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En Estonie, on apprend aux enfants à faire la guerre avec des drones

Fri, 02 Oct 2026 18:26:27 CEST

Révolution Permanente

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À Tallinn, des enfants sont formés dès 8 ans au pilotage de drones. Sous couvert d'activité ludique, c'est toute une politique de préparation à la guerre qui se développe. De l'Estonie à la France, le réarmement passera par la mise au pas de la jeunesse.

À Tallinn, capitale de l'Estonie, le gouvernement ouvre dans toutes les écoles qui le souhaitent une formation au pilotage de drones destinée aux enfants et adolescents âgés de 8 à 16 ans.

Si les pouvoirs publics insistent sur le caractère « ludique » de l'activité pour attirer un maximum de jeunes, en réalité, le projet s'inscrit directement dans l'agenda militaire du gouvernement, comme l'assume d'ailleurs Kristjan Järvan, le créateur du projet et adjoint au maire chargé des transports : « Nous savons que nous avons un voisin un peu fou, mais nous nous préparons. » Il poursuit : « L'idée m'est notamment venue quand j'ai visité des villes ukrainiennes, qui donnent des cours de défense civile aux enfants. On leur montre des objets imprimés en 3D, par exemple des mines, pour leur apprendre à les éviter. Pendant les crises militaires, il est de la responsabilité des autorités civiles de s'occuper de la protection des citoyens. C'est ce que nous nous efforçons de développer à Tallinn. » Une démonstration cynique de la façon dont la jeunesse est vue par la bourgeoisie européenne : une chair à canon qu'on prépare aux guerres impérialistes à venir.

L'Estonie constitue un cas particulièrement révélateur du tournant militariste engagé en Europe depuis plusieurs années. Situé à proximité de la Russie et de Saint-Pétersbourg, le pays occupe une place stratégique importante dans le dispositif militaire de l'OTAN sur le flanc oriental de l'Europe. Depuis le début de la guerre en Ukraine, les autorités estoniennes ont renforcé leur discours autour de la menace russe et leur politique de préparation militaire.

En effet, depuis 2023, les lycéens estoniens doivent notamment suivre une formation obligatoire à la défense. Le pays dispose également d'un service militaire de 8 à 11 mois. La militarisation ne se limite donc pas à l'augmentation des capacités de l'armée : elle passe aussi par la préparation de la population civile et, de plus en plus, par l'implication des jeunes. L'exemple des drones montre ainsi que cette préparation commence dès l'enfance.

L'article du Monde donne à voir concrètement les effets de cette logique. « Kaarel, 15 ans, pratique déjà le pilotage de drones et rêve de participer à des compétitions. Mais lorsqu'on lui demande s'il pourrait, une fois adulte, travailler avec des drones militaires, sa réponse est immédiate : « Bien sûr. C'est important de défendre son pays. »

Le témoignage de Natalja Lakatos, la grand-mère de Tivadar, un enfant âgé de 9 ans qui a aussi participé à la formation, est lui aussi révélateur. Elle explique d'abord son inscription par les débouchés professionnels : « Les drones, c'est un métier d'avenir. », elle ajoute : « Peut-être aussi que, dans le cas où le pays serait attaqué, Tivadar pourrait se rendre utile. Ce serait une bonne chose. »

De l'Estonie au reste de l'Europe, les bourgeoisies préparent la mise au pas de la jeunesse

Cette logique n'est cependant pas propre aux pays situés à proximité immédiate de la frontière russe. Si les États baltes constituent aujourd'hui l'un des terrains où la militarisation est particulièrement visible, ils s'inscrivent dans une dynamique plus large à l'échelle européenne. Ce qui se joue en Estonie doit donc aussi être regardé comme une tendance qui concerne l'ensemble des puissances européennes.

En Allemagne, le gouvernement essaie d'imposer le retour du service militaire et a annoncé vouloir atteindre les 3,5 % du PIB pour les dépenses de défense d'ici 2029. En France, l'Assemblée nationale a voté une hausse du budget de l'armée de 36 milliards d'euros d'ici 2029. En parallèle, le gouvernement cherche lui aussi à militariser la jeunesse avec le développement du Service national volontaire dans lequel il promet 10 mois de camps dans les forces armées pour les jeunes adultes, dans un objectif d'embrigader 50 000 jeunes par an d'ici 2035.

Cette offensive militariste ne se fait pas dans le vide. Elle intervient alors que les gouvernements européens imposent des politiques d'austérité qui frappent les services publics et les conditions de vie. Le nouveau budget Lecornu annonce déjà de nouvelles attaques contre la Sécurité sociale, l'éducation, la santé et l'enseignement supérieur. Alors que les moyens consacrés à la défense augmentent, ce sont toujours les mêmes politiques austéritaires qui sont imposées au reste de la population et qui passent par la destruction des services publics comme la santé et l'éducation, et l'utilisation de l'école comme un vecteur d'adhésion à l'agenda militariste de l'Etat.

L'impérialisme nous réserve un avenir de guerre, la jeunesse doit s'y opposer sans attendre

Le 25 septembre, plus de 49 000 lycéens allemands se sont mobilisés contre le retour accéléré du service militaire. En France, les mobilisations des lycéens montrent également la voie. Alors qu'ils se mobilisent contre des conditions d'étude toujours plus dégradées, plusieurs blocus ont aussi été l'occasion d'exprimer un rejet de la militarisation. « On a envie d'apprendre, pas de faire la guerre », soulignait ainsi une étudiante d'un lycée à Toulouse.

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Ces mobilisations posent une contradiction majeure aux gouvernements européens en plein réarmement. Alors que ceux-ci cherchent à augmenter les budgets militaires, à préparer la jeunesse à la guerre et à faire accepter à la population les sacrifices nécessaires au réarmement, une partie de la jeunesse commence à s'y opposer. C'est précisément cette contradiction qu'il faut chercher à renforcer. Les images venues d'Estonie montrent avec éloquence l'avenir que prépare la bourgeoisie pour la jeunesse.

Le mouvement lycéen doit servir de point d'appui pour organiser un mouvement d'ampleur contre les projets du gouvernement. Avec Le Poing Levé, nous appelons à une « semaine noire » dans les facs, en solidarité avec les lycéens.

Face à la répression brutale qui frappe le mouvement, la CGT Éduc'action appelle à la grève le 6 octobre. Mais c'est l'ensemble des directions syndicales qui devraient se solidariser avec le mouvement et construire une mobilisation d'ensemble pour s'affronter durablement aux politiques du gouvernement.

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