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« On lance des œufs, ils font des tirs tendus » : les lycéens d'Angoulême témoignent de la répression

Sat, 03 Oct 2026 19:00:56 CEST

Révolution Permanente

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Une lycéenne touchée à la tête par un projectile lacrymogène, des tirs tendus, des charges et des intimidations : à Angoulême, plusieurs lycéens racontent les violences auxquelles ils ont été confrontés lors des deux jours de blocus, et décrivent une mobilisation qui, malgré la répression, continue de s'organiser.

Comme partout en France, Angoulême a été cette semaine le théâtre de la profonde révolte qui traverse les lycées. De nombreux établissements secondaires de la ville — Charles Coulomb, Guez de Balzac, le LISA ou encore Jean-Rostand — se sont mobilisés. Ce 1er octobre, ils étaient 300 ressemblées devant Charles Coulomb, brandissant des pancartes pour dénoncer leurs conditions d'études et les choix budgétaires du gouvernement. Comme l'exprime un lycéen à Charente-Libre, : « Ce mouvement est pour faire entendre notre voix mais celle de nos professeurs. On dénonce le manque de budget. Celui de l'armée est renforcé et celui de l'éducation amoindri. On manque de moyens contre la canicule et le froid. À l'internat les locaux sont en piteux état. »

C'est autour de la cité scolaire Marguerite de Valois, le plus grand établissement scolaire de Charente, que se sont cristallisées les tensions les plus fortes et, avec elles, une répression particulièrement importante.

Déploiement du PSIG et de la BAC, tirs tendus de grenades lacrymogènes, intimidations policières : les témoignages de jeunes faisant état de violences policières ont été nombreux à nous parvenir cette semaine. Ils se sont particulièrement multipliés ce vendredi où autour de Marguerite de Valois, une lycéenne a été touchée à la tête par un projectile lacrymogène.

Le récit dominant, construit et relayé par la préfecture, indique un tir de mortier et renvoie la faute aux lycéens. La réalité des témoignages qui nous parviennent est toute autre, comme le montre le récit des lycéens : « Suite à des jets d'œufs, les policiers ont répliqué. Ils pourraient tirer les lacrymogènes au sol, mais non. Un ami s'est pris un lacrymogène dans le ventre. Une autre se l'est pris dans la tête. Ce n'est pas proportionnel. On lance des œufs, ils font des tirs tendus. Et à BFM, on parle des flics blessés mais jamais des élèves. »

D'autres élèves nous font également part de scènes de violences et d'interventions policières particulièrement brutales. « Des camarades ont été bloqués dans une ruelle sans issue, la police leur balançait des gaz lacrymogènes », nous raconte un élève. Un autre témoigne : « Au début c'était calme, puis quelqu'un a pris une poubelle et ils ont vrillé. Ils ont plaqué deux élèves contre un mur, un s'est pris un coup de bouclier, l'autre s'est fait arracher ses affaires. » Un troisième raconte que « certains policiers se sont mis à viser les personnes présentes, notamment au niveau du torse et du visage avec des lance-grenades, en leur criant de se barrer ».

Enfin, un quatrième témoignage rapporte une confrontation avec des agents de la BAC : « Juste avant une charge, je rappelle à des agents de la BAC qu'ils n'ont ni RIO ni caméra allumée. Le policier avance vers moi, il me dit que je suis à deux doigts de l'outrage, me dit d'arrêter de filmer puis sort un objet que je crois être une matraque télescopique, avant de recevoir un coup au niveau de mon téléphone. »

Cette répression a également eu lieu à Marguerite de Valois et à Guez de Balzac, où la préfecture, en lien avec l'administration de certains établissements, l'a organisée. Une élève de l'établissement Sainte-Marthe nous explique ainsi : « La proviseure nous a filmés avant d'appeler la police, puis ils sont arrivés. » Au lycée Charles Coulomb, les surveillants auraient été avertis qu'ils seraient renvoyés s'ils participaient au blocage le lendemain, comme le révèle Alertes Infos. Une pression administrative sur les travailleurs pour éviter toute contagion du mouvement, qui démontre de la frayeur des institutions à l'égard de la mobilisation.

Cela n'a néanmoins pas empêché les lycéens des différents blocus de manifester. Les pancartes brandies à cette occasion témoignent de l'état d'esprit d'une jeunesse qui a conscience de devoir se battre pour ses droits face à un État répressif et austéritaire. On pouvait ainsi lire : « Vous pouvez nous interdire le téléphone, pas de nous battre pour nos droits », « Plus d'heures de perm' que de sommeil », ou encore « Plus d'argent pour l'éducation, moins pour la guerre. »

Ainsi, en deux jours, la jeunesse angoumoisine a fait l'expérience de la réponse que fait l'Etat aux aspirations de dignité venant de la jeunesse. Outre les blessés, 9 gardes à vue ont eu lieu, dont une avec un jeune de quatorze ans. Nationalement, deux jeunes ont été éborgnés, 170 blessés, plus de 5000 interpelés. Une jeune exprime que « On a manifesté juste pour revendiquer nos droits et on n'en parle pas, ou peu. »

Si les jeunes sont traités comme des criminels par l'Etat quand ils luttent pour leurs droits, des éléments de solidarité se sont également manifestaient à Angoulême. C'est ainsi que ce jeudi une chaine humaine s'est formée avec des éducateurs de rue face à la police. Un exemple de convergence qui doit se multiplier au moment même où le gouvernement mène une offensive brutale pour tenter de briser le mouvement en organisant notamment un lock-out des établissements mobilisés.

Dans ce sens, les initiatives qui se multiplient pour faire converger les mobilisations sont essentielles : de l'initiative du Poing Levé à organiser une « semaine noire » dans les universités, jusqu'à l'appel des organisations syndicales du mouvement ouvrier à la grève du mardi 6 octobre. Autant de points d'appui pour transformer l'impulsion lycéenne en une lutte commune, capable de rassembler étudiants, lycéens et travailleurs contre les politiques qui dégradent nos études, nos conditions de travail et notre avenir.

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