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Ouverture d'ambassades en Israël : le régime marocain réaffirme sa complicité dans le génocide

Thu, 01 Oct 2026 15:18:09 CEST

Révolution Permanente

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Le 16 septembre, le Maroc et Israël ont annoncé le passage de leurs représentations diplomatiques au rang d'ambassades. Un nouveau cap dans la normalisation et la complicité du régime marocain avec le génocide à Gaza, qui intervient dans un contexte où les mobilisations de GenZ212 et les voix pro-palestiniennes au maroc sont réprimées depuis des mois.

L'annonce d'ouverture d'ambassades entre Israël et le Maroc s'inscrit dans la continuité de l'accord de normalisation conclu en décembre 2020 entre le Maroc et Israël, sous l'égide de Donald Trump et dans la dynamique des accords d'Abraham. Au cœur de ce deal, Washington reconnaît la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, tandis que Rabat normalise ses relations avec Israël. Un donnant-donnant colonial : les États-Unis avalisent la souveraineté revendiquée par le Maroc sur le Sahara occidental ; en retour, le régime marocain approfondit ses relations avec Israël malgré l'occupation des territoires palestiniens. Pour rappel, cette dynamique de normalisation s'était déjà entamée entre 1990 et 2000 quand les deux pays entretenaient des relations diplomatiques grâce à un bureau de liaison, fermé pendant la seconde Intifada mais réouvert en 2020 au moment de la signature des accords d'Abraham.

Le contexte de l'annonce tombe par ailleurs à point nommé pour Benyamin Netanyahou, à six semaines des élections israéliennes. Alors que la normalisation avec l'Arabie saoudite patine et que les accords d'Abraham sont au point mort depuis 2021, le rapprochement avec Rabat lui offre une avancée diplomatique qu'il pourra mettre en avant dans sa campagne électorale, alors que son bilan des guerres coloniales à Gaza et au Liban a effrité son capital politique en Israël.

Des accord diplomatiques, économique, et militaire dans la continuité des accords d'Abraham

La monarchie marocaine n'a pas attendu la normalisation officielle de 2020 pour nouer des coopérations économiques et militaires avec Israël. Celles-ci existent depuis des décennies. Mais leur approfondissement depuis 2020 témoignent d'une volonté assumée du régime marocain de consolider ses relations avec l'Etat d'Israël, à travers une multiplication des accords économiques, industriels et militaires.

Les échanges commerciaux entre les deux pays, restés discrets pendant des décennies, ont ainsi bondi depuis la normalisation. Les exportations marocaines vers Israël sont passées de 67 millions de dollars en 2019 à plus de 140 millions en 2022 ; les importations, de 4 à 39 millions sur la même période. Les deux gouvernements visent désormais les 500 millions de dollars d'échanges annuels.

Cette coopération s'étend à des secteurs toujours plus stratégiques. En octobre 2021, l'Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) accorde à la société israélienne Ratio Petroleum une licence exclusive d'exploration pétrolière et gazière au large de Dakhla, au Sahara occidental. En mars 2023, l'entreprise israélienne d'irrigation Netafim inaugure sa première usine du Royaume à Kénitra. D'autres projets suivent : une joint-venture pour la production d'avocats à Souk El Arbaâ, des partenariats sur le dessalement d'eau de mer, et un accord stratégique entre le patronat marocain (CGEM) et son homologue israélien (IEBO) signé en mars 2022.

Mais c'est sur le terrain militaire que cette alliance franchit encore un cap dans la complicité. Le premier accord de coopération militaire entre Israël et un État arabe est signé par le Maroc en novembre 2021. Les achats marocains d'équipement militaire israélien sont de l'ordre de milliards de dollars : système anti-drones Skylock Dome, drones kamikazes Harop, drones Harfang, et surtout un accord de défense antimissile Barak MX signé en 2022 pour plus de 500 millions de dollars.

