Révolte lycéenne : travailleur·ses de l'art et de la culture, rejoignons le mouvement !
Sun, 04 Oct 2026 17:08:04 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDepuis une semaine, les blocages lycéens se multiplient. Face au manque de moyens et à la dégradation de leurs conditions d'étude et de vie, les lycéen·nes se mobilisent contre l'austérité et le manque d'avenir. Travailleur·ses de l'art et de la culture, rejoignons leur mobilisation et faisons front à leurs côtés !

Depuis une semaine, les blocages lycéens se multiplient et prennent de l'ampleur. Partie de Créteil et de Seine Saint-Denis, la mobilisation s'étend désormais à l'ensemble du pays. La jeunesse qui refuse de subir en silence la dégradation de ses conditions d'étude et de vie, l'austérité et la répression policière, fait une entrée fracassante sur la scène de cette rentrée sociale.
Dans les établissements mobilisés, les revendications les plus urgentes côtoient les mots d'ordre les plus politiques : manque de professeurs, locaux dégradés, conditions d'étude indignes, avenir bouché par Parcoursup et précarité, mais aussi opposition à la répression policière, à la militarisation et au racisme que les jeunes des quartiers populaires subissent au quotidien.
Parmi leurs revendications, les lycéen·nes dénoncent le manque cruel de moyens qui touche notamment les projets artistiques et culturels. Depuis sa création, la part collective du pass Culture n'a cessé de diminuer passant de 97 millions d'euros en 2024 à 72 millions d'euros en 2025. Et comme toujours, ce sont les enfants des classes populaires qui sont touchés en premier lieu. Dans le même temps, les espaces jeunesse des quartiers populaires ferment comme à Saint-Denis, supprimant ainsi des lieux essentiels aux jeunes, qui leur permettaient jusqu'alors de se retrouver et pratiquer des activités sportives et culturelles.
En plus de l'austérité qui frappe durement leurs conditions d'études, les lycéen·nes dénoncent également le rythme infernal du 8h-18h ou encore l'interdiction des téléphones : autant de mesures qui visent à les dresser à la discipline du monde professionnel, et qui réduisent à peau de chagrin leur temps libre restant, pourtant essentiel pour avoir accès à des activités et à des lieux culturels, mais aussi pour pouvoir créer et développer une pratique artistique.
Ce lundi 28 septembre, au lycée Paul-Éluard à Saint-Denis, enseignant·es et personnels d'éducation étaient en grève pour protéger leurs élèves de la répression et se joindre à leurs revendications. Une image forte, qui montre concrètement que les divisions que le gouvernement et le patronat cherchent à imposer dans notre camp social peuvent être dépassées. Ce jeudi au Havre, ce sont des travailleurs et syndicalistes qui ont formé une chaîne humaine pour défendre les lycéens mobilisés face à la violence de la police].
Cette solidarité doit nous inspirer. Car nous, travailleur·ses de l'art et de la culture, sommes directement concerné·es par cette mobilisation. Ces jeunes, ce sont celles et ceux que nous accueillons toute l'année dans nos cinémas, musées, théâtres, bibliothèques et structures culturelles. Ce sont celles et ceux auprès desquels nous intervenons en tant qu'artistes, médiateur·rices, animateur·rices ou personnel des établissements culturels ou éducatifs.
Rejoindre leur mobilisation, ce serait aussi commencer à construire un autre lien avec elles et eux, et imaginer d'autres manières d'investir l'art, la culture et l'éducation à rebours des rapports classistes qui conduisent des institutions culturelles à chasser les élèves de quartiers populaires pour leur supposée « turbulence » et enferment les travailleur·ses du secteur dans un rapport descendant entre les élèves d'un côté et un « sachant » qui leur « donne accès » à la culture de l'autre. Si aujourd'hui les institutions culturelles, au même titre que l'école, constituent des relais des politiques racistes et répressives de mise au pas de la jeunesse, les mobilisations lycéennes et les alliances qu'elles pourraient susciter permettent quant à elles d'entrevoir ce que seraient des espaces de culture et d'éducation débarrassés du dogme republicain et des logiques de classe.
Par ailleurs, de leur côté comme du nôtre, ce sont les mêmes politiques d'austérité que nous subissons. Quand nos budgets diminuent, nos conditions de travail se dégradent et nos statuts se précarisent, ce sont aussi leurs conditions d'accueil qui se détériorent et leurs possibilités de participer à la vie culturelle ou de développer leurs pratiques artistiques qui se réduisent. Et pendant que le gouvernement annonce encore 54 milliards d'euros d'économie pour 2027, les dépenses consacrées à la militarisation, devraient, elles, continuer d'augmenter à hauteur de 6,4 milliards.
Au-delà du manque de moyens chronique, le mouvement lycéen dénonce aussi la répression policière et la montée de l'extrême droite. A Saint-Avold, dont la municipalité est dirigée depuis 2026 par le RN, les lycéen·nes dénoncent ainsi les politiques racistes et islamophobes portées par l'extrême droite. Cette même extrême droite qui faisait pression il y a quelques semaines pour suspendre le vote d'une aide de 90 000€ au festival Actoral en raison de la présence de l'écrivaine Louisa Yousfi, ou qui déprogrammait à Vierzon une pièce inspirée du combat du syndicaliste Christian Porta. Enfin, cette détermination des lycéen·nes à tenir tête à l'extrême droite fait écho à la grève récente des travailleur·ses de Radio France qui ont tordu le bras à leur direction pour dégager Charles Sapin et Valeurs Actuelles de leur antenne.
Depuis quelques jours, les étudiant·es rejoignent la mobilisation lycéenne. Mardi 29 septembre, ils étaient ensemble en tête de cortège lors de la manifestation parisienne organisée à l'appel des travailleur·ses de la fonction publique et des pompiers. De leur côté, les écoles d'art et de culture ont elles aussi un rôle à jouer pour amplifier les voix qui s'expriment comme l'ont montré les étudiant·es de la Fémis, réuni·es en assemblée générale ce vendredi pour prendre part à la mobilisation, ou encore les étudiant·es de l'UFR Art de l'Université Paris 8 qui sont venus soutenir les blocus des lycées de Saint-Denis.
Malgré une répression policière féroce, les tentatives du gouvernement pour faire taire la mobilisation et les manœuvres de négociation, le mouvement ne faiblit pas. Au contraire, on assiste à sa radicalisation, avec la multiplication des appels à une “semaine noire” et à la grève le mardi 6 octobre, dix jour avant le 17 octobre, dont la date circule depuis plusieurs semaines sur les réseaux sociaux comme un potentiel retour des gilets jaunes.
Dans ce contexte, nous, travailleurs·ses de l'art et de la culture, devons entrer dans le mouvement. Nous avons nous aussi une capacité à nous faire entendre et à donner de l'ampleur à la mobilisation. Par la grève mais aussi en rejoignant les lycéen·nes, les étudiant·es et l'ensemble des travailleur·ses mobilisé·es, faisons front et utilisons nos positions dans le secteur pour peser dans la mobilisation, lutter contre la répression et appuyer leurs revendications qui sont aussi les nôtres.