Révolte de la jeunesse : il faut une semaine rouge pour étendre le mouvement au monde du travail !
Thu, 08 Oct 2026 20:11:14 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalCette semaine, la révolte de la jeunesse s'est étendue dans tout le pays, étudiants et travailleurs de l'éducation rejoignant les lycéens mobilisés. La colère s'étend, mais quelles sont les tâches du mouvement lycéen et étudiant pour construire la suite ? Pour gagner, l'auto-organisation et l'élargissement au monde du travail vont jouer un rôle central.

Avec 450 000 personnes mobilisés partout dans le pays, le 6 octobre a été une démonstration de force importante. Le lendemain de cette journée historique, malgré les dires du gouvernement, la mobilisation s'étend et ne faiblit pas. Partout dans le pays, malgré les fermetures et la mise en distanciel, les blocus ont repris dès l'ouverture des établissements. À Paris, des centaines de personnes ont bloqué Assas dans le 6ème arrondissement de Paris, ainsi que l'Institut Catholique de Paris, pour la première fois depuis le début de la mobilisation. Les lycées Racine, Lamartine, Louis Le Grand ou encore Hélène Boucher étaient bloqués en solidarité avec les jeunes de quartiers populaires. À Metz, plusieurs lycées étaient bloqués, dont le lycée Cormontaigne. De nouveaux établissements sont entrés dans la danse, comme c'est le cas du lycée Ozenne à Toulouse.
Signe d'une mobilisation qui s'élargit, les syndicats de l'éducation ont appelé à une journée de grève le 8 octobre en solidarité avec les lycéens. De nombreuses manifestations ont eu lieu en France. La Place de la Bastille à Paris était noire de monde, réunissant lycéens, étudiants et travailleurs de l'éducation, qui ont fustigé à juste titre ne pas avoir été entendus par le gouvernement. Des manifestations réunissant des milliers de personnes ont également eu lieu à Montpellier, Amiens, Toulouse. Dans les universités, la mobilisation s'étend : 2000 étudiants réunis en assemblée générale à Nantes ont voté le blocage et l'occupation de leur campus. À Créteil, 500 personnes étaient présentes, et 600 étudiants à Grenoble, qui ont voté un blocage reconductible jusqu'au 17 octobre. A l'université du Mirail, les personnels étaient 150 en assemblée, et ont voté la reconduction de leur grève jusqu'à vendredi 9 octobre.
Autant d'exemples qui montrent que la colère se répand, s'étend et continue. Mais maintenant on fait quoi ? Après une semaine noire qui s'annonce réussie, quelles sont les tâches de la mobilisation ?
La grande mascarade de la consultation lycéenne
Afin d'enrayer la colère lycéenne, le gouvernement leur a proposé un « temps de dialogue ». Le gouvernement a lancé un questionnaire adressé aux lycéens et banalisé une demi-journée de cours à partir du mercredi 7 octobre pour « favoriser le dialogue au sein des établissements ». Ces concertations sont, à l'image du grand débat organisé pendant le mouvement des Gilets Jaunes ou de la convention citoyenne pour discuter du changement climatique : des coups de communication. Un classique de la macronie, qui ne sait que réprimer brutalement les mobilisations pour terroriser et organiser des faux temps de débats pour se couvrir.
De nombreux lycéennes et lycéens mobilisés entendent déjà dénoncer cette mascarade et prévoient des bordélisations collectives, comme ils l'avaient fait pour les cours en distanciel. Une enseignante du lycée Bartholdi du 93 témoigne de ces actions : « Ce matin, les terminales ont été à la fameuse « concertation » du gouvernement, qui n'est rien d'autre qu'un enfumage pour casser la mobilisation. Au bout de 20 minutes, les élèves sont intervenus pour dire que ça servait à rien, qu'ils scandaient leurs revendications depuis 2 semaines déjà et qu'il fallait rejoindre leurs profs qui étaient devant la grille à perdre des jours de salaires pour eux ».
De plus, ces temps seront donc organisés par les chefs d'établissements, qui participent activement à la criminalisation des mobilisations lycéennes et sont en train d'orchestrer une série de conseils disciplinaires pour punir les lycéennes et lycéens mobilisés. Dans de nombreux établissements, terrifiés de rassembler tous les lycéens, les chefs d'établissement demandent à recevoir seulement les délégués, ou alors les élus du CVL. Autant de signes que cette consultation n'a qu'un seul objectif : faire mine de discuter avec la colère, mais en ne répondant pas concrètement aux demandes des élèves.
