« Temps de dialogue » : Lecornu manoeuvre pour faire reprendre les cours et stopper le mouvement
Wed, 07 Oct 2026 15:47:54 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalFace à une mobilisation lycéenne qui gagne du terrain et gagne de nouveaux secteurs, le gouvernement tente de reprendre la main en proposant un « temps de dialogue » dans les lycées. Une manœuvre pour ramener les jeunes en cours, canaliser leur colère et diviser le mouvement, à laquelle il faut opposer l'auto-organisation et la jonction avec les travailleurs.

La terreur policière et judiciaire – plus de 6000 interpellations et 5 000 gardes à vue, des dizaines de mutilés, des violences à la chaîne, interdictions de manifester, de circuler – n'a pas suffi à étouffer la colère des lycéens. Après avoir fermé les lycées en imposant le « distanciel » le vendredi, avant de prévoir leur réouverture le lundi, le gouvernement a donc tenté une autre voie pour mettre un terme à la mobilisation.
Ce mardi 6 octobre, alors que des manifestations massives secouaient le pays, Sébastien Lecornu annonçait une « banalisation complète des emplois du temps » en fin de semaine afin de mettre en place « un temps de démocratie interne au sein du lycée ». Après quelques heures de confusion, il s'avère finalement que seule une demi-journée sera dédiée à « ce temps de dialogue pour permettre aux lycéens d'exprimer leurs difficultés et leurs attentes ». Un temps qui viendrait compléter la consultation nationale ouverte en ligne jusqu'à la fin du mois.
La manœuvre n'est pas sans rappeler les multiples « conventions citoyennes » lancées par Emmanuel Macron depuis qu'il est à l'Élysée, et surtout le fameux « Grand Débat » organisé pour canaliser l'éruption de colère des Gilets jaunes. L'objectif de Lecornu est clair : mettre fin aux blocus et faire revenir les lycéens dans les salles de classes, là où le gouvernement pourra organiser des discussions selon ses propres règles, encadrées par les proviseurs. En clair, un enfumage destiné à gagner du temps, mais aussi à diviser le mouvement entre les prétendus « casseurs » et les lycéens « responsables », pour tenter de briser la mobilisation.
Mais la proposition se heurte déjà à la réalité. L'annonce ne semble déjà pas convaincre les chefs d'établissement, pourtant situés au cœur de la hiérarchie de l'Éducation nationale et chargés de mettre en œuvre les politiques du gouvernement, qui doutent de leur capacité à mettre en place la demi-journée. Mais surtout, la journée d'hier a constitué une avancée supplémentaire pour la mobilisation, avec l'entrée en jeu des étudiants, parents, enseignants et syndicalistes d'horizons variés à un niveau national. Ce mercredi, de nombreux campus étaient toujours bloqués à travers le pays, et les cours sont totalement ou partiellement suspendus dans plus de 500 lycées.
Si l'implication des travailleurs peut et doit encore s'approfondir, les aspirations de la jeunesse qui s'expriment dans la rue depuis plus d'une semaine ne seront pas détournées par l'écran de fumée du gouvernement. Edouard Geffray, ministre de l'Éducation, invite les lycéens à « porter leurs revendications dans les espaces de dialogues du lycée ». Il semble ignorer qu'ils les portent déjà dans d'autres espaces : sur les blocus et dans la rue. Et qu'il est possible d'en construire d'autres : assemblées, coordinations entre lycées, entre lycées et universités, ou avec les travailleurs qui soutiennent le mouvement.
Le gouvernement essaie de canaliser la colère à travers ces « temps de dialogue » car il tremble face à une jeunesse qui a décidé d'imposer sa voix sur le terrain de la lutte de classe. Nous devons profiter de sa fébrilité pour passer à l'offensive en unissant la radicalité de la jeunesse à la force des travailleurs, et en développant le plus possible des formes d'auto-organisation pour décider de notre stratégie par en bas, déjouer les manœuvres du gouvernement et lutter contre la répression.
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