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Dans l'Est du 95, enseignants et lycéens s'organisent dans une coordination inter-établissements

Sat, 03 Oct 2026 19:35:32 CEST

Révolution Permanente

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Alors que le gouvernement tente de casser la révolte lycéenne par tous les moyens, dans le Val d'Oise, les personnels et les lycéens répondent en développant une coordination inter-établissement pour construire les suites de la mobilisation.

Cet exemple reflète la dynamique en cours dans l'est du département, où la mesure qui impose le « distanciel » tend à élargit la colère au-delà des rangs des enseignant-es et personnels déjà mobilisés On assiste ainsi au développement d'embryons de cadres d'auto-organisation au sein des établissements, mais aussi à de premières tentatives de coordination inter-établissement, réunissant des enseignant-es et des élèves. Autant d'outils précieux pour penser les suites de la mobilisation par en bas et déjouer les tentatives d'isolement.

Dans l'est du 95, une première Assemblée Générale inter-établissement a réuni près de 150 personnes le matin du 29 septembre, journée de grève nationale de la fonction publique. En plus des délégations de personnels de nombreux établissements, la présence d'élèves et parents d'élève a également été importante pour consolider les jonctions entre lycéens et personnels, et a abouti à la formation d'un cortège inter-établissement du 95 dynamique dans la manifestation parisienne, comprenant élèves et personnels.

Un début de coordination qui a permis de renforcer la solidarité élèves-profs-parents

Ce premier cadre d'auto-organisation a d'emblée permis de renforcer la solidarité sur les blocus lycéens, après avoir appelé à ce « que tous les personnels de l'éducation prennent les devants, protègent leurs élèves face à la police et fassent grève pour les soutenir ».

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A Sarcelles par exemple, alors que plusieurs enseignants grévistes de Maryse Condé et de Jean-Jacques Rousseau soutiennent leurs lycéens sur les parvis des établissements depuis plusieurs jours, ils ont été rejoints par des enseignants et parents d'élèves d'autres établissements, un appui décisif alors que la répression y a été particulièrement violente ce mercredi 30 septembre.

Des délégations d'une dizaine d'établissements et des élèves réunis en AG devant le lycée Condé de Sarcelles pour dénoncer le « lock out » et discuter des suites de la mobilisation

Avec la fermeture des établissements ce 2 octobre, les enseignants mobilisés de Maryse Condé ont à nouveau appelé à une AG inter-établissement sur le parvis de leur lycée. Malgré les menaces d'arrêtés préfectoraux interdisant les rassemblements devant les établissements fermés, près de cent personnes se sont réunies, incarnant le slogan scandé à manif, « les lycées, ils sont à nous ». Des délégations de personnels de 7 lycées mobilisés, rejoints par 5 collèges, et des lycéens de Jean-Jacques Rousseau et de Maryse Condé ont ainsi débattu des suites à donner à la mobilisation.

L'initiative qui a permis de répondre de façon exemplaire à la tentative du gouvernement d'isoler la mobilisation.
C'est d'abord la politique du gouvernement qui est dénoncée. « Le distanciel c'est une manière peu subtile d'empêcher les blocus lycéens et qu'on puisse exprimer nos revendications », pointe d'emblée un élève. « Ça fait flipper le gouvernement de voir des jeunes se mobiliser, alors il cherche à les intimider. On se souvient évidemment des images des jeunes à Mantes-la-Jolie les mains sur la tête, c'est comme ça que le gouvernement veut voir les élèves », renchérit un enseignant.

Et face à une répression policière et institutionnelle féroce depuis le début de la mobilisation, « il est indispensable de dire clairement qu'on exige l'abandon de toutes les poursuives administratives, judiciaires et scolaires contre les élèves. », complète un autre enseignant, avant de dénoncer la tentative de canalisation annoncée plus tôt par le ministère : « La plateforme annoncée par le ministre c'est une fausse solution. Il s'agit de faire croire qu'on écoute les élèves, alors que leurs revendications sont très claires. Nous on ne compte pas en rester là et on continuera de se mobiliser ». Même son de cloche du côté d'une élève qui explique : « dans mon lycée, on a écrit un communiqué de presse pour parler de nos revendications, mais aussi dénoncer les réunions avec notre proviseur qui n'ont rien donné. On veut se faire écouter ».