En parallèle de cette consultation, le gouvernement a organisé une rencontre avec plusieurs organisations lycéennes et étudiantes. Avec le Poing Levé, nous avons décliné la proposition, car nous estimons ne rien avoir à discuter avec un gouvernement qui mutile les lycéens et réprime brutalement les mobilisations. L'Union étudiante, l'USL, la FSE, l'UNEF ainsi que la FAGE étaient présentes à cette réunion convoquée par le ministre, avec une plateforme de revendications pour le mouvement. Sans surprise, les organisations sont sorties en déplorant l'absence de réponse du ministre de l'Éducation qui a passé une heure à brasser du vent. Surtout, le ministre a annoncé refuser de revenir sur ParcoursSup et a ainsi exclu des négociations une des revendications centrales des lycéens, qui cristallise la sélection sociale qu'ils subissent. Dans ces conditions, on comprend mal pourquoi l'intersyndicale de jeunesse demande à être reçue à nouveau, par le Premier ministre Lecornu cette fois. Loin de ces négociations perdues d'avance, la seule manière de se faire entendre ce sera par le renforcement du rapport de force dans la rue, et par la mobilisation.
C'est un classique du macronisme que le gouvernement s'adresse à une intersyndicale pour chercher à canaliser un mouvement. Pendant la mobilisation contre la réforme des retraites, le gouvernement n'a cessé de balader les organisations syndicales lors de ces discussions, qui ont fini par imposer le rythme de la mobilisation et discipliner la colère. L'intersyndicale de l'enseignement supérieur, composée notamment de la CGT-Ferc Sup et du Snesup-FSU, a de son côté décidé de quitter une réunion avec le ministre Philippe Baptiste mercredi, pour protester contre un budget pour 2027 qu'ils jugent insuffisant. Alors que les directions syndicales du secteur sont généralement promptes à négocier, ce départ montre que le gouvernement n'entend même pas lâcher des miettes et compte imposer l'austérité coûte que coûte.
Le seul langage que comprend le pouvpoir, c'est le rapport de force et l'amplification des mobilisations. En 2006, la jeunesse lycéenne et étudiante mobilisée a obtenu gain de cause en faisant sauter le projet de Contrat Première Embauche (CPE) que voulait imposer Chirac en construisant des mobilisations plus importantes, en construisant la jonction avec d'autres secteurs. La lutte jusqu'à la victoire ne s'obtient pas dans les salons feutrés de Matignon. Le mouvement lycéen actuel, rejoint par les étudiants a largement la force de faire plier le gouvernement, à condition qu'il s'inspire des outils qui ont fait le succès des luttes victorieuses du passé, à savoir l'auto-organisation, et l'élargissement au mouvement ouvrier. En effet, si on veut obtenir l'abrogation de Parcoursup, une des premières grandes réformes d'Emmanuel Macron en 2018 qui répond au besoin urgent des classes dominantes d'exclure les enfants de classes populaires de l'université et casser l'enseignement supérieur pour en faire un outil au service de la bourgeoisie et de la militarisation, il faudra un rapport de force d'ampleur, qui implique de consolider les mobilisations à la base et doter le mouvement d'outils pour se coordonner et s'étendre.
Se coordonner pour faire face aux locks-out et étendre la mobilisation
Alors que le gouvernement cherche des interlocuteurs pour tenter de canaliser la mobilisation, le mouvement a besoin de se doter d'organes de discussion et de délibération pour organiser la suite du mouvement. Les assemblées générales par établissement et les cadres inter-lycées sont, de ce point de vue, primordiaux pour la suite de la mobilisation. Historiquement, le mouvement lycéen et étudiant s'est doté d'organes puissants pour se coordonner, qui seraient plus qu'utiles dans le contexte actuel. L'auto-organisation est fondamentale pour que les lycéennes et étudiants mobilisés aient la main sur leurs propres luttes, en élisant démocratiquement des revendications et des suites pour la mobilisation. Alors que l'intersyndicale de jeunesse, sans consulter les lycées mobilisés, cherche à négocier avec un gouvernement qui les piétine, le mouvement a besoin de ses propres organes pour le représenter et discuter de revendications claires. Dans les assemblées et blocus, les lycéens sont clairs, et revendiquent la fin de Parcoursup, une embauche massive de profs, d'AESH, d'AED et de personnels de l'éducation. Il y a également une aspiration large à remettre en cause les exigences et interdictions autoritaires de l'école, et le caractère raciste et pro-patronal de ces injonctions, à l'image de la dénonciation du port du voile à l'école et de la loi raciste « Bienvenue en France ».
