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Semaine noire. Des dizaines de facs bloquées, les étudiants rejoignent les lycéens

Mon, 05 Oct 2026 23:38:34 CEST

Révolution Permanente

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La semaine noire a commencé, et les lycéens mobilisés sont rejoints par les étudiants dans des dizaines de blocus et d'assemblées générales dans les universités. Leurs revendications : le 8h-18h au lycée, les conditions d'étude à la fac, Parcoursup et surtout la répression féroce qui s'abat sur la jeunesse.

Ce début de « semaine noire » a eu lieu sous le signe de la jonction entre les lycéens et les étudiants mobilisés. Blocus communs, délégations aux assemblées générales et manifestations sauvages ont rythmé la journée, alors que l'étincelle allumée par les lycéens la semaine dernière est en train d'embraser le mouvement étudiant.

Face à la répression, les lycéens tiennent tête et poursuivent les blocus

L'image de Metz ce matin où des lycéens mobilisés depuis plusieurs jours déjà, installent une classe improvisée dans la rue pour dénoncer le dénuement des établissements et les conditions d'études terribles auxquels ils sont confrontés avant de se faire gazer par la police est une belle illustration de la dynamique de la mobilisation.

Face à une répression continue de la part du gouvernement, avec locks-out, fermetures administratives, interdictions de se réunir aux abords des lycées et répression brutale, les lycéens tiennent tête avec courage et poursuivent leur mobilisation. Plus encore, la répression radicalise une partie des lycéens et c'est pour exprimer leur solidarité avec ceux qui prennent le plus de coups que certains sont sortis aujourd'hui. C'est le cas au lycée Victor Hugo à Paris où les élèves scandaient ce matin : « Et tout le monde avec Paul Eluard ! »

Au Havre, Abel, lycéen et militant au Poing Levé, dénonce cette répression : « Le gouvernement nous crache à la gueule, il a donné comme consigne aux flics de n'avoir aucune retenue. Alors la violence qu'on condamne, c'est celles de l'État qui nous prive de toute perspective d'avenir, et de la police qui nous tabasse quand on refuse de se laisser faire ».

Et plus largement c'est une colère profonde qui fait sortir la jeunesse lycéenne. À Paris, des lycées comme Sophie Germain ont été bloqués sous le slogan « On est jeunes, déters et révolutionnaires ». Tandis qu'à Vitry pour contourner la fermeture de leurs lycées, des élèves de différents établissements se sont retrouvés devant la mairie en cortège et ont pris la parole pour revendiquer de « l'argent pour les lycées, pas pour l'armée ». Une lycéenne de terminale y a pris la parole et a déclaré : « On n'a aucun avenir. Et pour parler d'avenir, il faut parler de Parcoursup qui devrait être supprimé. On a des emplois du temps hyper chargés, on fait du 8h-18h30, on n'a pas le temps de manger. »

Et dans plusieurs villes, après les blocus ou les assemblées, des centaines de lycéens sont partis en manifestation spontanément, comme à Montpellier où ils étaient 500 à affluer vers le rectorat.

Mais partout, la répression policière s'est poursuivie avec 824 interpellés, dont « 85% de mineurs », qui ont été décomptés ce matin par la préfecture de police. La brutalité de la répression a été telle qu' à Lens, un nouveau jeune a été mutilé par la police, au point de perdre l'usage de sa main suite à un tir de grenade lacrymogène qui lui a arrachée. Une répression d'une violence sans nom, qui rappelle tragiquement que l'Etat est prêt à tout pour en finir avec la révolte, et qu'il n'y a rien attendre des tentatives de négociation du gouvernement.

Mais face à la répression, le courage des lycéens a allumé une étincelle plus grande et qui a pris les universités avec elle aujourd'hui, élargissant ainsi le mouvement.

Des dizaines de facs bloquées : les universités suivent l'appel à une semaine noire

« On a tous le même combat. On fait du 8h-18h, des étudiants ont un travail à côté, on rentre le soir à 23h, on arrive le matin, on est fatigué. Alors on a besoin de votre force aussi, c'est notre combat commun ». C'est avec ces mots qu'un lycéen de Jean Macé dans le 94 a ouvert l'assemblée de l'université de Jussieu à Paris qui a réuni 800 étudiants en début d'après-midi.

Cet appel à unir les forces, à rejoindre le combat, a pris bien au-delà. Et les phénomènes de jonction se sont multipliés à l'image de Rafaële, étudiant au Havre, qui déclarait « on est mobilisé aux côtés des lycéens », tandis que des manifestations spontanées en direction de Nation ont réuni des centaines d'étudiants de Nanterre et des lycéens de plusieurs établissements, ou encore qu'une délégation du campus des Grands Moulins à Paris Cité a rejoint des collégiens réprimés pour les soutenir.

