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État Espagnol : les syndicats appellent à la grève sous la pression du mouvement pour le logement

Tue, 06 Oct 2026 16:41:08 CEST

Révolution Permanente

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Ce samedi, des centaines de milliers de personnes ont défilé dans tout le pays pour la baisse des loyers et l'interdiction des expulsions locatives aux cris de "Grève générale !". C'est une réussite : les syndicats CCOO et UGT viennent d'annoncer l'appel à la première grève nationale depuis 2012 dans le pays, quelques heures après que le chef du gouvernement socialiste Pedro Sanchez a appelé à des élections anticipées.

Madrid, Cadix, Saragosse, Valence… Un raz-de-marée social a eu lieu ce samedi 3 octobre dans une cinquantaine de villes. Depuis près de deux semaines, le mouvement pour le droit au logement gagne en ampleur, après l'expulsion d'une octogénaire qui a déclenché une vague de solidarité dans tout l'Etat espagnol. Il vient désormais d'obtenir une première victoire importante : les grandes centrales syndicales espagnoles ont annoncé qu'elles appelleraient à une journée de grève nationale, la première depuis 2012, et ce en plein contexte de crise profonde du gouvernement espagnol qui vient d'appeler à des élections anticipées.

La crise du logement en Espagne et le réveil d'un mouvement massif

La massivité du mouvement s'explique par une crise profonde du logement en Espagne. Le 23 septembre dernier, l'expulsion par la police de Maricarmen Abascal, grand-mère madrilène de 87 ans, après 70 ans dans le même logement, a suscité une émotion dans tout l'Etat espagnol. Une société immobilière a racheté son logement et augmenté de 275% le montant du loyer. Maricarmen est alors devenue le symbole du mal-logement. Grâce à la mobilisation entamée depuis une dizaine de jours, Maricarmen pourra retourner dans sa maison. Mais nos camarades d'Izquierda Diario nuancent : « On recense au moins 44 expulsions par jour, alors le combat ne fait que débuter. » En effet, la jeunesse fait partie du secteur social le plus durement impacté par la crise du logement dont les responsables sont les fonds d'investissements immobiliers, véritables spéculateurs du sommeil en Espagne. Depuis la crise de 2008, l'âge moyen d'émancipation (c'est-à-dire l'âge auquel les jeunes accèdent à un logement autonome) est de 30 ans, alors que seulement un jeune (16-29 ans) sur sept dispose de son propre appartement. Et pour cause : l'explosion des loyers, la spéculation foncière et l'extension du nombre de logements dédiés au tourisme réduit chaque jour le nombre de logements disponibles.

Face à cette situation, et sous la pression du mouvement, le gouvernement a tenté de faire passer un décret visant à interdire les expulsions de locataires d'ici à 2030 et limitant la hausse des loyers, une mesure rejetée par Junts (indépendantistes catalans du centre), du Partido Popular (droite) et de Vox (extrême droite). Une situation qui a poussé à la crise le gouvernement qui a désormais appelé à des élections anticipées pour tenter de relâcher la pression du mouvement et en faire un point d'appui électoral contre la droite.

Pendant ce temps, la mobilisation continue encore aujourd'hui. L'épicentre de la mobilisation se situe à Madrid où, samedi, quatre cortèges sont partis des quartiers nord, sud, est et ouest pour converger en masse dans le centre de la capitale. On a vu défiler des étudiants, plusieurs organisations syndicales combatives, des ouvriers d'Airbus Getafe en lutte ou encore des collectifs de locataires, très développés dans l'Etat espagnol. Au cours de la manifestation madrilène, Alicia del Río, porte-parole du mouvement, a affirmé que l'expulsion de Maricarmen est « un point de non retour » et a appelé à construire une grève générale pour satisfaire les revendications.

