Saint-Avold : la police quadrille la ville pour intimider les lycéens et étouffer la mobilisation
Mon, 05 Oct 2026 13:40:44 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalÀ Saint-Avold en Moselle, un énorme déploiement policier a lieu depuis le matin du 5 octobre pour intimider la mobilisation lycéenne et tenter d'empêcher son extension. Face à la répression policière et à la mairie RN, la solidarité par en bas se développe et continue de préparer la journée nationale du 6 octobre.

Ce lundi 5 octobre, la ville de Saint-Avold s'est réveillée sous un dispositif policier massif. Contrôles arbitraires, fouilles, intimidations : la réponse du pouvoir à la mobilisation lycéenne se durcit. Mais sur le terrain, les jeunes tiennent bon, soutenus par le Réseau ouvrier et solidaire. Ce mardi 6 octobre, une grande journée de mobilisation nationale est annoncée, rejointe par la CGT et la FCPE.
Une pression administrative et policière inédite
Dès le week-end, l'administration du lycée du Poncelet a écrit aux familles pour exiger que les élèves rentrent dans l'établissement dés leur arrivée lundi, pour empêcher tout rassemblement à l'entrée. Une manière de préparer le terrain à la démonstration de force policière du lundi matin.
Et la démonstration a bien eu lieu. Toute la ville était quadrillée : BAC, police nationale, police municipale. Des jeunes ont été fouillés partout, de manière arbitraire. Certains policiers municipaux étaient armés de LBD.
Mateo*, lycéen en première, raconte : « Au lycée Charles Jully, la police a bloqué le lycée avec des voitures de part et d'autre. Chaque élève qui passait se faisait contrôler. Ils ont fait en sorte d'étouffer les blocus. La rumeur a circulé que les CRS encercleraient les lycéens si le lycée était bloqué. »
Il poursuit : « On était en face du lycée et il y a un groupe de policiers qui sont arrivés et nous ont mis contre le mur pour nous fouiller. Ils ont pris en photo nos carnets, nos nom, prénoms et adresse. Ils voulaient nous intimider. Un des policiers municipaux avait un flashball. »
Arrestations arbitraires et intimidations
La répression ne date pas d'aujourd'hui. Certains lycéens ont déjà été interpellés la semaine passée. C'est le cas de William*, contrôlé vendredi puis emmené au poste parce qu'il n'avait pas sa carte d'identité. Il raconte : « Ils m'ont expliqué que la législation avait changé et que même si je n'avais rien cassé, je serais désigné coupable, je serais reconvoqué au tribunal, j'aurais un casier judiciaire et je ne pourrais jamais travailler dans la fonction publique. »
Dans le commissariat, un policier lui a asséné : « qu'on est manipulés par Mélenchon, que c'est Christian Porta qui est derrière tout ça. » William ne mâche pas ses mots : « Ça réduit notre engagement, comme si on n'était pas capables de militer tout seuls. Nous on est contents que des personnes comme Christian Porta nous soutiennent, c'est la base. Mais ce mouvement part des lycéens eux-mêmes. On a démarré avec les mouvements lycéens à Saint-Denis, c'est une étincelle qui a mis le feu partout en France. »
« On appelle tout le monde à se mobiliser »
Mateo insiste sur la nature du mouvement : « Dans ce mouvement il n'y a pas que des gens de gauche, c'est un mouvement étudiant, pas affilié à un parti. C'est les lycéens qui disent qu'ils en ont marre et qui sont inquiets pour leurs futurs. On ne parle pas que des lycées, on parle aussi du prix de l'essence. Les lycéens se soulèvent après des années où on nous méprise. »
Les jeunes comptent désormais sur un élargissement du mouvement, comme l'explique Mateo : « Il faut que les adultes se rendent compte qu'on n'est pas là pour se plaindre, on est là pour se battre et pas seulement pour nous. On se bat aussi pour nos parents, nos grands frères, qui eux n'ont pas pu se soulever, pour nos petits frères et sœurs, et peut-être aussi pour nos enfants plus tard, parce qu'on ne veut pas qu'ils aient à subir ce qu'on subit. On veut le changement, c'est pour ça qu'on appelle tout le monde, les adultes, les pompiers, les parents d'élèves à se mobiliser. Il faut que le plus possible de personnes se rassemblent, c'est un mouvement qui doit se généraliser. »
La solidarité s'organise
Présents devant le lycée pour les soutenir, des militants du Réseau ouvrier et solidaire — travailleurs, enseignants, mamans en colère contre la répression — ont pu témoigner aux jeunes de leur solidarité. Un collectif de parents solidaires face à la répression a commencé à se mettre en place, pour soutenir les familles dont les enfants subissent la répression policière et administrative. En effet, en plus des interpellations et des jugements de certains lycéens mobilisés, la mairie RN, qui n'hésite pas à traiter les lycéens de « racailles », a annoncé vouloir couper les aides des familles dont les enfants seraient responsables de « vandalisme ».
Demain, mardi 6 octobre, une grande journée de mobilisation nationale est annoncée, rejointe par la CGT et la FCPE. Malgré la pression policière et administrative, les lycéens de Saint-Avold sont décidés à ne pas enterrer le mouvement. Ils appellent tous ceux qui partagent leur colère à se joindre à eux.
*Les prénoms ont été modifiés