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« Ils ont traîné un lycéen par le cou » : lycéens et soutiens témoignent de la répression à la Ciotat

Mon, 05 Oct 2026 19:05:43 CEST

Révolution Permanente

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Placage ventral, coups de pied et coups de matraque, lacrymos qui pleuvent… à la Ciotat, des lycéens mobilisés du lycée Méditerranée racontent au micro de Révolution Permanente la violence de la répression policière qu'ils ont subi le 2 octobre. Face à cette répression politique de masse, il faut soutenir les lycéens.

Vendredi 2 octobre au matin, un blocus partiel est mis en place au lycée Méditerranée, un des deux lycées ciotadens. Celui-ci est ensuite violemment réprimé par la police et au moins quatre élèves sont interpellés, dans la foulée des ordres donnés par le ministre de l'Intérieur de mettre de côté la « proportionnalité » pour réprimer férocement le mouvement à l'échelle nationale, qui s'étend hors des grandes villes.

Un blocus pour des conditions d'étude dignes

Les jeunes qui manifestent devant le lycée Méditerranée portent les mêmes revendications que dans toute la France. Une lycéenne brandit une pancarte où est peint le slogan « Plus d'heures de trous que d'heures de sommeil », pour dénoncer le caractère interminable de leurs journées de 8h à 18h, avec au milieu des dizaines d'heures de cours non remplacées lorsque des enseignants sont absents. Un rythme effréné dans une chaleur insupportable qui les épuise depuis le mois de mai, et des chaleurs toujours records en septembre.

Le tri brutal imposé par la plateforme Parcoursup et son impact sur leur santé mentale est également au cœur de leur colère. Sur la pancarte d'une autre lycéenne, le lien est fait avec la lutte contre le décret « Bienvenue en France », passé dans un contexte d'attaques croissantes contre l'université publique. Le lycée Méditerranée était aussi bloqué en solidarité avec les lycéens mobilisés dans plus de 1000 établissements en France ce jour-là, en particulier avec ceux des quartiers populaires.

Mais au micro de Révolution Permanente, les lycéens égrènent également d'autres revendications et préoccupations. Un adolescent parle de la crise climatique, une autre raconte sa colère face au patriarcat, et son impression de ne jamais être prise au sérieux par les hommes âgés autour d'elle. Ils s'accordent aussi à dire que leurs profs, dont quelques-uns se trouvent là en soutien à leurs élèves, sont trop mal payés.

Une opération de terreur policière bien huilée

« Au début, tout allait bien, on dansait, on chantait » témoigne une lycéenne. La police sur les lieux est très vite agressive avec les jeunes. « Ils me disaient qu'ils recevaient des pierres mais pas du tout, au début tout était calme, et les lycéens et les membres de l'équipe éducative présents géraient les incidents. Ça a vraiment dégénéré quand les policiers ont commencé à gazer les lycéens » raconte une adulte présente en soutien. La lycéenne poursuit « à ce moment-là, j'ai voulu rentrer dans le lycée. J'ai demandé à un policier si je pouvais passer, il a dit “vas-y passe”, et quand je suis passée il m'a donné un coup de matraque dans le dos ». Ensuite, tout s'enchaîne très vite. Les tirs de lacrymogène se multiplient, et une centaine de lycéens paniqués s'enfuient devant les nuages de gaz irritants et l'avancée de policiers casqués et munis de gazeuses. Puis dix camions de CRS déboulent, et un cordon bloque la route qui permettrait de retourner au lycée.

Un face à face se met en place entre les lycéens qui souhaitent retourner à leur établissement et les CRS. Alors qu'ils donnent l'ordre de se disperser, la dizaine d'adultes présents, dont des professeurs et deux conseillers municipaux PCF, forment une chaîne devant les élèves. Quelques instants plus tard, les CRS lancent une charge d'une grande violence, ils bousculent, frappent, donnent des coups de pieds et de matraque, mettent à terre des lycéens. Un policier cogne la tête d'une adolescente contre un poteau. Deux d'entre eux font subir un placage ventral à un adolescent, lui maintenant le visage contre le sol, pour lui passer les menottes. Une passante témoigne : « J'ai tenu dans mes bras une ado prostrée par terre qui faisait une crise de panique, elle avait reçu des coups de matraque au nez et aux côtes, et elle hurlait le nom de son copain qui était en train de se faire traîner par le cou jusqu'à une voiture de police pour avoir essayé de la protéger ».

