchent à maintenir le calme et à éviter toute agitation alors que 44 personnes sont expulsées de chez elles chaque jour. Les lois protègent les vautours de l'immobilier, les juges prononcent les expulsions, la police les exécute à coups de matraques et d'arrestations, tandis que les partis qui ont successivement été au pouvoir, du Parti populaire (PP) au PSOE de Pedro Sanchéz, votent des lois qui permettent aux spéculateurs de jouer avec nos vies comme s'il ne s'agissait que de chiffres dans un bilan comptable.
À la Puerta del Sol, à Madrid, des milliers de personnes se sont spontanément rassemblées pour un sit-in afin de dénoncer les responsables sans mâcher leurs mots. Toute la place a résonné des slogans : « Maricarmen vit, la lutte continue ! », « Nous sommes toutes des Maricarmen ! », « Ce ne sont pas des morts, ce sont des assassinats ! » et « Grève pour Maricarmen ! ».
Aujourd'hui, nous ne pouvons pas laisser ceux qui ont protégé pendant des années les fonds vautours et les propriétaires rentiers apparaître comme ceux qui vont résoudre le problème ou comme un moindre mal. La responsabilité de la mort de Maricarmen est le fait de la droite, qui défend sans la moindre honte les intérêts des propriétaires, mais aussi des gouvernements « progressistes », qui prétendent protéger les personnes vulnérables alors que des familles continuent d'être jetées à la rue et que certaines personnes meurent loin du logement qu'elles n'ont jamais voulu quitter.
Nous ne laisserons pas ce crime social impuni. Nous n'avons que faire des condoléances de façade de ceux qui entretiennent ce système barbare. Les responsables doivent payer et nous devons nous organiser pour gagner cette bataille.
Notre colère doit s'organiser pour mener la lutte dans chaque quartier, chaque établissement scolaire, chaque université et sur chaque lieu de travail. Nous devons faire converger le combat pour le droit au logement avec la défense de la santé, de l'éducation et des services publics : nous ne devons plus perdre notre vie à la gagner. Assez des demi-mesures ! Nous devons mobiliser toutes les forces des syndicats, des organisations politiques et des organisations de jeunesse pour préparer la journée de grève nationale du 11 novembre. Les syndicats doivent également proposer un véritable plan de lutte, avec des mobilisations déterminées dans la rue, jusqu'à ce que nos logements cessent d'être une source de profit.
Ne laissons pas la douleur nous paralyser. Faisons-en au contraire une force pour transformer de fond en comble cette société capitaliste pourrissante. C'est pour cela que nous nous organisons chaque jour. Pour toutes les Maricarmen et parce que nous avons toutes les raisons de nous battre contre les capitalistes et les gouvernements qui sont à leur ordre, qui font passer les intérêts spéculatifs d'entreprises comme Urbagestión avant la vie des femmes comme Maricarmen.
Nos vies ne sont pas à vendre ! Pour Maricarmen et pour toutes les autres, la lutte continue !