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La Réunion, les Antilles, Mayotte… La colère s'étend aux lycées « d'Outre-mer »

Fri, 02 Oct 2026 20:20:22 CEST

Révolution Permanente

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En première ligne des offensives austéritaires et des mesures autoritaires qui visent la jeunesse, les lycéens ultra-marins participent eux aussi au mouvement. Ils dénoncent la sélection et le manque de moyens et d'infrastructures. Un contexte qui, dans ces territoires, est aggravé par la domination coloniale française.

De Saint-Denis de la Réunion à Saint-Laurent du Maroni en passant par Fort-de-France, les lycéennes et lycéens des territoires dits d'Outre-mer se mobilisent eux aussi pour dénoncer leurs conditions d'études. Les blocages, débrayages et rassemblements se poursuivent avec des blocus organisés ce vendredi matin devant 17 lycées à la Réunion et dans les lycées de Bellevue à Fort-de-France et Frantz Fanon à Trinité, en Martinique.

De Saint-Pierre à Basse-Terre l'écho de la lutte du mouvement lycéen dans les « Outre-mer »

Les rassemblements devant les lycées ultra-marins sont fleuris des mêmes pancartes et slogans que celles que l'on voit partout en France : elles dénoncent la sélection et le système Parcoursup, le délabrement des infrastructures, l'interdiction des téléphones ou encore les journées à rallonge, alors que là-bas, la plupart des cours débutent dès 7 heures du matin, et que faute d'établissements scolaires de proximité et de transports, de nombreux élèves se lèvent très tôt pour se rendre en classe.

Au micro d'un média local, une lycéenne martiniquaise raconte que les professeurs achètent eux-mêmes des ventilateurs face à la chaleur étouffante dans les salles de classe. Au lycée professionnel François de Mahy à Saint-Pierre, une élève explique les motivations du blocus : « On ne veut pas vivre dans une société qui nous dit quoi faire pour être des ouvriers au SMIC, c'est pour changer tout ça qu'on manifeste, pas parce qu'on veut rater des cours ou qu'on a la flemme de travailler ». »

Si l'étincelle est partie des lycées de la banlieue parisienne, des milliers de jeunes de grandes métropoles, mais aussi de cette France « périurbaine » et rurales se sont reconnus dans le refus de subir les offensives d'un Etat qui ne promet qu'un avenir de misère et qui pour l'imposer, multiplie les mesures autoritaires. La révolte résonne désormais avec la réalité de la jeunesse des Antilles, de la Guyane, la Réunion, Mayotte, la Kanaky et les îles du Pacifique, puisque la gestion coloniale de ces territoires renforcent les inégalités sociales à l'école.

Il faut d'ailleurs rappeler que, quelques semaines avant le début de la mobilisation lycéenne en France, des contestations de lycéens, de parents d'élèves et d'enseignants avaient marqué la rentrée scolaire au lycée Félix Eboué à Cayenne et au lycée du Nord à Acoua, à Mayotte contre le manque criant de moyens matériels et de personnel.

Une répression coloniale contre la jeunesse lycéenne

Des blocus qui se font violemment réprimés, notamment par des CRS en Martinique : « Depuis ce matin on se fait gazer. Ils ont jeté une fille par terre pour la mettre dans un fourgon, tout ça parce qu'on essaye de se révolter. Ils veulent se battre contre des enfants » témoigne une lycéenne auprès du média Relai populaire. Une violence qui s'inscrit dans la lignée du renforcement de la répression, avec 1949 jeunes interpellés en moins de 24 heures ce jeudi, et la décision du Ministère de l'Education nationale de fermer manu militari 400 établissements, pour tenter de briser la mobilisation et isoler les lycées.

La destruction des services publics est d'autant plus brutale dans les colonies françaises

Dans les Outre-Mer, les jeunes sont toujours plus nombreux à grandir dans la pauvreté, et particulièrement en Guyane et à Mayotte, où le taux de pauvreté est de 77%. Une précarité systémique, bien organisée et propre au fait colonial : à son système économique de monopole sur lequel se gavent les descendants d'esclavagistes comme la famille Hayot, au manque d'infrastructures basiques telles que l'accès à l'eau courante, et à la fabrique de sans-papiers par l'Etat français, qui lui permet notamment de continuer à enfermer des enfants dans des centres de rétention administratifs.

Pour certains, c'est dans des bâtis précaires, faits de bouts de tôle et de bois qu'on leur demande de faire sagement leurs devoirs et de croire dur comme fer au système méritocratique de l'école républicaine française. Et même une fois le bac en poche, le parcours du combattant pour la grande majorité des étudiants ultramarins afin de poursuivre leurs études illustre encore la dimension structurelle de ces inégalités, entre le coût des billets d'avion et les difficultés à trouver un logement.

Mais là encore, il faut mentionner le rôle de l'État colonial français qui, du fait de sa politique migratoire, empêche sciemment des étudiants ayant grandi à Mayotte ou en Guyane et qui ont réalisé toute leur scolarité dans ces territoires, d'accéder à l'université. La réponse odieuse d'Estelle Youssouffa, député de Mayotte face à une lycéenne mahoraise qui expliquait que, faute de papiers français, n'avait pas droit à la bourse et ne pourrait pas étudier, témoigne de la façon dont les intérêts de l'Etat colonial et ceux des bourgeoisies locales convergent vers le besoin d'une main d'oeuvre docile à exploiter.

Ce jeudi 1er octobre, à des dizaines de milliers de kilomètres des blocus des lycées de Saint-Pierre et de Bellevue, le gouvernement a annoncé augmenter le budget des Outre-mer, sur fond de coup de communication avec son événement « Choose Outre-mer » organisé à Paris. Mais derrière le vernis « start-up nation » et les promesses d'investissement à l'adresse du patronat, le budget annoncé par Lecornu avec une baisse de moyens drastiques pour la santé ou encore l'éducation promettent une dégradation considérable des conditions de vie, d'études et de soin.

De l'autre côté, le gouvernement prévoit un budget record pour la défense à 436 milliards d'euros, dont une partie sera consacrée au renforcement des infrastructures militaires et sécuritaires dans les territoires colonisés par la France. La « mise à l'honneur » des militaires ultramarins lors du dernier défilé du 14 juillet et la revendication par Lecornu du RSMA, un dispositif uniquement déployé dans les outre-mer qui emploie des jeunes en formation encadré par des militaires, rappelle la place que veut réserver l'impérialisme français aux jeunes de ces régions. Mais ce que nous avons appris de cette Gen Z de Madagascar au Népal en passant par l'Allemagne et désormais la France, c'est qu'elle ne compte pas marcher au pas.

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