État espagnol : Sánchez convoque des élections pour vider les rues et ressusciter le « moindre mal »
Mon, 05 Oct 2026 21:40:41 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAlors que la mobilisation nationale pour le logement se renforce, le Premier ministre cherche a instrumentaliser la colère contre la rejet de deux décrets pour élargir sa majorité. Un nouveau chantage au « moindre mal » de la part d'un gouvernement qui n'a rien fait pour s'attaquer aux grands propriétaires depuis 10 ans.

Ce texte est une déclaration initialement publiée par l'organisation Courant Révolutionnaire des Travailleurs, organisation sœur de Révolution Permanente dans l'Etat Espagnol et section du Courant Révolution Permanente, ainsi que de l'organisation Courant Rouge - Quatrième Internationale avec qui la CRT est engagée dans un processus de fusion.
Le rejet de ses décrets visant à suspendre les expulsions des locataires d'ici à 2030 vient de contraindre Pedro Sanchez à dissoudre le parlement. La convocation de nouvelles élections anticipées vise à en faire un levier pour canaliser la colère sociale vers la voie électorale. Les organisations membres de son gouvernement ainsi que Podemos entendent canaliser les mobilisations par les institutions en cherchant à profiter de la vague en cours pour se sauver électoralement, quitte à servir de nouveau de béquille pour un nouveau gouvernement Sánchez. Face à cette nouvelle manœuvre, il est nécessaire de prendre des mesures fermes pour imposer aux directions syndicales une grève générale pour le logement et pour construire une alternative politique d'indépendance de classe.
Sánchez appelle à reconduire la coalition progressiste, afin de canaliser le profond mécontentement social vers le piège électoral. À la fin de son discours, il a indiqué que les élections serviraient à décider si les électeurs veulent « rejoindre la vague d'extrême droite qui fait reculer la société partout où elle gouverne » ou donner à l'Espagne une « majorité progressiste plus large ». Après le rejet des décrets sur le logement au Parlement vendredi dernier, il n'avait pas beaucoup d'alternatives : convoquer des élections anticipées ou prolonger un gouvernement dont la fin était déjà annoncée. Contraint sur le calendrier, il a fait un pari sur l'usage de ces élections : neutraliser et instrumentaliser la mobilisation pour le logement afin de regagner les voix que la coalition a perdues en raison de la démoralisation et de la frustration générée par les promesses non tenues, la crise du logement, la détérioration des systèmes de santé et d'éducation, les salaires à la traîne par rapport à l'inflation et les affaires de corruption au sein de la direction socialiste, entre autres crises sociales.
Le nouveau piège du « moindre mal »
La droite du Parti Populaire (Partido Popular), aux côtés de Vox, mise sur son arrivée au gouvernement central, avec un discours réactionnaire contre l'immigration. Elle vient de voter au Congrès contre des mesures minimales telles que le gel des expulsions, pour défendre les spéculateurs et les fonds d'investissements vautours. La menace est réelle. Mais ce discours du « nous ou la vague de droite », n'est pas nouveau. Même s'ils agitent le spectre de la droite, ce sont bien les « progressistes » du PSOE qui gouvernent depuis huit ans : d'abord seuls, puis avec Unidas Podemos, puis avec Sumar.
Sánchez est arrivé au pouvoir en promettant qu'il n'y aurait « plus une seule expulsion », mais elles continuent pourtant avec plus de 45 par jour. La loi sur le logement de 2023, présentée comme historique par le PSOE et Unidas Podemos, n'a pas freiné la flambée des loyers. Alors que la santé et l'éducation publiques se détériorent, le gouvernement du PSOE et de Sumar a engagé plus de 60 milliards d'euros dans les dépenses militaires. En matière de politique migratoire, ce gouvernement « progressiste » a ouvert davantage de centres d'internement pour étrangers (CIE, l'équivalent des CRA en France) et porte une lourde responsabilité dans le massacre de Melilla. Cet été, il a déployé l'armée à Ceuta contre les migrants, en suivant exactement la ligne réclamée par la droite et l'extrême droite.
C'est un gouvernement qui se présente comme l'ami du peuple palestinien, mais sous lequel le commerce d'armes avec Israël s'est poursuivi. La « loi bâillon », que Sánchez avait promis d'abroger dès son arrivée au pouvoir, a été utilisée contre ceux qui se mobilisent. C'est ce gouvernement qui se présente aujourd'hui à nouveau comme une alternative pour freiner la « vague de droite », alors que ce sont ses propres politiques qui ont alimenté le climat social et politique dont se nourrit la droite. Chaque promesse non tenue a produit de la désillusion, et chaque mesure migratoire répressive a banalisé le discours de l'extrême droite. Le problème du « moindre mal » n'est donc pas seulement qu'il reste un mal : c'est qu'il prépare le terrain du pire.
