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Les lycéens tiennent bon : le 6 octobre, le mouvement ouvrier doit entrer dans la bataille

Mon, 05 Oct 2026 20:36:11 CEST

Révolution Permanente

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Ni la répression, ni le « lock-out » scolaire, ni les tentatives de « dialogue » ne parviennent à briser la révolte lycéenne. À la veille du 6 octobre, l'enjeu est clair : faire entrer pleinement le mouvement ouvrier dans la bataille, structurer la mobilisation et construire un plan pour gagner.

Le gouvernement a tout essayé, mais le mouvement se poursuit. Ce lundi encore, 413 lycées étaient bloqués ou mobilisés. Signe que la colère reste profonde, le gouvernement redoute désormais lui-même « un embrasement, au niveau national, des lycées et des étudiants ». Une colère profonde et une détermination intacte qui appellent à poursuivre la mobilisation, mardi 6 octobre, à l'appel des organisations lycéennes, étudiantes et syndicales.

Ni le bâton ni la carotte : le mouvement tient

Depuis maintenant 10 jours, la réponse de l'État a d'abord été le bâton : une répression inouïe, et qui se poursuit aujourd'hui. Ce lundi matin à Lens, un lycéen de 15 ans, en seconde bac pro au lycée Auguste-Béhal, a eu la main arrachée par une grenade. La semaine dernière, un jeune était éborgné à Tours, tandis qu'un autre perdait ses dents après avoir reçu une grenade au visage à Saint-Ouen-l'Aumône. Plus de 5 000 interpellations depuis le début du mouvement, dont une écrasante majorité de mineurs. Voilà ce que l'État répond à des jeunes qui réclament des profs et des classes dignes de ce nom.

La répression administrative a été la seconde arme. Depuis vendredi, les cours sont suspendus totalement ou partiellement dans 400 à 500 lycées. Ce lundi, plus d'un tiers des lycées d'Île-de-France, soit plus de 160 établissements, étaient encore concernés. Passage en distanciel, interdiction de se rassembler aux abords des établissements : c'est un véritable lock-out scolaire. L'objectif est limpide : renvoyer les lycéens chez eux, les isoler, les empêcher de se retrouver. Mais le dispositif ne fonctionne pas comme prévu : les lycéens refusent de rester à la maison, tandis que le recours au distanciel se heurte aux difficultés de sa mise en œuvre et à la contestation des travailleurs de l'éducation. Signe que cette stratégie n'a pas permis de briser la mobilisation, Lecornu appelle désormais à reprendre les cours, affirmant que « le principe est que les cours devront reprendre ».

Voyant que la colère ne retombait pas, Lecornu a sorti la carotte : une « feuille de route » en cinq chantiers, une plateforme pour « écouter » les lycéens, des promesses sans le moindre chiffre. De l'enfumage pur et dur, quant au même moment, son budget 2027 supprime 1 588 postes d'enseignants. Mais les lycéens ne sont pas dupes. Ils poursuivent le mouvement avec un courage qui force le respect, et les étudiants, à leurs côtés, commencent à s'organiser.

Le mouvement ouvrier doit entrer dans la bataille, pas jouer les médiateurs

Face à un gouvernement déterminé à en finir avec leur révolte, les lycéens ne peuvent pas rester seuls. Et ils ne le sont déjà plus tout à fait. Dans de nombreux établissements, profs et élèves se sont retrouvés sur les parvis. Au Havre, des travailleurs de plusieurs entreprises ont formé une chaîne devant le lycée François-Ier pour faire barrage à la police. Pour demain, les appels se multiplient. La CGT appelle à se tenir aux côtés des lycéens et des étudiants, « y compris par la grève », tout comme Solidaires. Dans l'Éducation, la CGT Éduc'action, SUD Éducation, le SNES-FSU et la FNEC FP-FO appellent explicitement à la grève. SUD-Rail Paris-Nord appelle les cheminots à rejoindre les manifestations, et le syndicat appelle à être présent sur les blocages et exige la libération immédiate de tous les lycéens interpellés.

