Mouvement lycéen : le Poing Levé appelle à une semaine noire de blocages dans les facs et les lycées !
Sun, 04 Oct 2026 15:06:59 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe mouvement lycéen continue de s'étendre. Jeudi, les étudiants ont rejoint la mobilisation avec des premiers blocages. Face à la répression, la semaine du 5 octobre doit être une semaine noire, pour étendre le mouvement aux étudiants et au monde du travail, et le structurer dans des AG étudiantes et inter-lycées.

En cette fin de semaine, la mobilisation lycéenne a pris un nouveau tournant. Non seulement les blocages ont continué jeudi avec une extension géographique impressionnante, mêlant établissements de quartiers populaires, de villes moyennes et de centre-ville de grandes agglomérations. A Strasbourg ou à Marseille, les manifestations sauvages ont adopté un caractère émeutier, qui rappelle les révoltes pour Nahel. Surtout, les étudiants ont rejoint le mouvement, avec des blocages à Paris 1, Paris 8 ou Bordeaux Victoire qui ont amené des manifestations communes avec les lycéens, et de premières assemblées générales se sont tenues pour appeler au blocage, comme à l'université de Nanterre ou Rennes 2.
Cette jonction étudiants - lycéens peut donner une nouvelle ampleur au mouvement. La colère lycéenne met déjà le gouvernement en crise, avec une police dépassée par l'ampleur des blocages et un pouvoir qui ne parvient pas à éteindre la colère, comme l'illustrent la cellule interminsitérielle d'urgence convoquée jeudi et l'interdiction de déplacement des ministres. Si les étudiants rejoignent en masse la révolte lycéenne, le gouvernement peut vaciller. Contre la sélection et ParcoursSup, face à l'austérité qui ruine nos conditions d'études, les lois racistes comme Bienvenue en France, les raisons ne manquent pas pour se révolter, et faire payer à Macron 10 années de réformes anti-sociales et de violences policières.
C'est le moment où jamais pour rejoindre le mouvement. C'est pourquoi Le Poing Levé appelle à une semaine noire de blocages et manifestations, avec des blocus reconduits toute la semaine dans les lycées, des AG dans les facs dès lundi pour voter des blocages massifs, et des coordinations à l'échelle des départements pour structurer le mouvement et appeler les travailleurs à la grève.
Face à la répression : organiser l'auto-défense, la jonction avec le mouvement étudiant et ouvrier
La répression terrible que le gouvernement met en place ne parvient pour l'instant pas à stopper le mouvement. Avec 1 949 interpellés rien que jeudi, plus de 3 000 depuis le début de semaine, 2 adolescents éborgnés à Tours et Argenteuil, et des premiers jeunes condamnés en justice, l'État mène une politique de terreur car il n'a aucune intention de répondre aux revendications de la jeunesse. Si le courage des lycéens est exemplaire, en restant isolés ils ne pourront pas gagner face à la violence de l'État. La préoccupation centrale des organisations syndicales et politiques doit être de faire front face à la répression.
L'exemple du lycée Paul-Eluard à Saint-Denis, dans lequel AED et profs ont organisé une chaîne humaine pour défendre le blocus doit être généralisée. Autour de certains blocages ou manifestations, comme au Havre ou à Poissy, des militants syndicaux ont fait barrage contre des interventions policières visant les lycéens. En région parisienne, sous l'impulsion du CAJ de nombreux avocats se lient aux parents d'élèves et professeurs pour assurer la défense des lycéens poursuivis et exiger leur libération sans poursuites.
Les étudiants doivent se joindre à ces initiatives, se donner rendez-vous sur les blocages lycéens pour faire front contre la répression, comme l'ont fait les étudiants de Paris 8 jeudi en convergeant avec les lycées de Saint-Denis. Les universités, qui concentrent des dizaines de milliers d'étudiants seront un appui considérable pour massifier la mobilisation, et ne pas laisser les lycéens seuls face à la violence policière. Pour construire cette jonction, imposer les revendications des étudiants et décider des actions collectivement, le Poing Levé appelle à des Assemblées générales étudiantes sur tous les campus ce lundi midi, pour voter des blocages partout le mardi 6 octobre.
La fermeture des établissements et le passage des cours en distanciel représente le nouvel outil répressif du gouvernement pour casser la mobilisation. Les travailleurs de l'éducation, de même que les professeurs d'université, doivent refuser le « lock-out scolaire » et exiger la fin des cours en distanciel, comme y appelle le syndicat Sud Education. En soutien à la mobilisation lycéenne, une intersyndicale CGT Education, Sud Education, SNES-FSU et FNEC FP-FO appelle à la grève ce mardi, tandis que la CGT appelle « à se tenir aux côtés des lycéen·nes et étudiant·es ». Un point d'appui qui doit donner lieu à une grève massive et interprofessionnelle, capable de faire plier le gouvernement. Pour construire cette convergence, étudiants et lycéens doivent multiplier les actions en direction du mouvement ouvrier, comme par exemple organiser des manifestations sauvages en direction de lieux de travail pour appeler les travailleurs à la grève et à les rejoindre. Mardi 6 octobre est également une date de manifestation appelée depuis la jeunesse, et peut donc représenter une première étape de jonction plus large entre des secteurs du monde du travail, et les lycéens et étudiants mobilisés.
