Énergie : l'intersyndicale lâche le 6 octobre et tourne le dos à la révolte lycéenne
Tue, 06 Oct 2026 18:59:16 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalÀ la veille du 6 octobre, l'intersyndicale de l'énergie suspend la mobilisation après un recul du gouvernement sur l'attaque du tarif agent. Alors que la révolte lycéenne a contribué à l'obtenir et que la possibilité d'une jonction était posée, les directions syndicales choisissent de démobiliser, trahissant la jeunesse en lutte.

Ce lundi 5 octobre, la FNME-CGT, la FCE-CFDT, la CFE Énergies et FO Énergie ont annoncé avoir reçu un courrier du gouvernement. Celui-ci s'y engage à « aucune évolution ayant un impact sur les agents actifs et retraités, tant d'un point de vue fiscal que social ». Dans la foulée, le communiqué commun tranche : « Compte tenu des engagements obtenus, l'Interfédérale suspend son appel à durcir le mouvement à partir du 6 octobre ». La FNME-CGT a certes publié ensuite un communiqué, appelant finalement à rejoindre la jeunesse en lutte et à faire grève le 6 octobre. Mais en signant l'appel intersyndical, la FNME-CGT cautionne l'appel à la démobilisation lancé par l'Interfédérale de l'énergie.
Stopper le mouvement en pleine révolte lycéenne : une trahison de la jeunesse en lutte
Le 6 octobre devait pourtant constituer une nouvelle étape de la mobilisation des énergéticiens contre l'attaque du gouvernement sur le tarif agent, dans le prolongement de la démonstration de force du 15 septembre, qui avait réuni jusqu'à 88 % de grévistes sur les sites nucléaires. Les directions syndicales avaient alors choisi d'enjamber le 29 septembre, journée de grève des services publics à laquelle se joignaient notamment les pompiers, pour fixer une date propre au secteur : le 6 octobre.
Entre-temps, le 6 octobre est devenu la grande journée de mobilisation de la jeunesse. De nombreux syndicats, à commencer par les syndicats de l'éducation nationale, ont depuis appelé à se joindre et à soutenir la révolte lycéenne. C'est donc à la veille de cette mobilisation que l'Interfédérale décide de suspendre son appel à durcir le mouvement.
Cet arrêt du mouvement est d'autant plus grave que le recul sur le tarif agent a lui-même été arraché dans le contexte de la révolte lycéenne. C'est en effet en tenant la rue malgré une répression féroce que la jeunesse a créé les conditions d'une jonction avec le secteur stratégique de l'énergie, qui avait déjà montré sa force à la mi-septembre.
C'est ce spectre qui a fait plier Matignon sur le tarif agent, à la veille d'une journée importante pour construire l'alliance entre travailleurs et étudiants. Le gouvernement a donc concédé à temps le strict minimum, le tarif agent – un recul sur une seule des onze mesures proposées par la Cour des comptes pour attaquer les énergéticiens par ailleurs –, pour permettre aux directions syndicales de freiner des quatre fers, et de justifier de déserter la date du 6 octobre.
Mettre fin à la grève en pleine révolte lycéenne, à la veille d'une journée appelée par une intersyndicale de l'Éducation en soutien à une jeunesse confrontée à une répression brutale, constitue objectivement une trahison du mouvement lycéen. Mais c'est aussi une impasse pour les énergéticiens eux-mêmes : leur colère dépasse largement la seule question du tarif agent, et le corporatisme des directions syndicales les empêche de la transformer en force contre le gouvernement.
En finir avec le corporatisme : il faut entrer dans la bataille aux côtés des lycéens
Si les taux de grève ont été si élevés le 15 septembre, c'est que les raisons de faire grève ne manquent pas, et que l'attaque du tarif agent cristallise nombre de questions sociales dans la période. Beaucoup d'agents comptent sur le tarif agent pour boucler leurs fins de mois. Leurs salaires sont grignotés par l'inflation, alors que l'électricité a augmenté de plus de 60 % en quelques années. Le carburant frôle les 3 euros le litre : on en vient à aller travailler pour payer l'essence qui permet d'aller travailler. Et le budget du gouvernement prévoit 54 milliards d'économies, dont des attaques sur les arrêts maladie et les APL et un gel des retraites dès 1 260 euros.
Sarah, énergéticienne chez Enedis et militante à la CGT Marseille, le résume : « La colère dans l'énergie, elle est là, preuve en est des taux historiques de grève de la journée du 15 septembre. Elle dépasse les revendications uniquement autour du tarif agent. Le manque de sens dans notre travail, la sous-traitance et la perte des compétences, mais aussi le prix de la vie qui augmente toujours plus. Le mouvement lycéen pourrait être l'étincelle qui met le feu aux braises. C'est ce qu'a compris le gouvernement, qui a lâché des miettes aux directions syndicales pour éviter la jonction de notre secteur avec celui de la jeunesse. »
Cette colère, l'intersyndicale de l'énergie l'enferme dans les frontières des IEG (industries électriques et gazières). Pour l'Interfédérale, le statut est le « contrat social » des électriciens et gaziers, un droit dont chaque génération serait « héritière et garante ». Les lycéens réprimés, l'essence à 3 euros, le budget Lecornu : les directions syndicales proposent que les travailleurs de l'énergie ne se soucient pas de toutes ces questions, uniquement des sujets qui les concernent spécifiquement. Résultat : dès que le gouvernement lâche sur le tarif agent, l'intersyndicale appelle à l'arrêt de la grève, et les énergéticiens se retrouvent seuls face à une attaque seulement repoussée. Un simple courrier, alors que le statut peut être modifié par décret ; des « concertations de branche » pour la faire revenir dans plus ou moins longtemps, alors même que les dix autres recommandations de la Cour des comptes sont toujours sur la table.
Le gouvernement, lui, a bien compris où était le danger. Ce n'est pas l'ultimatum de l'Interfédérale qui l'a fait céder, c'est la perspective de voir des agents capables d'arrêter des centrales rejoindre une jeunesse que la répression ne fait pas reculer. Car en mettant leur force au service de toute la population – baisse des factures pour tous, sortie de l'électricité du marché, indexation des salaires, retrait du budget d'austérité –, les énergéticiens pourraient construire un rapport de force pour contribuer à un mouvement d'ensemble capable de gagner, et protéger leur statut bien plus sûrement qu'un courrier de Matignon. C'est en s'alliant avec les travailleurs des autres secteurs en lutte, et avec l'ensemble des jeunes révoltés, que les énergéticiens peuvent arracher un programme et des mesures qui améliorent réellement leurs conditions de vie, à commencer par la hausse des salaires et l'indexation sur l'inflation.
La FNME-CGT l'a senti en appelant finalement seule, sous la pression de sa base, à rejoindre la jeunesse : « Leur combat est aussi le nôtre ». L'apparente contradiction avec le suivisme de l'intersyndicale, dont elle a signé le communiqué et cautionnée l'opération d'arrêt de la grève, tient à la stratégie corporatiste de la CGT Energie, qui ne permet pas aux travailleurs d'arracher plus que des reculs partiels et temporaires du gouvernement.
Pour construire une alliance durable et forte avec l'ensemble des lycéens et des travailleurs en colère, il faut, sur chaque site, des assemblées générales peuvent s'emparer de la question et construire la grève aux côtés des lycéens, en direction du 17 octobre. Au Havre, des travailleurs, dont des raffineurs, ont déjà formé une chaîne pour protéger les lycéens face à la police. Dans l'énergie aussi, c'est en sortant du pré carré du statut que la colère pourra se transformer en victoire contre le gouvernement et la vie chère.