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Annonces de Geffray : cinq minutes de bricolage sur TF1 pour enfumer les lycéens

Thu, 08 Oct 2026 22:40:16 CEST

Révolution Permanente

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Après les miettes de Lecornu sur le carburant, Geffray sort sa baguette magique. Au menu : un logiciel qui se met soudain à fonctionner et une nouvelle opération d'enfumage pour tenter de calmer la colère des lycéens, alors qu'une nouvelle journée de grève est appelée le 13 octobre.

Ce jeudi, le ministre de l'Éducation nationale présentait au journal de 20h de TF1 son nouveau « plan d'urgence » pour les lycées. Pour répondre au manque d'enseignant-es, le ministère a sorti de son chapeau un logiciel censé identifier les établissements les plus en difficulté : 114 lycées classés « rouge » et 400 « orange ». Le ministre promet d'y affecter 3 000 enseignant-es encore non affecté-es et autorise les recteurs à en recruter quelques centaines, qui pourraient être mis en poste « entre [vendredi] et mardi », soit précisément le jour d'une nouvelle mobilisation dans les lycées. Un calendrier qui illustre le bricolage et l'urgence avec lesquels le gouvernement cherche à désamorcer une colère qui s'est encore massivement exprimée ce jeudi.

Ces annonces servent de leurre pour tenter d'enfumer les lycéens et diviser le mouvement. Car le même ministère maintient les 1 588 suppressions de postes prévues au budget 2027, après avoir déjà entériné 4000 suppressions à la rentrée 2026. Plusieurs centaines de contractuels n'ont par ailleurs pas été renouvelés à travers le pays, notamment dans les académies de Créteil et Versailles, particulièrement touchées par le manque d'enseignant-es et où les élèves sont aujourd'hui massivement mobilisés. Pour les recteurs, il s'agira donc probablement de réembaucher, avec un statut tout aussi précaire, les personnels laissés sur le carreau entre juin et septembre.

Autre recette pour tenter de masquer le manque d'enseignant-es : le retour du « Pacte », c'est-à-dire l'attribution aux lycées d'enveloppes d'heures supplémentaires destinées à assurer des remplacements de courte durée. Alors que celles-ci avaient été drastiquement réduites à la rentrée, le ministre annonce attribuer « plusieurs centaines de milliers de pactes en plus aux proviseurs ». Une mesure largement décriée dès sa mise en place, et qui impose aux personnels déjà en poste de faire encore plus d'heures devant élèves, alors même que les enseignant-es subissent déjà des heures supplémentaires imposées.

N'abordant que l'angle du remplacement des enseignant-es, le ministre a ainsi laissé lettre morte à toutes les autres revendications portées par les lycéen-nes mobilisées et les personnels de l'Education qui les soutiennent. Pas un mot sur le bâti scolaire, le 8h-18h et les rythmes imposés aux élèves, la sélection scolaire et Parcoursup, les classes surchargées, les établissements en surcapacité, le manque d'infirmières, de psychologues scolaires, de personnels de vie scolaire…

Sur tout cela, le ministre botte en touche, renvoyant à la « plateforme » mise en place par le ministère, supposée recenser les revendications des lycéen-nes, et au « projet de loi de finance » 2027. S'il prétend que les 66 000 réponses de lycéen-nes aurons « des conséquences dans le projet de budget », Edouard Geffray s'est bien gardé de faire des annonces concrètes et ne prévoit, pour l'instant, aucune modification du budget prévisionnel. Dans un contexte où le gouvernement prévoit de renforcer encore l'austérité, il ne fait aucun doute que le ministère ne lâchera rien, se contentant au besoin de déshabiller Pierre pour habiller Paul. Quelques heures avant ses « annonces » de jeudi soir, le ministre déclarait aussi que les 1500 suppressions de postes prévues pour septembre 2027 ne toucheraient pas les lycées, et se reporteraient donc… Sur les maternelles, les primaires et le collège.

Le gouvernement tente donc d'utiliser une nouvelle cartouche, qui illustre sa fébrilité face à la multiplication des mobilisations, et après l'échec des « temps de démocratie interne ». Les lycéens mobilisés n'en sont en grande majorité pas dupes : au lycée Bartholdi de Saint-Denis, ils ont même quitté la « concertation » pour rejoindre leurs enseignant-es grévistes. Le dispositif ne convainc pas davantage les chefs d'établissement, pourtant situés au cœur de la hiérarchie de l'Éducation nationale, dont le ministre s'est attiré les foudres du principal syndicat.

Faisant suite à la journée de manifestations et de grèves en solidarité avec les lycéen-nes mobilisés, qui a rassemblé mardi près de 450 000 personnes dans toute la France, et alors qu'une nouvelle journée de grève est largement appelée pour le mardi 13 octobre, ces annonces constituent une énième tentative du ministre pour apaiser la colère. Après les miettes sur le carburant, le gouvernement sort une nouvelle carotte qu'il faut dénoncer comme une manœuvre. Pour le faire reculer, il faudra construire le mouvement par en bas, développer l'auto-organisation pour définir notre calendrier de lutte, déjouer les manœuvres et construire la grève, faire converger les secteurs en lutte et unir la force du mouvement ouvrier à la révolte lycéenne.

Crédit photo : capture d'écran TF1

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