A la suite de la manifestation, l'UGT et les CCOO (principales organisations syndicales du pays) ont convenu de l'appel d'une première grève nationale dans le pays depuis 2012, sans pour autant annoncer de date précise pour le moment. La perspective d'une grève nationale serait un premier pas d'avancée du mouvement contre les fonds de pensions vautours dans l'immobilier, à condition que la grève soit construite par la base, avec un programme clair et en toute indépendance du gouvernement. Cette perspective inquiète déjà Antonio Garamendi, le président de la CEOE, la première organisation patronale espagnole. Selon ce dernier, une grève nationale pour le droit au logement « n'est pas légale », car elle ne correspond pas à un conflit dans le cadre du monde du travail. En d'autres termes, le patronat défend le droit de spéculer sur les logements vides.

Le pari de Pedro Sanchez : canaliser le mouvement et imposer la passivité

Après plusieurs jours d'hésitations, le chef de gouvernement socialiste a annoncé ce lundi matin la tenue d'élections anticipées le 29 novembre, neuf mois plus tôt que prévu. Arrivé au pouvoir en 2018, Pedro Sanchez a revendiqué un bilan prétendûment excellent. « Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir, nous nous sommes efforcés de construire un monde meilleur. », avant d'ajouter que son bilan « A fait de l'Espagne un symbole mondial de paix, de féminisme et de prospérité. Nous avons récoltés des résultats économiques et sociaux mieux que n'importe quel autre gouvernement. »

Malgré une image positive en France, la réalité du bilan des huit années du leader du PSOE au pouvoir est tout autre.

Sánchez est arrivé au pouvoir en promettant qu'il n'y aurait « pas une expulsion de plus », mais plus de 45 expulsions sont effectuées chaque jour. La loi sur le logement de 2023, présentée comme une loi historique par la coalition du PSOE et d'Unidas Podemos, n'a pas freiné la montée des prix des loyers. Alors que la qualité du système de Santé et d'Éducation se détériore, le gouvernement du PSOE et de leurs alliés Sumar a investi plus de 60 milliards d'euros en budget militaire. Quant à la politique migratoire, le gouvernement « progressiste » a ouvert davantage de centres de rétention et s'est rendu responsable de massacres, comme à Melilla. Cet été, l'exécutif a déployé l'armée à Ceuta contre les migrants, ce que demandaient la droite et l'extrême droite. Le gouvernement de Pedro Sánchez se présente comme ami du peuple palestinien, mais poursuit le commerce d'armes avec Israël. [...] C'est ce même gouvernement qui se présente aujourd'hui comme un frein à la montée réactionnaire, alors que ses propres politiques ont renforcé le mal-être qui profite à la droite.

Lire aussi : Sánchez adelanta elecciones al 29N para resucitar el voto del mal menor frente a la derecha y vaciar las calles

« Une nouvelle illustration de comment les gouvernements capitalistes, même de « gauche », finissent par défendre les intérêts des capitalistes qui spéculent sur nos besoins vitaux et se gavent sur la crise. », selon Anasse Kazib, porte-parole de Révolution Permanente et candidat à la présidentielle

Officiellement, Pedro Sánchez présente ces élections anticipées comme l'occasion de « faire en sorte que le Parlement se dote d'une majorité progressiste plus grande », pour « faire plus. » Le leader socialiste fait de canaliser le mouvement vers un débouché électoral, pour renforcer sa légitimité perdue au fil des promesses non tenues et des scandales de corruption. Pourtant, il est clair qu'après 8 ans de gouvernements de gauche successifs, aucun d'entre eux n'est parvenu à repondre aux revendications du mouvement en cours, comme en témoigne encore récemment l'échec du décret gouvernemental de Sanchez. La seule perspective pour imposer une défaite aux fonds vautours reste la perspective de la construction d'une véritable grève générale qui unifie le mouvement de jeunesse et la classe ouvrière.

Pour gagner, il n'y a aucune illusion à avoir dans les institutions. En huit années de gouvernement soi-disant « progressiste », vanté et soutenu par la gauche institutionnelle française, la hausse des loyers n'a pas cessé, ni les expulsions locatives, ni les violences policières. Il y a un enjeu central à poursuivre la mobilisation pour le droit au logement jusqu'à la grève générale. Seule une grève générale reconductible, organisée par en bas et imposée aux directions syndicales est capable d'arracher le gel voire la baisse des loyers, la fin des expulsions, et d'exproprier sans indemnités les logements vides des mains des banques et des fonds vautours.

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