Angoulême : plus de 1 000 manifestants le 29 septembre, la colère converge contre l'austérité
Fri, 02 Oct 2026 18:07:21 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalCe 29 septembre, plus de 1 000 personnes ont manifesté à Angoulême à l'appel de l'intersyndicale. Les rangs des grévistes de la fonction publique ont rapidement été rejoints par la jeunesse mobilisée, en débrayage depuis le lycée de l'Image et du Son d'Angoulême. Une première convergence qui montre la voix face aux plans austéritaires du gouvernement !

Plus de 1 000 personnes ont défilé ce mardi 29 septembre dans les rues d'Angoulême pour la journée de grève de la fonction publique. Enseignants, hospitaliers, territoriaux et pompiers ont dénoncé le manque de moyens et la dégradation de leurs conditions de travail. Rejoints par une centaine de lycéens mobilisés dès le matin, ils ont fait entendre une même colère face aux politiques d'austérité.
Dès 10 heures, devant la Cité administrative d'Angoulême, se mêlent les drapeaux des organisations syndicales (FO, CGT, CFDT, UNSA, FSU, Solidaires). LFI, LO et Révolution Permanente sont également présents. Enseignants, personnels territoriaux, agents de l'hôpital de Girac, pompiers : les secteurs sont nombreux. Et derrière la diversité des métiers, tous dénoncent la cure austéritaire que subissent autant les travailleurs que les usagers.
Tarik, enseignant au lycée Marguerite-de-Valois, est venu réclamer d'abord « de la reconnaissance ». Il dénonce le gel du point d'indice et des augmentations qui reposent essentiellement sur des primes, sans rattraper des années de perte de pouvoir d'achat. Mais très vite, la question des salaires rejoint celle des conditions dans lesquelles les agents doivent assurer leurs missions. Dans son lycée, Tarik dénonce des classes qui atteignent « quasiment 35 élèves dès la seconde », y compris dans certaines filières où les élèves auraient besoin d'un accompagnement important. « On est toujours à quémander des moyens. Nous, on veut juste faire notre métier correctement. »
Au fil du parcours, les discussions que nous avons avec les manifestants donnent un visage concret à cette austérité. Chez les pompiers, le constat est particulièrement brutal. Les interventions augmentent mais pas les effectifs. L'un d'eux raconte que certains véhicules sont envoyés avec des équipes incomplètes : « Les effectifs ne montent pas, il y a de plus en plus d'interventions, donc on est de moins en moins dans les engins. Comme il y a obligation de moyens, on fait partir des engins avec des effectifs incomplets. On se met en danger, et pour réaliser nos missions, on ne garantit rien. Mais ils s'en fichent puisqu'il faut être présent. Si la maison brûle, elle brûle, et pour le sauvetage, on fera ce qu'on peut. » Derrière le manque de moyens, ce ne sont donc pas seulement les conditions de travail des agents qui sont en jeu. Ce sont les services rendus à toute la population, ainsi mise en danger par les politiques pro-patronales du gouvernement.
Devant le Conseil départemental, après la prise de parole des personnels en grève, les manifestants entonnent : « De l'argent pour nos salaires, pas pour la guerre ! » Un cri qui n'arrive pas de nulle part. Dans les discussions du cortège, certains grévistes font eux-mêmes le lien entre leurs conditions de vie et les choix budgétaires de l'État, dirigés vers la relance militariste. « Là, y a des gens qui ne mangent pas, qui se demandent comment ils vont faire pour aller travailler. Y a pas que la fonction publique qui est dans le dur, c'est toute la population. Et en attendant, y a Total qui se gave et Macron qui achète un porte-avion. Pour la guerre, là y a des thunes. Dans le cortège, les revendications pour de meilleurs salaires et davantage de moyens dans les services publics commencent ainsi à poser une question plus générale : celle des priorités budgétaires et de la prédation des groupes capitalistes.
Au cours de la manifestation, une autre colère rejoint celle des travailleurs. Depuis le matin, une centaine de lycéen·nes bloquent le LISA, le lycée de l'Image et du Son d'Angoulême. Ils dénoncent eux aussi une rentrée dégradée par des manques de moyens, des emplois du temps surchargés, et des règles qu'ils vivent comme une infantilisation, à l'image de l'interdiction du téléphone. Les étudiants en débrayage ont ensuite rejoint les rangs de la manifestation. Cette jonction donne à voir les deux faces d'une même réalité. Quelques minutes auparavant, Tarik racontait ses classes à 35 et le manque de moyens pour enseigner ; les lycéens racontent maintenant ce que signifie étudier dans ces conditions.
Pendant la canicule, certains disent avoir dû « suivre des cours dans la cour parce que leurs salles étaient devenues de véritables fours ». À l'internat, la chaleur rend parfois difficile le sommeil et le travail. Au self, il arrive que les derniers élèves n'aient plus qu'une assiette de riz. Et face à ces problèmes, les priorités de l'institution leur semblent absurdes et autoritaires. « Ils préfèrent acheter des boîtes pour ranger les téléphones alors qu'il fait trop chaud dans les salles de classe », résume l'une des étudiantes mobilisées. Mais leurs prises de parole dépassent rapidement les portes du lycée. L'une d'elle résume : « Tout le monde est en galère, même nous pour les fournitures scolaires. Soit faut baisser les prix, soit faut augmenter les salaires des gens. Nous étudiants, on commence à avoir le permis, on voit qu'avec le prix de l'essence c'est pas possible. J'habite à 45min de mon lycée, avec le prix de l'essence on peut pas vivre comme ça. Même pour nos parents c'est pas possible. » En quelques mots, ces lycéens font le lien entre leurs propres conditions d'études et celles de l'ensemble de la classe travailleuse, touchée de plein fouet par l'inflation et l'austérité.
Cette démonstration dans la manifestation nous montre que face aux plans austéritaires du gouvernement, travailleurs et étudiants ont des intérêts communs. C'est donc à partir de leur unité que nous pourrons faire reculer les classes dirigeantes, en construisant un front large et déterminé dans la rue. « On ne peut pas rester comme ça, nous on aimerait bien continuer », nous expliquait Nina à la fin de la manifestation.
Ce sera la capacité de ces mobilisations à se poursuivre, à s'auto-organiser et à tisser des liens de solidarité et dépasser les frontières entre établissements et secteurs qui pourront faire reculer le gouvernement. Les prochains blocus lycéens constituent déjà un premier rendez-vous. Alors que l'État à choisit de répondre à cette mobilisation par une répression inouïe – plus de 635 lycéen·nes arrêté·es en trois jours, des tirs de LBD parfois à bout portant – il est vital de se rendre massivement sur les points de rendez-vous pour apporter soutien aux étudiants face aux violences policières.