« Cinq chantiers » : Lecornu cherche à enfumer pour canaliser et diviser la révolte lycéenne
Mon, 05 Oct 2026 17:32:18 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDans une lettre aux ministres publiée dimanche, le Premier ministre prétend répondre aux difficultés des lycéens sans rien céder sur les choix budgétaires ni les suppressions de postes. Une opération d'enfumage pour canaliser et diviser la révolte lycéenne, tout en durcissant la répression avec le projet de loi « casseur-payeur ».

Alors que le mouvement lycéen se poursuit malgré l'offensive répressive inouïe, le premier ministre Lecornu a publié dimanche soir, dans une lettre aux ministres, une annonce de « cinq chantiers pour répondre aux difficultés des lycéens ». Après avoir manié le bâton, l'exécutif, qui redoute désormais un « embrasement national » chez les lycéens et les étudiants, tente cette fois la carotte. Mais derrière le discours et les fausses mesures, la seule annonce concrète est celle d'un projet de loi « casseur-payeur », « pour mieux faire supporter aux auteurs de dégradations le coût des dommages causés ».
Signe que le gouvernement cherche à combiner répression et quelques ouvertures pour mieux diviser le mouvement et organiser un retour à la « normale », Lecornu annonce que « à partir de ce lundi 5 octobre, le principe est que les cours devront reprendre partout où la sécurité et l'état des locaux le permettent, en tenant compte, au cas par cas, de la situation locale ».
Enfumage : des annonces pour mimer le « dialogue » et diviser le mouvement
La lettre, qui cherche à mettre en avant la consultation des conseils académique de la vie lycéenne (CAVL) tout en ne concédant rien sur le fond, commence par mettre en avant la hausse de 1,2 milliard de budget pour l'éducation annoncée la semaine dernière. Une déformation de la réalité qui se dissipe lorsque l'on rapporte ce chiffre à l'inflation, ce qui, selon la député LFI Mathilde Pannot donne une baisse de 560 millions d'euros pour les collèges et lycées.
De la même manière, Lecornu promet un « traitement prioritaire des absences longues durée et des postes non pourvus » après avoir annoncé jeudi la suppression de 1522 postes d'enseignants. Une annonce qui ne convainc même pas les chefs d'établissement, pourtant situés au cœur de la hiérarchie de l'Éducation nationale. Sur franceinfo, un représentant du « syndicat » des proviseurs affirme que la lettre de Lecornu les a « mis très en colère », estimant qu'elle leur fait porter la responsabilité des problèmes de remplacement : « Tout ça, on le fait », mais les financements prévus les années précédentes ont « fondu comme neige au soleil ».
Autre grande revendication de la mobilisation actuelle, la rénovation du bâti scolaire, qui nécessiterait plusieurs dizaines de milliards d'euros d'investissement pour répondre aux problèmes de vétusté, d'amiante et d'isolation thermique, fera l'objet d'une « réunion en visioconférence avec les présidents des conseils régionaux ». De fait le gouvernement une nouvelle fois à nous enfumer, puisqu'il a annoncé 4,5 milliards d'euros de coupes budgétaires pour les collectivités. Début septembre déjà, il amputait en catimini de 40 millions d'euros le plan d'urgence pour le bâti scolaire annoncé en juillet dernier après une fin d'année scolaire caniculaire.
Ces annonces illustrent la stratégie du gouvernement face à un mouvement dont la radicalité des revendications remet en cause les fondements même de la politique de Macron depuis 2017. Après avoir imposé la fermeture de 400 lycées sous couvert de « distanciel » pour temporiser et rendre plus difficile la réunion des lycéens mobilisés, le gouvernement feint de donner des signes d'ouverture. Pour tenter de canaliser la révolte des lycéens, Lecornu cherche à légitimer les instances de dialogue sociale comme le CAVL, pour essayer de diviser le mouvement entre d'une part les bon lycéens, prêt à négocier en jouant le jeu des institutions, et d'autre part les mauvais lycéens violent qu'il s'agit de réprimer férocement.
Le mouvement ouvrier doit se lier à la révolte des lycéens
Contre ces tentatives de canalisation et de division de la profonde colère qui s'exprime dans la jeunesse, il est urgent de dénoncer ces manœuvres d'enfumage qui visent à briser la révolte des lycéens. Au contraire, il s'agit de poursuivre la mobilisation en la construisant par en bas, et pour le mouvement ouvrier de se lier pleinement à cette colère. De premiers pas en ce sens ont été effectués avec la jonction de certains secteurs des personnels de l'éducation, qui se sont non seulement solidarisés avec les élèves face à la répression, mais ont également rejoint activement la mobilisation sur la base de revendications communes.
Il faut désormais poursuivre cet élargissement en travaillant à la jonction du mouvement lycéen avec le mouvement étudiant, déjà en guerre contre Bienvenue en France, et le mouvement ouvrier, dont certains secteurs vont se solidariser par la grève mardi 6 octobre.
Face à des classes dominantes radicalisées, ce n'est que par un mouvement d'ensemble, en liant le mouvement ouvrier à la colère des lycéen·nes, que pourront être arrachées toutes les revendications : l'investissement massif dans l'école, la fin du 8h 18h et de la sélection, l'abolition des lois racistes comme la loi de 2004 dans les lycées ou Bienvenue en France à l'université, le blocage des prix de l'essence et la fin de la sous-traitance et des contrats précaires.
Crédit photo : capture d'écran France Info