Au Chili aussi, la jeunesse est dans la rue
Fri, 02 Oct 2026 20:34:41 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalJeudi Premier octobre, c'était journée de mobilisation, au Chili. À Santiago et plusieurs villes du pays, lycéen.es et étudiant.es sont descendu.es dans la rue pour protester contre les annonces budgétaires du gouvernement d'extrême droite, au pouvoir depuis un an.

Un budget d'austérité : c'est ce que le ministre chilien de l'Économie, Daniel Mas, a annoncé, sans fard pour 2027. Avec 6 milliards d'économies supplémentaires prévues, ce sont les services publics qui sont dans le viseur dans un pays déjà très fortement privatisé, où tout se paye et se monnaye, y compris l'Éducation et la Santé. La jeunesse chilienne, elle, ne l'entend pas de la même oreille et veut inverser la tendance. « Pour transformer le Chili, pas un peso de moins pour l'Éducation » : voilà l'appel lancé par les organisations lycéennes et le syndicat étudiant chilien, la ConFeCh, pour une grande journée de mobilisation, ce jeudi Premier octobre, au lendemain de la présentation du budget par le président d'extrême droite. José Antonio Kast prétend, en effet, « transformer le pays » : au profit du patronat et de son parrain étatsunien, Donald Trump. La jeunesse aura donc détourné son mot d'ordre pour en inverser les termes.
Des manifestations dans tout le pays
A Santiago aussi, les autorités sont coutumières du décompte à la baisse du nombre de manifestant.es : 6.000, selon la police, 20.000, plus vraisemblablement, si l'on en croit les images et les chiffres de la ConFech. Suffisamment en tout cas pour que les carabiniers, massivement déployés, aient reçu l'ordre de réprimer, en bonne et due forme, avec une quarantaine d'arrestations au fil de la journée. Le gouvernement et les grands médias ne retiennent de la journée que les « violences inadmissibles » qui auraient été exercées à l'encontre d'une poignée de membres d'organisations étudiantes d'extrême droite devant l'Université catholique de la capitale alors qu'ils prétendaient organiser une « contre-mobilisation » et ont été pris à parti. Mais pour la jeunesse, ce sont les images de la Place Baquedano, noire de monde, qui ont marqué la journée de jeudi, tout comme celles des manifestations organisées ailleurs dans le pays, de l'extrême Nord, à Tacna et dans le port d'Antofagasta, jusqu'au Sud, à Concepción et Valdivia, en passant par Valparaíso.
Éléments de jonction avec le monde du travail
Les jeunes n'étaient pas seuls, ce jeudi. Malgré la frilosité des directions syndicales enseignantes, le Colegio de profesores, et de la principale confédération du pays, la CUT, qui soutenaient la mobilisation mais sans appel à construire la grève ni à débrayer sur les lieux de travail, plusieurs structures combatives se sont néanmoins saisies de la journée et ont rejoint les cortèges lycéens et étudiants, en y rajoutant leurs propres revendications. Alors que les prix à la pompe et des produits du quotidien sont repartis à la hausse, à l'instar du chômage, aggravant l'endettement des ménages, alors que le gouvernement tente d'imposer une réforme du marché du travail qui renforcerait encore davantage le modèle ultra-libéral hérité de la dictature de Pinochet, les raisons pour rejoindre la jeunesse ne manquaient pas. Lundi 28, déjà, la capitale avait été le théâtre d'une mobilisation en faveur de la légalisation de l'IVG, toujours interdite, au Chili, suivie des personnels de la Santé, en grève les 29 et 30. Le Premier octobre, plusieurs syndicats locaux d'enseignants ont débrayé et rejoint les cortèges de jeunes tout comme certaines sections syndicales combatives d'autres secteurs comme la sidérurgie, à Antofagasta, ou la construction et le nettoiement, dans la capitale.
Coordination et auto-organisation pour élargir la mobilisation
L'autre élément marquant la journée du Premier et les perspectives qui s'ouvrent au mouvement ont trait aux différentes tentatives de coordination qui ont vu le jour. Les lycéen.es, en effet, n'en sont pas à leur coup d'essai puisqu'ils sont dans la rue depuis le 26 mars. Ils ont manifesté, dès le début de la rentrée des classes de l'hémisphère austral, et contre l'extrême droite qui venait de remporter les élections, et contre le programme austéritaire que Kast entendait appliquer. La mobilisation de ce jeudi s'adossait aux dernières en date, celles des 3 et 11 septembre, mais a rassemblé encore plus de monde. Au fil des mois, les élèves des lycées ont été rejoint.es par les étudiant.es. De façon à décider eux-mêmes des échéances de leur mobilisation, être en capacité d'appeler le monde du travail à les rejoindre, pour être en mesure de faire perdurer la mobilisation, entre une date et une autre, et, fondamentalement, dépasser la fragmentation entre établissements, campus ou universités, plusieurs structures de coordination ont vu le jour.
Ainsi, à Valparaíso, dans la Cinquième région, c'est une Coordination lycéenne qui a pris la tête du mouvement. Dans la capitale, c'est un « Cordon » lycéen qui a été mis sur pied pour coordonner les établissements mobilisés et militer pour en faire entrer de nouveaux dans la mobilisation. Pour le mouvement, c'est une coordination nationale qu'il s'agit de construire. Forte des souvenirs de l'Explosion » de 2019, contre le gouvernement de droite de Piñera, mais également des mobilisations lycéennes des années 2000 contre les gouvernements de centre-gauche ou des années 1970, pendant l'Unité populaire, la jeunesse mobilisée sait que c'est en se coordonnant, par en bas, et en s'auto-organisant, qu'elle sera en mesure de construire l'opposition la plus efficace contre Kast et l'extrême droite. Et les faire reculer.