« Faire payer les réparations aux parents » : Darmanin veut réprimer les lycéens jusque dans leurs familles
Fri, 02 Oct 2026 11:50:52 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe ministre de la Justice Gérald Darmanin a affirmé vouloir faire payer aux parents les réparations des dégâts causés par les lycéens mobilisés. Une offensive répressive qui reprend la logique de la « punition collective », déjà appliquée en 2023 contre les jeunes révoltés après la mort de Nahel.

Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a réuni ce jeudi 1er octobre l'ensemble des procureurs généraux lors d'une réunion d'urgence, destinée à coordonner la répression pénale des lycéens mobilisés depuis plusieurs jours partout en France. En effet, alors que depuis lundi la police aurait d'ores et déjà procédé à plus de 3 000 arrestations, dont presque 2 000 rien que jeudi, pour un total de plus de 1 700 gardes à vue, il s'agit pour l'Etat de durcir la répression pénale pour intimider et briser la combativité lycéenne.
En marge de cette réunion, le ministre a affirmé devant la presse qu'il souhaitait notamment « faire payer les réparations » des dégâts causés par les lycéens mobilisés à leurs parents. Cette rhétorique rappelle celle employée en janvier 2024 par Gabriel Attal, alors Premier ministre, et par son ministre de la Justice Eric Dupont-Moretti, qui prétendaient vouloir « restaurer la parentalité » après les révoltes des quartiers populaires consécutives à la mort de Nahel, en forçant les parents à suivre des « stages de responsabilité parentale » et en les acquittant d'une « contribution citoyenne éducative ». Faire payer les parents, c'est étendre la répression à toute une famille pour tenter de briser la mobilisation : c'est la logique de la « punition collective », historiquement utilisée par les classes dominantes dans les colonies.
Par ailleurs, cette rhétorique s'appuie sur un autre procédé bien connu : désigner des « casseurs » accusés de dégrader les locaux de l'éducation nationale, pour mieux faire oublier que la violence vient d'abord de l'Etat. C'est lui qui détruit depuis des années l'éducation nationale, en premier lieu les établissements scolaires des quartiers populaires, à coups de cures austéritaires successives. C'est sous l'effet de ces politiques que de très nombreux lycéens subissent en plein hiver des salles à 8°C sans chauffage, en été des salles à 35°C sans clims, qu'ils subissent l'absence de nombreux profs dans des matières cruciales depuis la rentrée, des salles de classe infestées de cafards et de rongeurs, des couloirs empestés par les odeurs de moisissure. Et c'est sa police qui est en train de matraquer les lycéens au quotidien sur les blocus partout dans le pays.
Ce n'est pas un hasard si le mouvement a pris une telle ampleur aussi vite. Il s'agit d'un problème généralisé et systémique. Si l'Etat cherche donc à inverser les rôles et à redoubler de violence répressive contre la jeunesse mobilisée, c'est pour tenter d'étouffer au plus vite un mouvement qui s'étend et pourrait cristalliser la colère, alors que ce vendredi 2 octobre des centaines de lycées sont à nouveau mobilisés partout en France.
Face au rapport de force instauré par le mouvement, le gouvernement a d'ores et déjà reculé sur sa volonté d'instaurer des frais d'inscription délirants pour les étudiants en prépa et en BTS. Une mesurette qui ne fait que supprimer une attaque annoncée la veille. Mais ce qu'ils craignent par-dessus tout, c'est que ce « mouvement des gilets jaunes de la jeunesse » ne dure suffisamment pour faire la jonction avec le 17 octobre, date à laquelle de nombreux travailleurs sont décidés à « relancer les gilets jaunes ».
Pour éviter ce scénario, nul doute que le gouvernement compte escalader encore davantage sa violence répressive. Mais en faisant ça, il alimente du même coup la colère d'une frange toujours croissante de la jeunesse. Alors que le meilleur antidote à la répression c'est la massivité, ne décevons pas ce gouvernement : construisons dès à présent une semaine noire à partir du 5 octobre !