L'appel de la CGT un point d'appui mais il ne suffira pas s'il ne s'accompagne pas d'une ligne claire face aux manœuvres du gouvernement. Car celui-ci a une stratégie : lâcher des miettes, secteur par secteur, pour diviser le mouvement et mieux l'écraser. Les énergéticiens en ont fait l'expérience. Le gouvernement a reculé sur son attaque contre le tarif préférentiel agent, et l'intersyndicale a aussitôt sonné la fin du mouvement, alors même que ce secteur, qui a mené une grève suivie le 15 septembre, aurait pu faire la jonction avec la jeunesse ce mardi. La CGT Energie a maintenu son appel à la grève le 6 octobre, mais elle avait entre-temps signé le communiqué commun proclamant la fin de la mobilisation, cautionnant ainsi la trahison des directions syndicales de l'Energie.

Dans le même temps, la tonalité plus combative qu'à l'accoutumée du communiqué de la CGT ne constitue toujours pas un appel clair à la grève de l'ensemble des travailleurs. La formule « y compris par la grève » laisse celle-ci au rang de possibilité, alors que la radicalité de la révolte lycéenne exige un appel clair, à la hauteur de leur détermination. La direction de la CGT semble prête à « protéger les jeunes », mais pas à se lier à la radicalité de leur mobilisation en mettant la force du mouvement ouvrier au service de leur combat.

Invitée de TF1 ce lundi, Sophie Binet a dénoncé l'« enfumage » du gouvernement et refusé de se satisfaire des annonces de Lecornu. Elle a également dénoncé le principe « casseur-payeur » que veut appliquer Darmanin, qui rendrait collectivement responsables des dégradations tous les participants à un rassemblement. Mais sa réponse reste pourtant inscrite dans une logique de médiation entre les lycéens et le gouvernement. Pour Binet, le « retour au calme » est un objectif, tandis que le « dialogue » doit permettre d'obtenir des réponses de l'exécutif, comme l'abandon des suppressions de postes dans les lycées. Il s'agit ainsi de renouer le dialogue entre les lycéens et le gouvernement, plutôt que de chercher à construire une mobilisation commune capable d'imposer un rapport de force.

Ce n'est pas aux organisations ouvrières de conseiller le gouvernement sur la meilleure manière de ramener le calme. Les directions syndicales devraient mettre l'ensemble de leur force au service de la mobilisation, en se liant à la radicalité de la révolte lycéenne. De ce point de vue, il aurait fallu un appel clair à la grève de la confédération pour montrer sa détermination, rassembler tous les secteurs et faire du 6 octobre une véritable « journée noire ».

La présence des chasubles rouges de la CGT demain aux côtés des lycéens est un premier point d'appui. Mais il faut aller plus loin : la meilleure « protection » pour la jeunesse, c'est la grève, c'est l'entrée massive du monde du travail dans la bataille, aux côtés des lycéens.

Développer l'auto-organisation et construire le mouvement par en bas

Pour construire ce plan de bataille, il y a urgence : le mouvement doit s'étendre, mais aussi se structurer par en bas. La mobilisation s'est largement appuyée sur les réseaux sociaux, mais son développement pose désormais la question de son organisation, de sa capacité à construire des expériences collectives et à trouver des alliés dans le mouvement étudiant et surtout ouvrier. Pour cela, il faut des cadres où l'on discute et où l'on décide ensemble : des assemblées générales dans chaque établissement, et des coordinations pour les relier. C'est ainsi que cette explosion de colère peut devenir une force organisée, capable de construire un véritable rapport de force et de lutter contre la répression.

