Fermeture des lycées : à Cassin, Bartholdi, Mandela… des enseignants refusent le « distanciel »
Sat, 03 Oct 2026 13:53:05 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAlors que le gouvernement a imposé la fermeture de 400 lycées, des travailleurs de l'Éducation et des sections syndicales appellent à refuser le distanciel et à dénoncer la répression, refusant d'être la courroie de transmission de l'étouffement du mouvement.

Le ministère de l'Éducation nationale a décidé de fermer 400 lycées ce vendredi, imposant la mise en place de « cours à distance » dans les établissements concernés. Une méthode inédite à cette échelle, face à laquelle les personnels de plusieurs établissements se sont rapidement réunis pour dénoncer une manœuvre pour étouffer la mobilisation et refuser le distanciel, qui est une façon détournée d'imposer un « couvre-feu qui ne dit pas son nom. »
A Gonesse (95), les personnels mobilisés du lycée René Cassin ont annoncé dans un communiqué relayé par la CGT Educ'Action 95 « pren[dre] d'emblée position pour refuser le passage au distanciel. Au-delà de l'inefficacité prouvée de cette méthode d'enseignement, les lycéen.ne.s méritent une proposition politique et non une manoeuvre destinée à casser leur mobilisation. » Une proposition reprise par les personnels du lycée Maryse Condé à Sarcelles (95), qui annoncent « souten[ir] la décision de nos collègues du lycée René Cassin de Gonesse » et « refus[er] le passage au distanciel », qui n'a « d'autre but que de briser la mobilisation en cours. » Même décision du côté des personnels du lycée Romain Rolland de Goussainville (95), qui, suite à leur AG, déclarent : « le gouvernement vient d'annoncer le passage des cours en distanciel. Cette mesure, sous couvert de pseudo continuité pédagogique ne vise qu'à casser le mouvement ; nous refusons de l'appliquer. »
Une prise de position que l'on retrouve dans plusieurs lycées du 93, du 78 mais aussi dans des établissements des académies de Paris, Marseille ou encore Nantes.
Au lycée Denis Papin à Saint-Denis (93), le communiqué de l'intersyndicale des personnels déclare sa « totale solidarité avec le mouvement lycéen et ses revendications », dénonce une « répression scandaleuse et disproportionnée » et s'« oppos[e] à toute tentative d'éteindre le mouvement en imposant des cours en visioconférence. » Au lycée Delacroix de Drancy (93), les personnels dénoncent « la répression sévère et totalement disproportionnée qui s'abat sur la jeunesse mobilisée » et « le mépris exprimé par le personnel politique quant aux revendications des élèves », de même que « l'annonce du ministère d'imposer aux enseignants de faire cours à distance en cas de blocus. »
Les personnels du lycée Bartholdi à Saint-Denis (93) s'opposent à une « mesure, que l'on nous a dit être exceptionnelle, aura pour effet de démobiliser nos élèves, qui ne peuvent déjà plus s'organiser collectivement du fait de leur impossibilité de se réunir dans l'établissement. Nous refusons donc d'organiser l'enseignement en distanciel durant cette période. » Ils ajoutent que « les AED et les agents ATTEE, eux, doivent venir quand même. Personnels précaires, souvent les moins payés de l'établissement, sommés d'être présents dans un lycée vide pendant qu'on prétend "protéger" la communauté éducative. »
Les personnels mobilisés du Corneille de La Celle Saint Cloud (78) déclarent eux aussi refuser d'organiser l'enseignement en distanciel, de même ceux du lycée Dorian à Paris (75), soutenus par les sections CGT-FO-Sud de l'établissement.
A Nantes, ce sont les personnels du lycée la Colinièrequi ont annoncé leur refus de faire cours en distanciel. Ils dénoncent une mesure « ni réaliste, ni souhaitable » mais considèrent aussi que « cela contribuerait à entraver le mouvement lycéen », en « cherchant à la contourner […] voire le museler. »
Au lycée Mandela de Marseille (13), les personnels réunis en AG et l'intersyndicale SNES-FSU, Sud-Education, CGT Educ'Action et FO refusent aussi le distanciel, et le dénoncent comme une tentative de museler le mouvement. Alors que les cours ont été placés en distanciel ce vendredi, le communiqué du lycée dénonce « une mesure [qui] aura pour effet de démobiliser nos élèves, qui ne peuvent déjà plus s'organiser collectivement du fait de leur impossibilité de se réunir dans l'établissement. »
Alors que ces décisions collectives, prises par les personnels en assemblée générale et parfois en intersyndicale, montrent l'exemple, les syndicats doivent aussi appeler nationalement à refuser l'enseignement en distanciel et dénoncer toutes les mesures de répression de la mobilisation. Dans un communiqué publié le 1er octobre, SUD éducation appelle ainsi tous les personnels à « ne pas donner cours en distanciel pour soutenir le mouvement lycéen ».
Le refus de cette mesure doit s'accompagner d'un mouvement de grève massif pour organiser la jonction entre élèves et personnels de l'Éducation, mais aussi avec l'ensemble des secteurs du mouvement étudiant et du monde du travail. Ainsi, les principaux syndicats de l'éducation dont le SNES-FSU, la CGT Éduc'action, FO Éducation et certaines sections de SUD Éducation appellent à la grève mardi 6 octobre face à la répression, en jonction avec la journée de mobilisation appelée par les organisations étudiantes et lycéennes.
Ces appels constituent un point d'appui pour s'opposer à l'intense vague de répression policière et aux stratégies de « lock out » déployés par l'institution, et doivent désormais s'incarner sur le terrain. Au-delà de la journée du 6, c'est la semaine entière du 5 octobre qui doit être une semaine noire, pour construire un vaste mouvement qui fasse plier un gouvernement de plus en plus fébrile face à la mobilisation des lycéens et même des collégiens.