Révolte lycéenne : le mouvement féministe doit être à leurs côtés !
Sun, 04 Oct 2026 14:51:39 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDepuis une semaine, les lycéens de banlieue parisienne sont mobilisés et le mouvement s'étend à tout le territoire, en alliance avec les personnels. Les revendications des lycéens et des travailleurs de l'éducation s'attaquent à des problèmes qui entretiennent le sexisme, le racisme et les LGBTphobies à l'école et dans la société, et le mouvement féministe doit les soutenir !

Depuis le début de la semaine dernière, des lycées partout en France sont bloqués par des lycéens pour dénoncer leurs conditions d'études désastreuses et l'avenir d'exploitation qui leur est promis. Le mouvement est parti des lycées de banlieue parisienne du 93, 94 et 95 et s'est étendu à vitesse énorme, signe de la colère profonde qui agite les élèves, qui évoquent les locaux d'enseignement insalubres, des profs non remplacés,, leur avenir bouché par Parcoursup, la militarisation, le racisme d'État et la répression. Le 1er octobre, plus de mille lycées ont été bloqués nationalement, soit un lycée sur 4, et une nouvelle journée de mobilisation se prépare le 6 octobre.
Les lycéens dénonçaient dès le début du mouvement l'absence dans leurs lycées d'infirmières, d'assistantes sociales, de psychologues pour les accompagner dans les difficultés transversales auxquels ils font face en tant qu'adolescents. Ils expriment une colère très politique et profonde face à l'ensemble des conditions de vie qui leur sont imposées en tant que jeunes des quartiers populaires, et ces problématiques sont aussi vécues de façon genrée.
Sur leurs pancartes ou dans leurs interventions, en plus du manque de moyens, de leurs conditions d'étude, de la question de leur avenir, ils dénoncent les mesures autoritaires et racistes à leur encontre comme l'interdiction du port du voile et de l'abaya à l'école, et le harcèlement policier que beaucoup subissent quotidiennement aux abords de leur école ou dans leur ville.
En même temps, les sous effectifs des personnels laisse les jeunes sans ressources face aux problématiques personnelles qu'ils rencontrent. Le manque se fait particulièrement sentir au niveau des travailleurs sociaux et des personnels de santé de l'Education nationale, qui seraient en première ligne pour fournir des informations sur la sexualité, l'identité de genre, la contraception ou les droits reproductifs aux jeunes, pour recevoir la parole de jeunes victimes de harcèlement scolaire, de violences sexuelles ou de violences intra-familiales.
Le manque de personnel est également criant en ce qui concerne le personnel enseignant et de vie scolaire, rendant pratiquement impossible la prise en charge de ces tâches d'accompagnement et d'éducation des élèves. Et bien entendu, la volonté d'assigner toujours davantage les personnels enseignants et de vie scolaire à des tâches fonctionnelles à la surveillance et à la sélection des élèves vise à empêcher qu'ils puissent leur faire confiance pour échanger sur leurs problèmes personnels.
Les politiques autoritaires et austéritaires menées dans l'Education nationale impactent donc tout particulièrement les jeunes filles et les élèves LGBTI, qui se retrouvent isolés face à l'oppression qu'ils peuvent subir dans leur famille ou face aux dynamiques de harcèlement à l'école. En ce sens, la solidarité qui s'est exprimée entre les enseignants, les assistants d'éducation et les élèves sur plusieurs établissements comme au lycée Paul Eluard à Saint-Denis ou Jean-Jacques Rousseau à Sarcelles est exemplaire pour dépasser les divisions organisées par l'institution scolaire.
Le personnel est d'ailleurs insuffisamment formé à l'éducation à la vie affective et relationnelle et sexuelle (EVARS) et ne dispose pas du temps nécessaire à mettre en place les 3 séances par an requises par la loi, alors que le gouvernement a par ailleurs a cédé face aux pressions LGBTphobes de l'extrême-droite concernant son contenu. Cette politique a des conséquences dramatiques : en témoignent des suicides des élèves trans comme Fouad/Avril en 2020 ou encore de l'enseignante lesbienne Caroline Grandjean en 2025 harcelée en raison de son homosexualité, avec la complicité de l'institution.
Le secteur de l'éducation est d'ailleurs très fortement féminisé. Les revendications des travailleurs de l'éducation, qui ont besoin de pouvoir faire leur travail dans de bonnes conditions, avec un salaire suffisant pour vivre, et de pouvoir s'organiser démocratiquement sans faire face à la répression de l'État, sont des revendications féministes, qui auraient un impact sur les conditions de vie de centaines de milliers de femmes employées par l'Education nationale mais aussi sur des millions d'élèves. Contrairement à ce que cherche à faire croire le ministre Édouard Geffray, les lycéens ne se mobilisent pas contre le personnel, mais soutiennent leurs revendications car ils partagent les mêmes intérêts pour garantir de bonnes conditions d'études dans les quartiers populaires et partout ailleurs. Cette alliance profs-élèves est primordiale et fait sortir la mobilisation des personnels de la routine syndicale. C'est précisément ce qui fait peur au gouvernement.
La mobilisation des lycéens brutalement réprimée par la police montre aussi au grand jour son rôle profondément réactionnaire, alors même que le régime cherche pourtant à renforcer les pouvoirs, parfois en s'appropriant des discours féministes pour légitimer des lois toujours plus répressives et une extension continue du pouvoir des préfectures. Alors que le gouvernement cherche à diviser le mouvement entre les « bons lycéens » et les soi-disant « casseurs », en diabolisant les jeunes mobilisés dans les médias pour réprimer et écraser le mouvement, nous avons le devoir politique de la soutenir de toutes nos forces. Face aux budgets austéritaires et au réarmement démographique, c'est aux côtés de la jeunesse en lutte et du mouvement ouvrier que le mouvement féministe pourra faire reculer l'extrême droite, combattre l'oppression patriarcale et arracher de nouveaux droits.
La révolte lycéenne est une lutte féministe !
C'est pourquoi toutes les féministes qui ne se reconnaissent pas dans le fémonationalisme de Marlène Schiappa ou Aurore Bergé doivent se solidariser avec les jeunes en les rejoignant sur les blocus, en dénonçant la répression féroce dont ils sont victimes. Nous devons faire bloc pour défendre ce mouvement mais aussi pour lui permettre de passer un cap dans sa coordination et structuration, formuler des revendications communes et de passer à l'offensive. Nous vivrions tous beaucoup mieux si nous nous mobilisions avec le courage et la détermination dont font preuve les lycéens depuis une dizaine de jours. C'est pourquoi, depuis Du Pain Et Des Roses, nous appelons tout le monde à rejoindre le mouvement et à discuter de ses perspectives féministes dans les Assemblées ouvertes appelées à se tenir autour de la campagne d'Anasse Kazib, pour donner un cadre politique d'appui aux mobilisations en toute indépendance de classe.