En cette fin de journée on peut le dire : l'appel à une semaine noire lancé par le Poing Levé, a eu un écho national. Entre 30 et 40 centres universitaires ont été bloqués ce matin et la jeunesse étudiante a rejoint le mouvement. Les campus bloqués étaient nombreux : Nanterre, Paris 8, Université Paris Cité (centres des Grands Moulins et des Saint Pères), Paris 1 (centres la Chapelle, Saint Charles, Institut de Géographie), Sorbonne Université (Jussieu, Clignancourt, Malesherbes), Sorbonne Nouvelle, Évry Paris Saclay, des écoles d'arts (les Beaux-Arts, Boulle) se sont mobilisés. Mais ça ne s'arrête pas là, car les facs de Paul Valéry à Montpellier, Montaigne à Bordeaux, le Mirail à Toulouse ou encore Rennes 2, ont aussi rejoint le mouvement.

Ces blocus s'accompagnent de l'organisation d'assemblées générales de plus en plus massives, avec des centaines voire des milliers d'étudiants, comme à Rennes 2 où 2000 personnes se sont réunies pour discuter des suites du mouvement sur l'esplanade de l'université.

Ces assemblées importantes s'organisent même dans des universités historiquement peu mobilisées, comme à la Sorbonne Nouvelle où près de 500 personnes se sont réunies au sein du campus, ou encore à Jussieu où une Assemblée a réuni 600 étudiants qui ont ensuite décidé de bloquer leur campus. A Montpellier, 500 étudiants se sont réunis sur le campus de Sciences, rarement mobilisé, et à Paris-Cité, le campus des Saints-Pères a été bloqué pour la première fois.

Les étudiants ont répondu à l'appel et revendiquent eux aussi l'amélioration de leurs conditions d'études et de vie : la fin de la sélection sociale et raciste, ainsi que des mesures contre la précarité étudiante. Plus profondément, comme les lycéens, ce mouvement organise la colère de la jeunesse face à l'avenir de misère et de guerre qui lui est promis.

A Saint-Denis, à l'université de Paris 8, les étudiants ont voté plusieurs revendications qu'ils détaillent dans une vidéo à l'issue de l'assemblée : « Vos revendications c'est aussi les nôtres, on revendique la libération de tous les lycéens interpellés sans aucune poursuite, on revendique une hausse massives des moyens pour l'Education Nationale et l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, l'application réelle du repas 1 euros et bien sur le retrait immédiat de Parcoursup et de Bienvenue En France pour en finir réellement avec la sélection à l'université. »

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Pour empêcher la jonction des étudiants, les présidences d'universités ont déjà commencé à réprimer le mouvement, en décrétant des fermetures administratives et la mise en place de cours en distanciel à Nanterre, Paris Cité, Sorbonne Université ou dans le centre Sorbonne. Pire encore, c'est la police qui a été envoyée à l'Université de Sorbonne Nouvelle pour matraquer les étudiants qui s'étaient organisés en assemblée générale.

Face à ces tentatives d'écrasement du mouvement, la lutte contre la répression est primordiale. Il faut exiger la relaxe de tous les interpellés et l'arrêt des poursuites pour tous ceux qui le sont. Face à la fermeture des universités, il faut s'inspirer des Beaux-Arts qui ont proposé d'ouvrir leur école à tous ceux qui voudraient s'organiser, des UFR qui à Paris Cité refuse le passage en distanciel et appelle à rejoindre la mobilisation.

Suite de la semaine noire : intensifier le mouvement et le structurer

Un mouvement de jeunesse d'une telle ampleur est historique. Dans le contexte de la montée de l'extrême droite, et de la menace d'un budget ultra-austéritaire pour faire payer la dette aux plus précaires, cette contestation de la jeunesse doit donner du moral à l'ensemble des travailleurs et de la jeunesse pour prendre notre revanche contre Macron, s'attaquer aux bas salaires, à l'inflation et revenir sur les attaques qu'il a fait passée, comme « Bienvenue en France » ou la réforme des retraites.

C'est l'opportunité de tout mettre à plat pour discuter profondément du modèle de société dans lequel on vit, et repenser la société. Pour cela, il faut poursuivre les assemblées générales et la coordination du mouvement pour éviter la division et la casse du mouvement par la répression, et décider librement de la poursuite de la mobilisation et des revendications.

Comme l'explique Alexis, militant au Poing Levé et AED à Paul Éluard, « Le mouvement lycéen est en train de s'étendre dans les facs et exprime une radicalité profonde qui doit s'organiser par bas. Le champ des possibles est ouvert, nous pouvons en finir avec Parcoursup, obtenir des moyens massifs pour l'éducation, mais un défi est devant nous ! »

Toute la semaine, les actions doivent continuer pour élaborer des revendications et construire la jonction avec le monde du travail, afin de s'opposer aux projets austéritaires et réactionnaires de la bourgeoisie française. Cette mobilisation ouvre la possibilité d'une contestation beaucoup plus large de la société qu'on cherche à imposer à toute une génération.

Ce mardi, Le Poing Levé appelle à poursuivre et amplifier la mobilisation aux côtés des travailleurs. Mercredi, nous appelons la jeunesse à se coordonner dans des assemblées unitaires lycéens et étudiants dans toutes les villes de France pour préparer la suite.

Crédits photo : Le Poing Levé. Une AG à P3 lundi 5 octobre.

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