Aussi, pour faire face à la répression sanglante du gouvernement, les assemblées générales permettent de faire remonter les besoins pour du soutien sur les différents blocus. Par exemple, au Havre, une assemblée réunissant des délégations d'une quinzaine de lycées a permis la coordination de la solidarité sur les blocus. Une organisation qui rappelle la manière dont la Coordination RATP-SNCF, réunissant des grévistes des deux entreprises en 2019, avait permis la mise en place de « piquets tournants » pour mutualiser les forces. Les travailleurs se réunissaient de manière alternative sur les différents lieux de travail bloqués, pour empêcher la reprise du travail imposée par les casseurs de grève et la direction. De cette façon, cela empêchait l'obstacle à la mobilisation durant les vacances de Noël. Un procédé dont peut s'inspirer les lycéens pour se soutenir alternativement sur leurs blocus, pour répondre à la répression par le rapport de force.
Enfin, les coordinations étudiantes et lycéennes ont historiquement joué un rôle clé pour permettre de construire la jonction avec le monde du travail. En 2016 lors du combat contre la loi Travail, ce sont les coordinations nationales étudiantes et lycéennes qui avaient permis d'imposer aux directions syndicales une journée commune de mobilisation. Et cette jonction avec les travailleuses et les travailleurs est actuellement une nécessité. Le 17 octobre peut être une date concrète de jonction avec la colère contre la vie chère et l'inflation.
Alors que les lycéennes bravent la répression depuis plusieurs semaines, qu'ils sont rejoints par les étudiants et le personnel de l'éducation depuis quelques jours, l'intersyndicale a appelé à une date de mobilisation pour le 5 novembre. Une perspective scandaleuse car extrêmement lointaine, qui a pour but d'enjamber la date de mobilisation du 17 octobre de convergence des colères. Cette décision tire une balle dans le pied du mouvement. Encore une fois, les directions syndicales cherchent à diviser et discipliner les colères. Pourtant, de nombreux secteurs de travailleuses et travailleurs dont les enfants sont actuellement réprimés par le gouvernement manifestent l'envie de se solidariser du mouvement. Cette solidarité s'est matérialisée par les nombreuses chaînes humaines pour protéger les blocus. Après les personnels de l'éducation de Paul Éluard, les raffineurs du Havre, ce sont les cheminots qui ont organisé la solidarité dans la manifestation parisienne du 6 octobre.
En ce sens, après une semaine noire réussie, le mouvement lycéen et étudiant doit s'atteler à construire une semaine rouge, de jonction avec le monde du travail, qui pourrait, par sa force de frappe et son pouvoir bloquant vis-à vis de l'économie, renforcer le rapport de force. Cette alliance est nécessaire pour obtenir satisfaction et faire reculer Macron. Avec des blocages de lycées, de facs et des manifestations, cette semaine doit se construire dans des cadres d'auto-organisation, réunissant des délégations votées démocratiquement depuis toutes les universités et les lycées mobilisés, pour consolider le mouvement et ses liens avec la classe ouvrière. Ces cadres doivent également permettre de réfléchir aux revendications du mouvement. À Paris, Place de la République, le mercredi 7 octobre au soir, plus de 1000 étudiants ont voté pour construire cette semaine rouge, et la nécessité de ne pas s'arrêter de lutter jusqu'à l'abrogation de Parcoursup et l'obtention de moyens dignes pour étudier. Les revendications du mouvement lycéen exigent des moyens colossaux, que nous devons aller chercher par le rapport de force dans les poches du patronat.
La capacité du mouvement à s'auto-organiser va jouer un rôle clé dans la mobilisation. Il y a une occasion historique à saisir pour prendre notre revanche contre Macron. La plateforme Parcoursup, mise en place il y a 8 ans, a inauguré une série de réformes anti-sociales dégradant les conditions de vie de la jeunesse. Le mouvement actuel est l'occasion d'ébranler ces plans et de se battre pour l'avenir que nous méritons. Un avenir où la jeunesse ne passe pas sa vie à la gagner, mais où l'économie est contrôlée par la majorité, où un revenu étudiant financé par le patronat nous permet d'étudier dans les filières de notre choix, sans avoir peur de trouver du travail ensuite. Un monde où la jeunesse arrête d'être angoissée par son avenir et la crise climatique, mais reprend le pouvoir aux patrons, réorganise l'économie selon les besoins de l'environnement et pense la construction d'une autre société, débarrassée de l'exploitation, des oppressions et de la violence que le système capitaliste fait peser sur nos vies.