Ces cadres doivent se structurer dans les lieux d'études, lycées et universités, comme sur les lieux de travail, pour faire émerger une coordination de la colère. Des premiers pas existent déjà en ce sens. Dans l'est du Val-d'Oise, enseignants et lycéens construisent ainsi des Assemblées générales ainsi qu'une coordination inter-établissements. Le 2 octobre, alors que les lycées étaient fermés et malgré la menace d'arrêtés préfectoraux, des délégations de sept lycées et cinq collèges se sont retrouvées sur le parvis du lycée Maryse-Condé à Sarcelles. Ensemble, ils ont dénoncé le distanciel comme une manœuvre pour casser les blocus, exigé l'abandon de toutes les poursuites administratives, judiciaires et scolaires contre les élèves, et balayé la plateforme du ministre comme une manœuvre. Et l'AG a lancé un appel à tous les personnels, parents et élèves du département, mais aussi à l'ensemble des salariés, à rejoindre une nouvelle assemblée à Sarcelles ce mardi. Un début d'auto-organisation et coordination qu'il s'agit de construire et étendre.

Les étudiants ont, eux aussi, un rôle essentiel à jouer pour construire et coordonner le mouvement par la base. Blocus et assemblées générales se multiplient dans les facs, dont une grande AG de 500 personnes ce lundi à Paris 3, sur le campus de Nation, en présence de délégations lycéennes. La même chose s'est reproduite sur de nombreux autres campus, comme à Rennes où ce ne sont pas moins de 1000 personnes qui se sont réunies en assemblée. Les universités peuvent offrir des lieux, de l'expérience, et devenir des points d'appui pour coordonner la mobilisation, en particulier en mettant les facs au service de l'accueil des lycéen·nes mobilisé·es et du renforcement des liens entre les deux secteurs.

Cette organisation par en bas doit permettre au mouvement de s'approprier toutes les préoccupations de celles et ceux qui y participent. Car la colère dépasse largement les murs des lycées. Les lycéens se battent pour plus de profs et de moyens, mais c'est tout un système de tri social et raciste qu'ils dénoncent. L'abandon des suppressions de postes ne peut suffire à répondre à cette colère : il faut des embauches massives pour répondre aux besoins réels, la titularisation immédiate des contractuels et des précaires, s'opposer à l'autoritarisme de l'institution scolaire, du 8h-18h, des notes et des examens, ainsi que l'abrogation de la loi de 2004 et de l'interdiction des abayas. Mais, plus encore, il faut donc exiger l'abrogation pure et simple de Parcoursup qui sacrifie l'avenir de cette jeunesse. Une revendication qui rejoint celles du mouvement étudiant : des facs ouvertes à toutes et à tous, contre la hausse des frais d'inscription qui visent à renforcer le caractère élitiste et raciste de l'université, à l'image de « Bienvenue en France » qui exclut les étudiants étrangers.

Plus largement, le mouvement ouvrier doit se lier à la colère qui s'exprime depuis des semaines dans la rue et sur les réseaux contre la vie chère, le prix du carburant et la dégradation des conditions de vie. Sur le 17 octobre, les directions syndicales restent pour l'instant muettes, alors même que la CGT recense des mobilisations les 6, 8 et 14 octobre sans appeler à cette échéance. Sophie Binet évoque bien la question des carburants et exige une confrontation avec Total, mais il faut aller plus loin et exiger ici et maintenant l'expropriation de la multinationale française pour faire baisser et bloquer les prix. Plutôt que de renvoyer la prochaine journée interprofessionnelle au 5 novembre, l'enjeu est de construire dès maintenant un plan de bataille d'ensemble, en se liant à la révolte des lycéens et en s'inspirant de sa détermination.

Le gouvernement est fébrile, pris entre surenchère répressive, hésitations sur la fermeture des lycées et timides tentatives de canalisation, alors que la mobilisation se poursuit. Mais le temps compte. Après la journée en demi-teinte du 29 septembre, le 6 octobre doit être un point de départ pour construire ce rapport de force. Face aux 54 milliards d'euros d'économies, au gel des retraites dès 1 260 euros et à la suppression de 1 588 postes dans l'Éducation, il faut un mouvement capable de faire front contre la répression, l'austérité et la vie chère, d'obtenir des moyens et des embauches massives dans l'Éducation, des hausses générales de salaires et la baisse des prix du carburant, et faire tomber ce gouvernement et son budget austéritaire.

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