En tout, la charge a fait de nombreux blessés, et s'est soldée par deux arrestations. À celles-ci s'ajoutent deux autres mises en garde à vue. La première a eu lieu bien avant, vers 4h du matin, alors qu'un lycéen poussait des caddies aux abords du lycée. Et la seconde bien après, vers 13h, témoignant d'une véritable chasse à l'homme : des heures après la dispersion du blocus, un quatrième lycéen a été arrêté alors qu'il se rendait au supermarché.

Face à cette répression politique de masse, il faut soutenir les lycéens

Le but politique d'une telle charge est clair : terroriser les lycéens pour qu'ils rentrent chez eux, et ne ressortent surtout pas manifester la semaine d'après. Dans toute la France, comme s'en vante le ministre de l'intérieur Laurent Nuñez sur TF1, ce sont plus de 5000 lycéens, dont 85 % de mineurs, qui ont été arrêtés la semaine dernière. Les chiffres journaliers dépassent ceux des Gilets Jaunes, il faut revenir à 1961 et la répression des mobilisations pendant la guerre d'Algérie pour retrouver une telle politique d'arrestations de masse.

Le gouvernement est terrifié à l'idée de voir la mobilisation des lycéens converger avec la colère sociale de leurs parents et de tous les secteurs de la société, précarisés par l'inflation et la hausse du prix du carburant.

À La Ciotat comme ailleurs, il est primordial de faire bloc autour des lycéens pour aider leur mobilisation à traverser la répression, et d'être solides sur une vérité : la police réprime avec violence tous les lycées mobilisés, en instrumentalisant le moindre événement pour justifier ces violences. Pendant que l'appareil médiatique bourgeois se charge de fabriquer la figure du « casseur », pour mieux faire oublier que la violence vient d'abord de l'État, il faut défendre l'abandon des poursuites pour tous les réprimés et la relaxe immédiate de tous les interpellés.

La solidarité s'est exprimée dès vendredi après-midi, où un rassemblement pour les élèves arrêtés s'est tenu devant le commissariat de La Ciotat, à l'appel notamment de La Collective Ciotadenne. Il a réuni une trentaine de lycées et de soutiens, dont le père de Rami, l'adolescent retenu depuis 4h du matin pour avoir poussé des caddies. Dans sa prise de parole, il a dénoncé les commentaires ouvertement racistes que son fils avait déjà subi face à la police ciotadenne et exprimé son inquiétude pour son fils.

Structurer le mouvement et lier les colères

À Marseille, l'organisation des lycéens progresse à grands pas, avec la tenue vendredi d'une assemblée générale inter-lycées qui a réuni 200 personnes. Dans leur communiqué, les lycéens dressent la liste de leurs revendications, et terminent par les mots suivants :

Pour gagner, nous sommes persuadés que l'union fait la force. C'est pourquoi nous appelons les travailleurs de tous les secteurs à nous rejoindre dans la lutte. La semaine du 5 octobre doit être une semaine noire avec des blocus, grèves et mobilisations toute la semaine !
Rencontrons-nous et organisons-nous dans une grande assemblée générale lycéenne, étudiante et interprofessionnelle ce lundi 5 octobre à 18h à la Bourse du travail !

À La Ciotat, les lycéens doivent parvenir à se structurer pour pouvoir porter eux-mêmes haut et fort leurs revendications, résister aux instrumentalisations des politiciens et aux diversions écœurantes de la presse bourgeoise, faire bloc face à la répression policière et judiciaire, et ne pas rester isolés des dynamiques qui se construisent entre les travailleurs et les lycéens marseillais.

Quant au mouvement ouvrier : de nombreuses fédérations syndicales, notamment dans l'éducation, appellent à la grève et à se tenir aux côtés des lycéens lors de la grande journée de mobilisation du 6 octobre. Sud Éducation appelle par ailleurs à refuser le distanciel, afin de ne pas contribuer à étouffer la mobilisation à travers les « lock-outs scolaires ».

Le gouvernement a raison d'avoir peur de la mobilisation lycéenne ! Le dernier mouvement social à avoir obtenu le retrait d'une loi était celui emmené par les lycéens contre le Contrat Première Embauche en 2006. La plus grande grève générale de l'histoire de l'Europe, Mai 68, qui avait débouché sur une vaste remise en cause des oppressions qui structurent la société, la hausse de 30 % du SMIC, la réduction du temps de travail, le renforcement des droits syndicaux et la démocratisation de l'université, a elle aussi commencé par un mouvement étudiant.

Soutien aux lycéens ! Il faut que le mouvement ouvrier rejoigne leur mobilisation et réclame l'amnistie pour tous les réprimés !

Crédit photo : Révolution Permanente

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