La lutte pour organiser la grève générale
La révolte pour le logement, qui se concentre ces jours-ci à la Puerta del Sol à Madrid et donne lieu à des mobilisations massives dans tout le pays, a mis en évidence la nécessité d'approfondir la lutte. La voie institutionnelle a montré ses limites : la loi de 2023 n'a pas fait baisser les loyers, et les décrets viennent d'être rejetés au Parlement. Il ne s'agit pas de croire pour la énième fois au mythe du « moindre mal », mais de construire à partir de la base un plan de lutte et une grève générale.
Lors des mobilisations, un mot d'ordre a retenti encore et encore : « Grève, grève, grève générale ». Au même moment, le Syndicat des locataires a affirmé être en en négociation avec la plupart des syndicats pour convenir d'une « grève générale pour le logement ». Aujourd'hui plus que jamais, il est nécessaire d'exiger de la Confederación Sindical de Comisiones Obreras (CCOO), de l'Unión General de Trabajadoras y Trabajadores (UGT) et de tous les syndicats un appel unitaire à une grève générale. Les raisons ne manquent pas, et on ne peut plus attendre : une grève pour exiger la fin immédiate de toutes les expulsions, l'expropriation des grands propriétaires et des fonds vautours, ainsi qu'une baisse radicale des loyers pour qu'ils ne dévorent plus nos salaires.
Le 14 octobre, une grève illimitée des enseignants est prévue à Madrid. Ce jour-là, il est essentiel d'étendre la grève à tous les secteurs de l'éducation et au mouvement étudiant. La participation de milliers de jeunes aux mobilisations de ces derniers jours peut transformer chaque faculté et chaque lycée en un bastion de la lutte pour le logement et de la défense des services publics.
En Catalogne, on se prépare à relancer la grève générale de l'éducation en novembre. D'autres secteurs, comme les travailleuses de la petite enfance (0-3 ans) et du secteur social, les salariés d'Airbus et d'autres travailleurs en lutte, constituent des points d'appui importants pour construire la grève générale par la base, en commençant par coordonner les luttes en cours.
Il y a quelques jours, à Madrid, une « Table syndicale pour la grève générale » a été constituée, composée du Syndicat des locataires, de la CGT, de COBAS, de Solidaridad Obrera et de la CNT. En Catalogne également, des discussions sont en cours entre le Syndicat des locataires et d'autres syndicats, qui avaient formé l'année dernière la plateforme « Ens costa la vida » (Ça nous coûte la vie) aux côtés de dizaines de collectifs, dans le but d'organiser une grève générale pour le logement et les salaires.
Maintenant que les élections sont convoquées pour le 29 novembre, le CCOO et l'UGT voudront certainement repousser aux calendes grecques la convocation d'une grève. Les placer face à cette exigence reste pourtant indispensable : soit elles convoquent la grève, soit leurs bases verront clairement qui freine la mobilisation. Du côté des syndicats de locataires, du syndicalisme combatif et des organisations en lutte, il est possible de convenir dès maintenant d'une date provisoire pour une grande journée de lutte en novembre, avec des arrêts de travail sur les lieux de travail et d'études, des barrages routiers et des manifestations. Nous devons nous battre pour transformer cette journée en une véritable grève générale, en exigeant des CCOO, de l'UGT et de tous les syndicats majoritaires des autres régions qu'ils y appellent. Comme nous l'avons tant de fois crié lors des manifestations : la lutte est la seule voie. Nous devons construire, de manière unitaire et par la base, une grande grève générale qui fasse trembler les gouvernements et les capitalistes.
Pour une nouvelle organisation révolutionnaire et socialiste
Ce qui se passe ces jours-ci montre que nous devons ouvrir une voie différente de celle que nous propose la gauche réformiste. Sumar, depuis le gouvernement, et Podemos, désormais depuis l'extérieur, sont déjà en campagne électorale. Ils veulent nous convaincre qu'en votant à nouveau pour eux, on parviendra à « faire pression sur le PSOE depuis la gauche » au sein d'un futur gouvernement. Ils agissent, comme ils l'ont fait à partir de 2014, pour détourner l'énergie de la rue vers une voie électorale et d'institutionnalisation. Podemos ne précise même pas si son objectif est de réintégrer le Conseil des ministres aux côtés de Sánchez et du ministre de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska. Mais nous avons déjà vu ce scénario, et c'est ainsi que nous en sommes arrivés là. Nous partageons l'inquiétude face à la montée de la droite, et c'est précisément pour cela que nous devons nous demander pourquoi elle progresse : les législatures progressistes lui ont progressivement ouvert la voie.
Nous devons construire une nouvelle organisation révolutionnaire et socialiste, dotée d'un programme d'indépendance de classe, qui ne vise pas à gérer le capitalisme mais à en finir une bonne fois pour toutes avec ce système d'exploitation et d'oppression, et qui mise sur la lutte des classes. C'est dans ce combat que nous nous engageons depuis la CRT et Corriente Roja-IV, et nous espérons, au cours de la prochaine période, rallier de nombreux jeunes et travailleurs à ce grand défi à nos côtés.