Grève chez TotalEnergies : plus de 50 % de grévistes dans les raffineries pour l'emploi et les salaires
Thu, 08 Oct 2026 22:54:47 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLa grève appelée par la CGT TotalEnergies a été très suivie dans les raffineries, bloquant partiellement les expéditions. Malgré les manœuvres de Pouyanné, ce premier jour de grève réussi constitue un premier pas qui peut ouvrir la voie à une jonction avec la révolte des lycéens.

Ce jeudi 8 octobre, les travailleurs de TotalEnergies et de ses filiales étaient appelés à la grève par la CGT. Le mouvement a été largement suivi dans plusieurs raffineries, avec 60 % de grévistes à Donges, 62 % à Normandie et plus de 50 % à La Mède. À Grandpuits et Flandres, les remontées syndicales font également état de 60 % de grévistes.
« Les expéditions vont être stoppées ou sont déjà stoppées », a ajouté le coordinateur de la CGT Total ce matin : ces 24 heures de grève ont suffi pour créer des débuts de blocage en interrompant la livraison de carburant vers certaines stations-services. Chez Argedis, filiale gérant des stations-service, le mouvement a conduit à la fermeture de 29 stations dans l'après-midi. Mais le mouvement a aussi touché la filière caoutchouc avec les travailleurs de 16 usines de la filiale Hutchinson participant à la grève.
Dans son appel à la grève, la CGT dénonçait notamment une aggravation des conditions de travail et des effectifs « sous tension ». Les revendications de cette journées étaient centrées sur la question des salaires, mais aussi de la précarité de l'emploi : le syndicat pose notamment la nécessité de « l'embauche en CDI de tous les intérimaires ». La direction de TotalEnergies avait essayé de désamorcer la colère en annonçant une avance de 1000 euros sur les primes annuelles, dont le montant devrait être discuté en novembre. Mais cette manœuvre grossière n'aura pas suffi.
Elle démontre surtout la fébrilité de Patrick Pouyanné face à la crainte d'une grève large capable de mettre l'activité à l'arrêt, et ce dans toutes les branches d'activité de la multinationale. Comme l'explique Alexis Antonioli, sur le piquet de grève de la raffinerie du Havre : « La direction de Total est à la défensive et a commencé à reculer avant même le début de notre grève. Elle a peur parce qu'il y a une crise politique sans précédent autour de la mobilisation des lycéens. » Cette grève intervient en effet en pleine révolte de la jeunesse : après une journée de mobilisation historique dans les lycées et les facs ce mardi, les blocages et cortèges se sont poursuivis ce jeudi.
La révolte est partie des lycées pour dénoncer les conditions d'étude, le manque de moyens, mais plus profondément le système de tri social qui ferme tout avenir à la jeunesse. Comme l'a affirmé Adèle, lycéenne du Havre venue en solidarité sur le piquet avec 3 camarades : « Nos revendications ont énormément de points communs : les horaires, les conditions de travail et d'études. Face au gouvernement, c'est un front uni entre lycéens, étudiants et travailleurs qu'il nous faut ! »
Pour réussir à se confronter à un gouvernement bien décidé à la briser, la colère de la jeunesse doit se lier à la colère plus profonde contre la vie chère et le prix des carburants qui traverse la société. Les travailleurs de TotalEnergies et de ses filiales pourraient jouer un rôle essentiel pour permettre une telle jonction. En avril dernier, ils s'étaient déjà mis en grève pour dénoncer leurs faibles salaires et mauvaises conditions de travail, mais aussi pour dénoncer les super-profits réalisés par Total sur le dos de la guerre au Moyen Orient et réclamer le plafonnement du prix du carburant à 1,50 €. Cette revendication pourrait être remise au premier plan dans les prochains jours, car elle concerne l'ensemble des classes populaires, alors que les prix des carburants ont encore fortement augmenté ces dernières semaines.
Pour l'heure, la reconduction de la grève reste à trancher et ne semble pas encore d'actualité. Cette mobilisation des raffineurs et des travailleurs des stations Argedis constitue néanmoins un premier pas pour mettre en mouvement la classe ouvrière, notamment en vue du 17 octobre. La semaine dernière, la chaîne humaine réunissant notamment des raffineurs pour défendre le blocus des lycéens de François-Ier au Havre a montré les possibilités d'une convergence avec la jeunesse. Celle-ci pourrait désormais se concrétiser par la grève et les manifestations, mais aussi par un durcissement de la mobilisation dans les raffineries, en arrêtant la production.
Aujourd'hui, ce sont les lycéens qui sont venus en solidarité sur le piquet de grève. Si le lien entre la grève chez Total et le mouvement de la jeunesse reste pour l'heure localisé, il doit devenir un point d'appui pour penser une stratégie capable de se confronter au gouvernement comme aux grands patrons qui profitent de la situation. Comme l'affirme Alexis Antonioli : « Le camp d'en face veut éviter la convergence des luttes, il veut éviter que le mouvement ouvrier entre dans la danse, pour continuer à tabasser les lycéens en toute impunité. C'est le moment de frapper tous ensemble ! N'attendons pas les NAO avec Total, mobilisons-nous maintenant et reprenons tout ce qu'ils nous ont repris ! » Pour faire baisser et bloquer les prix, lier la colère des travailleurs à la révolte lycéenne et imposer un rapport de force, il faut s'attaquer aux profits de Total et poser la question de son expropriation.
Grévistes sur le piquet de la raffinerie Normandie au Havre. Crédits photo : Révolution Permanente.