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« Les profs soutiennent les lycéens » : à Angoulême, une convergence qui commence à s'étendre

Wed, 07 Oct 2026 19:42:23 CEST

Révolution Permanente

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Ce début de semaine à Angoulême est marqué par une détermination constante des lycéens. Après les tentatives de répression policière et administrative de la semaine dernière, le mouvement ne s'est pas essoufflé : il est plus massif, plus politique et commence désormais à gagner les étudiants, à l'image des étudiants STAPS d'Angoulême, tandis que des enseignants et syndicalistes sont venus soutenir une jeunesse bien décidée à ne pas se taire.

La jeunesse d'Angoulême à répondu présent mardi 6 octobre, pour une journée massive de mobilisation. Après une importante répression lundi autour de Marguerite de Valois, ce mardi, des lycéens venus de plusieurs établissements d'Angoulême convergent avec des étudiants avant de partir en manifestation. Dans le cortège, des syndicalistes de la CGT ou de Solidaires sont présents, chasubles sur le dos et brassards blancs, mais sans chercher à prendre la tête du mouvement. Une grande banderole résume l'ambiance : « Les profs soutiennent les lycéens. » Cette fois, ce sont bien les jeunes qui donnent le ton.

Les revendications qui avaient déclenché le mouvement sont toujours là : manque de moyens, journées interminables, classes surchargées, précarité et dégradation des conditions d'études. Une lycéenne de seconde à Balzac, lycée à La Rochefoucauld, raconte ce que signifie concrètement le fameux « 8 h-18 h » pour une interne : des journées entières au lycée, suivies des devoirs et des révisions. « Je dors pas beaucoup la nuit […] je suis tellement fatiguée que je m'endors en cours. Je suis exténuée et moi je me bats contre ça. » Sur sa pancarte, le message est clair : « Pronote m'a dit absent, j'ai répondu présent pour mes droits. » Et elle compte bien continuer : « Je continuerai à me battre pour mes droits et les droits des autres, pour dire qu'on a un avenir à préparer mais qu'on n'est pas dans les bonnes conditions pour le faire. » D'autres pancartes résument les mêmes préoccupations : « Moins de moyens, plus de précarité, éducation sacrifiée », « Plus d'argent pour les services publics » ou encore « Unis pour défendre nos droits, unis pour défendre notre avenir ».

Après la répression, une jeunesse toujours debout

Mais depuis le 29 septembre, la mobilisation a aussi changé de nature. La semaine passée à Angoulême a été marquée par les interventions policières et les interpellations autour des lycées. Et cette expérience de la répression s'affiche désormais partout dans la manifestation : « Trop jeunes pour être écoutés, mais assez grands pour se faire gazer », « Le gaz, c'est pour étouffer nos plaintes ? », « Une démocratie, ça ne gaze pas ses enfants » : les pancartes répondent aux lacrymogènes des jours précédents. Dans le cortège, les slogans contre les violences policières se multiplient.

La répression administrative a également été utilisée pour tenter d'isoler les lycéens. À Marguerite-de-Valois, T., professeur de mathématiques que nous avions rencontré lors de la précédente mobilisation, raconte que la direction a voulu passer les cours en distanciel. Des enseignants s'y sont opposés, dénonçant une modalité profondément inégalitaire selon l'équipement informatique et les conditions de travail dont disposent les élèves chez eux. Une parent d'élève, elle, nous témoigne que « l'administration mets nos enfants en absence injustifiée et leur mets des heures de colle. Ils protestent et on le punis. » Cependant, malgré ces efforts répressifs, une semaine plus tard les jeunes sont encore dans la rue, et ils sont plus nombreux.

Des lycées aux universités, le mouvement s'élargit

À Angoulême comme ailleurs en France, les étudiants commencent à rejoindre la mobilisation. Une étudiante de 22 ans en STAPS explique pourquoi : universités sous-financées, TD supprimés, groupes surchargés et nombre de places insuffisant. Pour elle, la jonction avec les lycéens est évidente : « On a les mêmes problématiques qu'eux. » Rejoindre leur mouvement permet de « faire plus de bruit » et aux étudiants « d'apporter notre voix en plus pour avoir plus de poids ». Même constat du côté des lycéens. Notre élève de seconde se dit « très fière » de voir enseignants et étudiants les rejoindre. Cette convergence n'est donc pas un mot d'ordre abstrait. Elle commence à se construire à partir d'intérêts communs : davantage de moyens pour l'Éducation et l'université, de meilleures conditions d'études et de travail, et le refus de voir la jeunesse payer toujours davantage les politiques d'austérité.

Une colère politique

Le 6 octobre montre également que cette mobilisation commence à dépasser largement la seule question des moyens dans l'Éducation. Sur les pancartes et sur les lèvres au rythme des slogans, on lit à cette manifestation des mots d'ordre contre le Rassemblement National, l'extreme droite, le racisme, le sexisme, les violences policières ou encore pour la Palestine. Une pancarte résume peut-être à elle seule cette politisation : « Comme Rimbaud on s'émancipe, on est juste moins poétique. » Ce qui s'exprime dans les rues d'Angoulême dépasse ainsi la colère contre un emploi du temps ou un professeur non remplacé. C'est une jeunesse qui commence à contester plus largement le système en place et refuse de rester spectatrice des décisions prises pour son avenir.

Après le 6 octobre, construire la jonction avec les travailleurs

Ce qui s'est passé à Angoulême s'inscrit dans un changement d'échelle national. Selon les organisations syndicales et étudiantes, 450 000 personnes ont manifesté le 6 octobre. Lycéens et étudiants ont constitué le cœur des cortèges, rejoints dans de nombreuses villes par des enseignants, des parents et des travailleurs. Après avoir tenté de briser le mouvement par les interpellations, les violences policières et la fermeture des établissements, le gouvernement n'a pas réussi à isoler les lycéens.

A Angoulême, cette première jonction entre les étudiants d'Angoulême et les travailleurs est certainement l'élément central de cette journée. Cette articulation prometteuse est la condition sine qua non pour que le mouvement puisse s'inscrire dans la durée, défendre les lycéens face à la répression et faire reculer l'état. Cela suppose que lycéens, étudiants puissent décider par en bas de la suite de leur mouvement, par des assemblées générales et leurs coordinations à l'échelle de la ville, mais aussi que les travailleurs se battent à leurs côtés face au gouvernement, ses politiques néo-libérales et sa répression. Une telle coordination de la colère, voilà ce qui permettrait d'unis nos rangs et passer à l'offensive, pour construire un affrontement social capable de vaincre les attaques du gouvernement, aujourd'hui fébrile face au mouvement social.

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