INSA Strasbourg : étudiants et cheminots repoussent la police et maintiennent le blocus
Tue, 06 Oct 2026 17:26:14 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalCe mardi 6 octobre, l'INSA de Strasbourg est bloqué pour la première fois de son histoire. Vers 10h30, la préfecture a envoyé un important dispositif policier pour déloger le blocus. Étudiants, lycéens et cheminots en grève ont formé une chaîne humaine et repoussé les forces de l'ordre. Le blocus tient. Plusieurs étudiants ont été blessés.

Une chaîne humaine face aux matraques
Ce mardi matin, le blocus de l'INSA de Strasbourg, entamé depuis plusieurs jours en soutien à la révolte lycéenne, a tenu tête à un assaut policier. Vers 10h, la préfecture de police a envoyé un important effectif de policiers équipés, casqués et munis de boucliers pour débloquer l'école. En face, quelques centaines de personnes chantaient des slogans : étudiants de l'INSA, de l'université, de la Haute École des Arts du Rhin, mais aussi cheminots en grève, venus en soutien des jeunes.
Quand les policiers sont arrivés face au blocus avec l'intention de le disperser, les manifestants, loin de se laisser intimider, ont formé une chaîne humaine pour leur faire face et les repousser. Après une dizaine de minutes de mêlée, la police a reculé et le blocus a pu être maintenu.
« Ils m'ont ouvert le tibia »
Lisa, prise en charge par les street medics, a été emmenée à l'hôpital. Elle raconte : « On était au contact quand ils ont fini par devenir ultra-violents, en matraquant et en assénant des coups de pied coqués dans les tibias. Ils m'ont ouvert le tibia avec une plaie à suturer et un risque de fêlure ou de fracture. » L'étudiante a été prise en charge par les street medics, qui sont eux-mêmes des étudiants en biologie auto-organisés en soutien du mouvement.
Un blocus historique
L'INSA de Strasbourg n'avait jamais fermé ses portes. Les cours n'avaient pas cessé, même en mai 68. Ce mardi, pour la première fois, l'école a annoncé sa fermeture pour la journée.
Le mouvement a pris de l'ampleur suite à la répression féroce des lycéens. Les revendications croisent celles du reste du mouvement : contre la loi « Bienvenue en France » et ses frais différenciés qui frappent aussi les étudiants étrangers, contre la sélection et l'élitisme, contre Parcoursup. Mais elles portent aussi des exigences propres : contre les partenariats avec les grandes entreprises, contre les coupes austéritaires qui poussent les établissements à se tourner vers le privé.
« On ne veut pas de cet avenir-là »
Matteo, étudiant en deuxième année, résume le sens de la mobilisation : « Si on se mobilise, c'est pour envoyer un soutien au mouvement lycéen et étudiant, et pour dénoncer les coupes de budget ultra-austéritaires de l'État qui font que la fac et l'INSA sont obligés de se tourner vers des acteurs privés comme TotalEnergies, Thales ou Capgemini. Nous, on ne veut pas de cet avenir-là, de servir à des entreprises privées pour détruire l'environnement et fabriquer des armes. »
La jonction avec les cheminots
Si la scène de ce mardi est importante, c'est aussi parce qu'elle a vu la jonction entre le mouvement étudiant et le monde du travail. Des cheminots en grève sont venus prêter main-forte aux étudiants. Cette image d'alliance entre jeunes et ouvriers dans les chaines humaines rappelle celle du [lycée Paul Éluard à Saint-Denis-https://www.revolutionpermanente.fr/Face-a-la-repression-la-chaine-humaine-de-Paul-Eluard-doit-s-etendre-a-tous-les-lycees], ou encore du Havre où des travailleurs ont pris la défense des lycéens.
Le campus strasbourgeois en effervescence
Ce matin à Strasbourg, plusieurs universités étaient bloquées : la quasi-totalité du campus central, ainsi que la HEAR. Le mouvement s'étend, porté par la colère contre la répression, la sélection, l'austérité et la marchandisation de l'enseignement.
Un symbole fort
Ce qui s'est passé à l'INSA de Strasbourg ce mardi matin est un signal fort, qui montre la puissance de l'action unie entre étudiants, lycéens et travailleurs, qui peut aller jusqu'à faire reculer la police. Face à la répression, la jeunesse ne doit pas être seule. Les cheminots, les travailleurs, les lycéens, les étudiants : tous ceux qui subissent la même politique d'austérité et de mépris doivent se retrouver, se coordonner, et tenir tête, pour que le 6 octobre soit le point de départ d'une grande bataille qui se donne les moyens de gagner.
Crédit photo : Révolution Permanente Strasbourg