Jussieu : un premier blocus depuis 20 ans grâce à l'alliance entre étudiants et lycéens du 94
Tue, 06 Oct 2026 16:14:25 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalCe lundi 5 octobre, une Assemblée Générale tenue sur la Pyramide de Jussieu a réuni jusqu'à 900 étudiant·es, lycéen·nes et personnels. Après s'être lancés dans un immense blocus spontané, galvanisés par les prises de parole de lycéens du 94 invités par Le Poing Levé, les étudiants ont appelé à manifester en tête de cortège ce mardi.

Ce lundi 5 octobre, les étudiants de Jussieu ont répondu à l'appel des lycéens mobilisés et réprimés violemment par la police depuis 10 jours en bloquant le campus Pierre et Marie Curie. Un symbole important de l'extension du mouvement de révolte lycéenne aux universités, puisque le plus grand campus scientifique de Paris n'avait pas été bloqué depuis près de 20 ans. L'assemblée générale qui a décidé de ce blocus, avec près de 900 étudiants, personnels et lycéens présents, a ensuite appelé à manifester ce mardi 6 octobre en tête de manifestation avec un cortège combatif étudiants-lycéens.
Dans la continuité des premiers blocages de campus universitaires la semaine précédente, les étudiants scientifiques de Jussieu ont voulu rentrer à leur tour dans la bataille. L'assemblée générale, initialement prévue le lendemain, a été avancée sous l'impulsion de militants, dont ceux du Poing Levé, afin de s'ajuster à l'accélération du rythme du mouvement et répondre à l'appel à la mobilisation du 6 octobre, déjà rejoint par de nombreux syndicats de travailleurs et universités. Des diffusions massives de milliers de tracts dans la matinée, des appels larges lors de tours d'amphi et de TD, une interpellation sonorisée à l'entrée de la fac, une activité frénétique sur les boucles internes ont permis de construire une journée de mobilisation massive et réussie.
Surtout, c'est un fort sentiment de solidarité envers les lycéens des quartiers populaires, en banlieue parisienne mais aussi partout en France, qui a poussé des centaines d'étudiants et personnels à rejoindre l'assemblée générale le midi. En effet, le rejet de la répression policière, d'une violence inouïe, s'est accompagnée d'une colère partagée par toute la jeunesse qui subit de plein fouet les coupes budgétaires des services publiques, qu'il s'agisse de l'éducation nationale ou de l'enseignement supérieur, de l'embrigadement militariste, de l'austérité et des lois de tri racistes et social comme Parcoursup ou Bienvenue en France.
« On a le même combat. On fait du 8h-18h tandis que les étudiants ont un travail à côté. On rentre le soir à 22h et on a pas le temps de vivre. Macron ne veut rien bouger. On a besoin de votre force aussi » 📢 - Un lycéen de Jean Macé interpelle les étudiants à Jussieu. https://t.co/zJRpgRxAAr
— Révolution Permanente (@RevPermanente) October 5, 2026
Les prises de parole lors de l'AG sont venues rappeler le contexte révoltant de casse de l'université et de militarisation. Au fur et à mesure que la discussion avançait, une foulée d'interventions spontanées finissant systématiquement sur un appel au blocage ont témoigné de l'exaspération et de la très forte colère des étudiants. Celle-ci a explosé peu de temps après. Une délégation de lycéens du lycée Jean Macé de Vitry-sur-Seine, accompagnée de plusieurs professeurs, ont décrit à une assemblée révoltée les conditions d'études indignes qui leurs étaient réservées : absence de porte aux toilettes, absence de papier hygiénique, présence de rats dans la cantine, manque d'ordinateur, manque de professeurs, manque d'infirmière scolaire. Ils ont raconté que certains élèves n'avaient pas eu cours dans certaines disciplines pendant plus de 6 mois l'année même où ils devaient passer le bac. En outre, les lycéens ont témoigné de l'enfer du 8h00 - 18h00, dans la fournaise de l'été ou en l'absence de chauffage l'hiver, et ont raconté la violence du tri social de Parcoursup, rejeté par tous. L'AG est alors entrée en fusion, et devant la détermination des lycéens, s'est spontanément levée pour bloquer Jussieu pour la première fois depuis 20 ans.
🔴 PARIS | ÉTUDIANTS et LYCÉENS BLOQUENT Jussieu après une AG MASSIVE
Après une assemblée générale à Jussieu, les interventions des lycéens de Jean Macé (94) ont animé les débats. Un blocage de l'ensemble de l'établissement est en cours en solidarité avec les luttes lycéennes. https://t.co/EHCKffbkQh
— Révolution Permanente (@RevPermanente) October 5, 2026
Le blocus a alors tenu la journée, s'organisant petit à petit, bloquant les accès que l'administration essayait tant bien que mal de maintenir. Une assemblée générale organisée à la grille d'entrée du campus l'après-midi votera sa reconduction le lendemain, ainsi qu'une jonction avec les autres campus étudiants et les lycéens mobilisés dans un gros cortège de jeunesse à l'avant de la manifestation appelée par les syndicats. Comme pour l'ensemble des autres campus de Sorbonne université, Sorbonne Mère, Clignancourt et Malesherbes, un lock out sera finalement mis en place le lendemain par l'administration et la présidence, pour couper court à la mobilisation des étudiants en les privant de cet espace d'organisation. C'est donc sur les blocus lycéens environnants que les étudiants se sont retrouvés le lendemain, pour poursuivre le mouvement et s'organiser avec celles et ceux qui sont à l'origine de ce mouvement d'ampleur.
Premier blocus depuis près de 20 ans dans le plus grand campus scientifique de Paris
Si le campus de Jussieu est si rarement la cible de blocages, ça n'est pas pour rien. Vaste de 10 hectares, il accueille quotidiennement environ 20 000 étudiants et 5 000 membres du personnel, et dispose d'énormément d'entrées. Si une assemblée générale si massive et une telle explosion de la colère n'avaient pas été observés depuis 2006, d'après les syndicats de travailleurs de la fac, elle était nécessaire pour permettre l'extension de la mobilisation sur ce campus, et devrait dorénavant servir d'exemple pour politiser massivement une fac réputée timide et sous forte pression scolaire et sélective.
Cela faisait 20 ans que Jussieu n'avait pas été bloqué. A l'époque, le campus était au cœur de la bataille contre le CPE, accueillant alors les principaux cadres d'auto-organisation comme les interfacs ou des coordinations nationales d'étudiants. Aujourd'hui Jussieu commence à renouer avec son héritage dans le mouvement étudiant, et c'est la jeunesse lycéenne qui a été l'étincelle qui a pu relancer une braise éteinte depuis 20 ans. Alors que le gouvernement compte éteindre la mobilisation des lycées avec une politique généralisée de lock out, les étudiants doivent continuer de soutenir les blocus et ouvrir les portes de l'université à tous les lycéens dont les établissements sont fermés par le gouvernement, pour permettre à tous de continuer de s'organiser et de construire des assemblées générales avec les lycéens, les étudiants et les travailleurs de l'éducation nationale et supérieure.
Crédit photo : Révolution Permanente