Face à la cooptation, le mouvement doit se structurer dans des AG inter-lycées
En plus de la répression, la bourgeoisie commence à utiliser un nouvel outil, celui de la cooptation du mouvement. Déjà, des faux responsables lycéens envahissent les plateaux télés, à l'image de Nathanaël Combary président de Renouveau Lycéen. Celui qui dénonce la « violence des casseurs » et déplore l'influence de militants politiques sur les blocages est en réalité un militant macroniste, qui soutient la candidature de Gabriel Attal. Son organisation n'a aucun lien avec le mouvement lycéen, ni n'a participé à sa construction. Mais les médias lui donnent la parole car ils cherchent désespérément des figures à co-opter, des dirigeants auto-proclamés qu'ils pourront convaincre d'arrêter la mobilisation en échange de quelques miettes.
En parallèle, les mairies cherchent à rencontrer des lycéens, soit-disant pour entendre leurs revendications, afin d'amadouer individuellement quelques individus mobilisés et promettre des aménagements minimes, sans répondre aux causes profondes de la mobilisation que sont la pression scolaire et le 8h-18h, l'austérité et plus largement l'avenir que les capitalistes réservent pour la jeunesse, fait d'obéissance à un patron, de soumission à l'Etat et à la militarisation. Les élus des CVL (conseil de vie lycéenne) commencent à être mis sous pression du rectorat ou des chefs d'établissement pour appeler au calme.
Pour éviter que le mouvement soit récupéré, que des faux portes-parole parlent au nom des lycéens ou que quelques « meneurs » subissent seuls la pression de l'Etat, l'urgence est à la structuration du mouvement. Pour ce faire des AG inter-lycéens, organisés à l'échelle de ville et de département peuvent permettre de se coordonner entre établissements, de choisir démocratiquement des revendications communes, un calendrier et des modes d'actions pour s'affronter aux obstacles à la mobilisation. Un tel cadre, avec des représentants ou porte-paroles mandatés et révocables, éviterait que des individus tentent de s'approprier la mobilisation et dévient de la volonté des jeunes mobilisés. C'est aussi une manière de préserver l'unité des lycéens en se mettant d'accord sur les modalités de la lutte, tandis que la question de la « casse » peut faire débat sur les blocages et est utilisé par les médias pour diviser le mouvement, mais aussi de penser des actions et revendications concrètes pour converger avec les travailleurs de l'éducation nationale.
Dès cette semaine des AG de ce type doivent être organisées sur tout le territoire, en lien avec les AG étudiantes, afin de poser les bases d'une coordination nationale lycéenne - étudiante. L'ensemble des organisations de jeunesse, à l'image de l'Union étudiante et l'Union syndicale lycéenne, doivent promouvoir ces cadres d'auto-organisation et rejoindre l'appel à des AG étudiantes et lycéennes partout.
Historiquement, ce mode d'action a permis aux mouvements de jeunesse de concentrer leurs forces, tenir dans le temps, résister à la répression et la cooptation. En 2005, lors de la dernière victoire du mouvement étudiant et lycéen contre la réforme du CPE, qui prévoyait un SMIC plus faible pour les moins de 25 ans, une Coordination nationale étudiante s'est réuni à 10 reprises entre février et avril et a permis au mouvement de s'ancrer dans le temps pour défaire la réforme portée par le gouvernement Chirac. En 1973 contre la loi Debré visant à renforcer le service militaire, en 1986 contre le projet Devaquet de sélection à l'université, en 1971 lorsqu'un mouvement éclate contre l'emprisonnement d'un lycéen mobilisé : lors de chaque victoire du mouvement étudiant et lycéen, des coordinations ont joué un rôle décisif pour l'emporter.
C'est en sens que Le Poing Levé appelle à une semaine noire à partir du 5 octobre. L'année dernière, la Gen Z a fait tomber des gouvernements et terroriser les pouvoirs en place, à Madagascar, en Indonésie, au Népal, au Maroc, ou au Pérou. En Allemagne ou au Chili les lycéens luttent en ce moment contre la militarisation et l'extrême droite. La jeunesse française montre un courage et une créativité inouïe, c'est une opportunité incroyable pour s'affronter au projet de la bourgeoisie française, qui veut discipliner la jeunesse, la forcer à renier ses aspirations à faire des études pour s'engager dans l'armée ou la faire travailler toujours plus tôt et pour des salaires misérables. Tandis que les prochains jours peuvent être décisifs, le Poing Levé mettra toutes ses forces dans la construction de la mobilisation, sa structuration et son extension au mouvement étudiant et ouvrier, afin de reprendre le contrôle sur notre avenir, se débarrasser des agents du patronat et de l'Etat qui veulent dicter nos vies.