Suspension de l'usage des grenades : Nuñez veut désamorcer la colère suscitée par la répression
Wed, 07 Oct 2026 18:21:01 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalSous la pression de la révolte lycéenne, Laurent Nuñez a annoncé la suspension de l'usage des grenades assourdissantes. Une concession minime qui ne désarme en rien la police, qui dispose toujours d'un arsenal répressif impressionnant, des LBD aux tasers, ainsi que d'un nouveau permis de tuer. De quoi continuer à réprimer et mutiler la jeunesse.

Alors que l'exécutif tremble face à la radicalité de la révolte de la jeunesse, Laurent Nuñez a annoncé la suspension de l'usage des grenades assourdissantes. Cette concession précipitée du ministre de l'intérieur, qui refusait hier encore de présenter ses excuses pour les centaines de blessés, s'appliquera uniquement dans le cadre de la répression du mouvement lycéen. Elle est une conséquence directe du rapport de force imposé par leur mobilisation.
Cette annonce survient à la suite du drame de Lens, où la police a mutilé un lycéen de 15 ans après le jet d'une grenade assourdissante. Alors que la préfecture et le ministère de l'Intérieur espéraient étouffer la contestation par la terreur policière, les images de la répression brutale infligée à des mineurs ont largement fissuré la rhétorique gouvernementale cherchant à minimiser et à légitimer les violences policières. Mais elles ont aussi attisé encore davantage la colère qui s'exprime depuis plus d'une semaine dans les rues.
Le gouvernement craint l'élargissement du mouvement
L'annonce de Nuñez met en lumière la fébrilité d'un pouvoir qui craint que la colère lycéenne conduise à un embrasement plus large. Tout au long de la semaine, la police a procédé à plus de 6500 interpellations. Près de 2000 sur la seule journée du jeudi 1er octobre, des chiffres inédits qui dépassent même ceux des plus grandes manifestations des Gilets jaunes. Mais loin de paralyser le mouvement, cette stratégie a plutôt alimenté la révolte : l'injustice des arrestations de masse et des violences envers des adolescents a suscité des actions de solidarité immédiates et spontanées. Partout dans le pays, des enseignants, des parents et des syndicalistes se sont interposés physiquement pour protéger les rassemblements.
L'annonce de Laurent Nuñez ne reste néanmoins qu'une concession minime pour tenter d'apaiser cette colère. En effet, la suspension ciblée des grenades assourdissantes est un simple recul tactique destiné à désamorcer le scandale médiatique et à feindre la modération. Mais l'arsenal répressif reste entièrement en place : LBD, grenades lacrymogènes, gaz asphyxiants, nasses et poursuites judiciaires contre des centaines de mineurs.
Cette concession montre malgré tout que le pouvoir est fébrile. Si le ministère de l'Intérieur est contraint de remettre une partie de ses armes en plein mouvement social, c'est le signe qu'il craint que la révolte échappe complétement à son contrôle. Ce recul crée une brèche politique dans laquelle la mobilisation doit s'engouffrer sans attendre. Il ne faut ni suspendre les blocages ni accepter de participer à la mascarade que sont les « temps de dialogue », manœuvre grossière de Lecornu pour briser la mobilisation et diviser les lycéens. Pour transformer ce premier recul en victoire d'ensemble, le mouvement doit commencer par porter des exigences fortes, comme l'amnistie de tous les lycéens, jeunes de quartiers populaires et manifestants réprimés, mais aussi la dissolution des corps spéciaux de police (BRAV-M, BAC, CRS) qui répriment quotidiennement les lycéens des quartiers populaires. Des revendications qu'il ne sera possible d'obtenir qu'en élargissant la mobilisation, aux côtés des étudiants et des travailleurs présents largement dans la rue lors de la mobilisation d'hier.
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