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6 octobre : la révolte des lycéens gagne du terrain et ébranle la fin du règne de Macron

Wed, 07 Oct 2026 00:11:31 CEST

Révolution Permanente

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La répression n'a pas réussi à isoler les lycéens : leur lutte gagne du terrain et transcende les frontières sociales entre les établissements. Une implication plus déterminée des étudiants et des travailleurs est clé pour construire une force capable de faire céder le gouvernement.

À six mois des élections présidentielles, alors que le calendrier électoral semblait commencer à s'imposer comme voie pour tenter de résoudre la crise politique française, la révolte des lycées a remis la lutte sociale au centre de la situation. Depuis les lycées populaires de la banlieue parisienne, une jeunesse à qui on demandait d'attendre, de suivre ses études tranquillement et d'accepter son sort a imposé ses revendications et son propre calendrier de lutte.

Aux raisons structurelles de cette explosion - la dégradation de l'éducation, la sélection sociale, l'angoisse face à l'avenir - s'ajoute une conjoncture particulière : la fin du règne de Macron. Après près de dix ans d'attaques et de crises successives, son autorité déjà érodée est à nouveau remise en cause. Alors que les forces politiques préparaient leurs campagnes, les lycéens ont fait irruption en expliquant que leur futur ne pouvait plus attendre. Comme le souligne Elisabeth Allain-Moreno, secrétaire générale du SE-UNSA : « après dix ans de politique éducative d'Emmanuel Macron, on pouvait s'attendre à une colère des lycéens, on peut même se demander comment elle ne s'est pas exprimée plus tôt ».

Dans ce contexte, la journée du 6 octobre, qui a mobilisé plus de 450 000 personnes dans le pays, marque une avancée importante. Elle démontre que la répression et la propagande médiatique n'ont ni brisé la détermination des lycéens, ni isolé leur mouvement. Au contraire, étudiants, parents, enseignants et syndicalistes se sont mobilisés à leurs côtés ce mardi et la tentative de criminaliser leur lutte s'est fracassée sur une mobilisation qui a élargi ses revendications et gagné de nouveaux soutiens, avec 62 % de la population qui trouve le mouvement justifié selon un sondage Ipsos.

Cette extension comporte un élément particulièrement progressiste : des élèves d'établissements favorisés de Paris se mobilisent contre les inégalités dont souffrent leurs camarades des quartiers populaires. « La même école publique de Saint-Denis à Paris », scandent par exemple les élèves d'Henri-IV. Au lycée privé Massillon à Paris, les jeunes évoquent leurs « privilèges » et manifestent avec des banderoles de solidarité avec le lycée Paul-Éluard à Saint-Denis. Des gestes qui remettent en cause la concurrence entre élèves et la séparation entre ceux qui bénéficient de conditions favorables pour étudier et ceux qui doivent se battre pour les obtenir. En clair, la révolte commence à jeter des ponts là où le système éducatif érige des barrières.

Mais cette avancée doit se consolider. Les étudiants universitaires, qui ont commencé à se mobiliser ces derniers jours, doivent renforcer leur lutte : étendre les blocages, organiser des assemblées massives et ouvrir les facultés aux lycéens pour organiser des rencontres et des coordinations face aux nombreuses fermetures d'établissements. Leur expérience et leurs espaces peuvent devenir des points d'appui pour ceux qui ont lancé la révolte et qui restent les plus exposés à la répression.

L'implication des travailleurs doit également s'approfondir. La solidarité est fondamentale, mais elle doit se traduire par des actions collectives sur les lieux de travail et par des mobilisations par la grève qui permettent de construire un front commun contre la répression et les attaques du gouvernement. En ce sens, si plusieurs organisations ont soutenu la journée d'action du 6 octobre, le fait que l'intersyndicale fixe la veille la date de la prochaine mobilisation interprofessionnelle au 5 novembre témoigne d'une volonté d'enjamber le mouvement lycéen et le 17 octobre. Aussi, tous les syndicalistes qui voient l'urgence de rester solidaires des lycéens doivent interpeller leurs organisations syndicales. Alors que les appels à la mobilisation se multiplient pour le 17 octobre, il faut exiger un plan pour unifier la colère et lui permettre de se maintenir malgré les vacances scolaires.

Du côté du gouvernement, Lecornu cherche à reprendre l'initiative en combinant la défense de la réponse policière avec des promesses floues et des consultations. Ce mardi, le Premier ministre a annoncé la réouverture progressive des lycées et l'organisation d'une demi-journée de discussion, avec l'objectif d'en finir avec les blocus et la rue et de déplacer les discussions vers les salles de classes, dans le cadre de procédures institutionnelles encadrées par les proviseurs. Le gouvernement reconnaît des problèmes, mais cherche à les traiter par ses propres méthodes, à imposer son rythme et à gagner du temps pour démobiliser.

Rien ne garantit qu'il y parvienne. Tandis que de nombreux secteurs de lycéens entendent poursuivre les blocus, élèves et enseignants pourraient profiter de la réouverture pour s'auto-organiser, débattre de leurs revendications, élire des délégués et mettre en relation les établissements entre eux. La construction de telles assemblées et d'instances de coordination est centrale pour permettre aux lycéens de mener leur lutte et de contrôler toute négociation. Les étudiants universitaires ont un rôle décisif à jouer dans cette tâche : mettre leurs facultés et leur capacité de mobilisation au service d'un mouvement commun.

Le 6 octobre a élargi la brèche ouverte par la jeunesse des quartiers populaires. Il faut désormais lui donner une continuité et une organisation : assemblées, délégués mandatés, coordinations entre lycées et universités, et grèves des travailleurs qui concrétisent le sentiment de solidarité. La réunion convoquée par Macron avec une partie de ses ministres ce mardi soir montre l'inquiétude du gouvernement face à une révolte qu'il ne parvient pas à contenir. Il faut profiter de ce moment pour passer à l'offensive : unir la force de la jeunesse à celle des travailleurs, élargir la mobilisation et construire l'affrontement social capable de vaincre le gouvernement et ses attaques.

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