Une enseignante synthétise : « il nous faut construire une coordination qui puisse amplifier la mobilisation. Elle doit être un point d'appui pour que d'autres secteurs du monde du travail entrent dans la bataille ». C'est ce qu'exprime la vidéo d'appel émanant de l'AG :

« Les lycéens ont relevé la tête, ils dénoncent les conditions d'enseignements. Nous partageons tous leurs revendications et nous appelons tous les personnels, tous les parents d'élèves, tous les élèves du 95 à nous rejoindre mardi dans une AG à Sarcelles pour organiser les suites du mouvement. Nous appelons également l'ensemble des salariés à nous rejoindre dans ce mouvement contre ce gouvernement qui mène une politique de casse sociale ».

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Face à un mouvement qui dure, développer l'auto-organisation des personnels mobilisés en alliance avec les lycéens est indispensable

La construction d'une coordination entre les lycéens et personnels des établissements de l'Est du 95 est le produit du développement de premières formes d'auto-organisation. Depuis le début du mouvement, de nombreux personnels de l'éducation renouent avec l'auto-organisation en multipliant les assemblées générales dans leurs établissements. Ces cadres constituent des points d'appui essentiels pour convaincre les collègues de se joindre à la mobilisation des lycéens et répondre par en bas face aux directives de l'Education nationale, à l'instar du passage au distanciel.

Cette dynamique d'auto-organisation doit se développer, car ces cadres sont centraux pour discuter de la stratégie à adopter dans le mouvement, mais aussi pour commencer à structurer des revendications et un programme commun de lutte : pour les moyens éducatifs, contre les mesures autoritaires à l'école, le tri social, mais aussi la lutte contre la répression policière, judiciaire et scolaire qui s'abat brutalement sur les lycéens.

Alors que de nombreux personnels de l'Éducation sont solidaires des lycéens, il est urgent qu'ils s'organisent eux aussi pour entrer pleinement dans la mobilisation. Les personnels doivent pouvoir y prendre une place centrale, non seulement en soutenant leurs élèves, mais en mobilisant leur force de frappe. Les assemblées générales dans les établissements constituent des espaces essentiels pour organiser la mobilisation par en bas et décider collectivement des moyens de soutenir les lycéens, notamment par la grève et les manifestations. À un autre niveau, la construction de coordinations inter-établissements permet de mettre en commun ces mobilisations, de coordonner les établissements entre eux, de discuter des suites du mouvement et de construire des alliances en renforçant les liens entre personnels et lycéens.

Les personnels de l'Éducation peuvent aussi jouer un rôle central pour porter cette mobilisation au-delà des établissements et s'adresser à l'ensemble de la population. Pendant le Covid, ils ont montré leur capacité à se mobiliser et à refuser l'autoritarisme de l'État. Il faut aujourd'hui s'appuyer sur cette force pour défendre un programme qui réponde à la fois aux revendications des personnels et à celles des lycéens : embauches massives dans l'Éducation, titularisation immédiate des contractuels et des précaires, opposition à l'autoritarisme de l'institution, fin du 8h-18h, abrogation de Parcoursup, fin des notes et des examens, ainsi que l'abrogation de la loi de 2004 et de l'interdiction des abayas, fin immédiate des « classes défense » et tout les partenariats avec la police et l'armée.

L'appel à la grève du mardi 6 octobre constitue un point d'appui pour amplifier la mobilisation à l'échelle nationale et chercher à entraîner d'autres secteurs de travailleurs aux côtés des lycéens. Pour que cette dynamique puisse se développer, il est nécessaire de renforcer l'auto-organisation dans les établissements, avec des AG suffisamment représentatives pour faire vivre la mobilisation, faire remonter les initiatives et nourrir les coordinations inter-établissements. Dans le même temps, il faut chercher à élargir la mobilisation au-delà de l'Éducation, en s'appuyant sur les premiers exemples de solidarité de travailleurs avec les lycéens, comme au Havre où une chaîne de travailleurs sont venus soutenir les lycéens et les défendre contre la police.

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