Belfort : l'État et la propagande médiatique au service de l'invisibilisation des violences policières
Tue, 06 Oct 2026 12:09:37 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLes coups portés à un policier, accusé de « tentative de meurtre » par un lycéen, ont été martelés par les médias pour mieux masquer la réalité de la répression. Une propagande qu'il faut dénoncer alors que le procureur de la République s'aligne intégralement derrière la police.

« Il le noyait pour tuer » : c'est ce qu'indique la plainte du lycéen pour tentative de meurtre contre le commandant de police qui l'a violemment interpellé dans un cours d'eau à Belfort vendredi. La scène a largement circulé sur les réseaux sociaux,faisant apercevoir l'image d'un policier maintenant la tête du jeune sous l'eau.
Son avocat affirme effectivement que « le fonctionnaire de police a volontairement maintenu [sa] tête sous l'eau pendant une longue durée, ce qu'il l'a empêché de respirer […]. Il n'a relâché son emprise qu'à cause de la présence des lycéens sur les lieux, des cris et parce qu'il savait que la scène était filmée ».
Le jeune explique, lui, qu'il se lavait les mains dans la rivière lorsqu'il a été poussé dans l'eau. Il a senti quelqu'un « qui le poussait » : « J'ai pas compris que c'était un policier. Il m'a dit : « Bouge pas, bouge pas ! ». J'ai pas bougé et je me suis enfoncé un peu plus dans l'eau, j'ai paniqué. Quand il m'a empoigné, il m'a fait tomber dans l'eau ». Un autre lycéen présent sur place a également raconté la scène à Médiapart : « Le policier l'a mis dans la rivière. Il lui a plongé la tête dans l'eau pour essayer de le menotter. Il y avait des bulles. […] À un moment, on a cru qu'il ne respirait plus ».
Et c'est ce même policier dont le « passage à tabac » est désormais sur toutes les bouches des éditorialistes des plateaux, présenté comme la preuve absolue de la dangerosité des lycéens. Une illustration du cadre médiatique bourgeois de la mobilisation, recentré sur leurs soi-disant violences qu'il faudrait à tout prix condamner à chaque micro tendu, de BFM à France Inter, d'Apolline de Malherbe - qui oppose les « violences urbaines » aux violences policières -, à Benjamin Duhamel - qui a expliqué quand à lui que « quand y a des violences de l'autre côté, ça n'est pas des tirs gratuits de la part des forces de l'ordre ».
Ce récit sert très directement le discours du gouvernement et de l'extrême droite, à l'image de Retailleau qui suggère d'abaisser la majorité pénale à 15 ans.
Alors cette scène isolée de Belfort, où un policier à terre reçoit des coups, qui a donné lieu à deux interpellations de jeunes ce week-end, accusés de « violences aggravées » - et non plus de « tentative de meurtre », comme le procureur le demandait initialement - ne peut que les ravir.
Surtout lorsqu'elle permet de poursuivre et de renforcer l'invisibilisation des violences policières massives et systématiques qui frappent les lycéens mobilisés depuis le début du mouvement : yeux, dents et main arrachés sur les blocus, mais aussi de nombreuses violences jusque dans les cellules de garde-à-vue, avec une pluie de témoignages de maltraitances.
Comme celui de Matt (prénom modifié), 15 ans, qui a raconté à son avocate du Collectif d'action judiciaire ce qu'il avait subi alors qu'elle n'avait pas pu le voir pendant plus de 24 heures, l'accès aux locaux lui ayant été interdit : « J'ai passé plus de 48 heures en garde-à-vue. J'avais froid et, quand je réclamais des couvertures ou que je demandais simplement l'heure, les policiers m'ignoraient ou m'insultaient en me disant : “ferme ta gueule” ».
Mais de ça, le procureur de la République de Belfort, Paul-Édouard Lallois, n'en parle évidemment pas. Pas davantage des violences commises par le fonctionnaire de police lui-même, qu'il entend manifestement défendre à tout prix.
Notamment en affirmant qu'aucune plainte n'aurait été déposée par le lycéen, ce qui permettrait de relativiser les accusations de tentative de meurtre par noyade. Or elle l'a été avant même celle du policier. Comme l'explique l'avocat du jeune, elle a été très clairement « déposée », le procureur l'avait « entre ses mains » et ce sont bien ses propres services qui l'« ont signée ».
Pic de l'indécence : lors de sa conférence de presse, le procureur a affirmé que la profondeur du point d'eau, de 19 cm, n'aurait pas pu noyer le jeune puisqu'elle représente « moins que la largeur d'une feuille de papier A4 » - profondeur que le service de la division de la criminalité organisée du Doubs s'est empressé d'aller mesurer à peine deux jours après la scène. La manipulation de la vérité étant au coeur de sa stratégie, inutile de lui rappeler la noyade dépend de l'immersion du nez et de la bouche : si la tête est maintenue sous l'eau, 19 cm suffisent bien à empêcher de respirer.
Et si le juge des enfants avait ordonné, pour ce jeune de 15 ans, un placement sous contrôle judiciaire, le parquet en a décidé autrement en faisant appel de la décision dans l'objectif de l'enfermer. Il a obtenu gain de cause : le juge des libertés et de la détention a finalement ordonné sa détention provisoire.
L'inversion du récit est caractéristique d'une mise en branle de l'appareil médiatique, de concert avec le pouvoir, pour combattre leurs adversaires politiques. Il fallait alors nouer un consensus global sur le langage à imposer dans l'immédiat, pour présenter les lycéens comme les principaux responsables des violences et silencier la principale violence subie : celle de l'Etat. Mais ce récit est de moins en moins dupe.
Face à cette opération d'instrumentalisation menée main dans la main par les médias bourgeois, le gouvernement et l'extrême droite, il est urgent de rétablir la vérité sur les violences policières qui frappent les jeunes de manière historique.
C'est ce que fait le média Révolution permanente : tendre le micro aux lycéens mobilisés à travers des articles, des vidéos et des repartages, pour exprimer leurs revendications et dénoncer la répression d'État.
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