Le Maroc ne se contente plus d'acheter : en 2025, BlueBird Aero Systems, filiale d'Israel Aerospace Industries, a annoncé la mise en service d'une usine près de Casablanca. Elle produira des drones rôdeurs SpyX, conçus pour la surveillance et les frappes ciblées, et des cadres des Forces armées royales seront formés au siège de l'entreprise en Israël. À souligner que les drones BlueBird ont été utilisés par l'armée israélienne lors des offensives contre Gaza en 2008-2009 et 2014, selon l'ONG WhoProfits.

Les visites de hauts gradés se multiplient également dans les deux sens : le chef d'état-major israélien Aviv Kochavi au Maroc en 2022, son homologue marocain Belkhir El Farouk en Israël la même année ; une première pour un chef d'armée arabe. L'armée de l'air israélienne a par ailleurs demandé l'usage des bases aériennes marocaines, et Tsahal participe depuis 2022 aux exercices militaires African Lion sur le sol marocain. En janvier 2026, un nouveau plan de travail militaire conjoint est signé pour l'année.

La monarchie marocaine, qui ne manque jamais une occasion d'afficher sa coopération avec Israël, a même décidé le 19 février 2026 dans le cadre du « Conseil de paix » lancé par Donald Trump d'envoyer policiers et militaires à Gaza et ainsi participer à l'écrasement colonial des organisations palestiniennes. L'engagement se concrétise en juin : quatre officiers marocains rejoignent Israël dans le cadre de la Force internationale de stabilisation, puis un contingent de l'armée marocaine arrive en Israël le 18 juin, en vue de son déploiement à Gaza, devenant le premier pays arabe à s'engager publiquement dans le plan colonial du génocide en cours.

Face à la contestation de la normalisation, le régime marocain renforce sa machine répressive

Dans la société marocaine, cette politique de rapprochement des classes dominantes avec Israël entre en contradiction avec la forte solidarité avec la Palestine qui s'exprime par en bas. Malgré l'autoritarisme du régime, de nombreuses mobilisations de rue contre la normalisation et les coopérations avec Israël bien même avant le génocide. Plusieurs sit-in de solidarité avec le peuple palestinien ont été violemment réprimés, dont l'un des plus récents le 18 juillet 2026 à Tanger, et plusieurs militants opposés à la normalisation ont été emprisonnés ou poursuivis.

La dynamique répressive s'étend à d'autres contextes puisque depuis l'automne 2025, le régime a durci davantage sa politique répressive, touchant simultanément le mouvement GenZ 212, des rappeurs, des journalistes, le mouvement étudiant, et les mobilisations locales. Plus de 5 000 arrestations ont eu lieu depuis fin septembre 2025 dans les seuls rangs de la GenZ, avec environ 2 000 personnes encore détenues début avril 2026 et des peines de prison allant jusqu'à quinze ans, y compris contre des mineurs. Trois jeunes ont été tués par balles réelles par la Gendarmerie royale près d'Agadir.

Cette contestation déborde aujourd'hui largement la seule question palestinienne. Alors que les élections législatives se sont déroulées il y a quelques jours, dans un climat politique et social particulièrement tendu, les appels à contester le cadre électoral se multiplient. Face à cette défiance, la monarchie durcit la répression : plusieurs militants marxistes d'Annahj Addimocrati Al Oummali, qui dénonce le caractère antidémocratique du scrutin et appelle à son boycott, ont ainsi été interpellés ou arrêtés pendant leur campagne. Un durcissement qui s'inscrit dans une histoire plus longue de verrouillage politique, dont 2011 constitue un tournant majeur.

Le climat explosif qui traverse aujourd'hui le Maroc ne vient pourtant pas de nulle part. Il s'inscrit dans une tension sociale et politique qui n'a jamais véritablement disparu depuis le Printemps arabe de 2011, une période de contestation populaire inédite portée par le Mouvement du 20 Février. Si le régime avait alors réagi en promettant des réformes et en octroyant une nouvelle Constitution, ces concessions, combinées à la répression, lui permettent de contenir le mouvement sans pour autant s'attaquer aux causes profondes de la colère.

Au cours de la décennie suivante, les autorités ont progressivement verrouillé l'espace politique en réprimant les mouvements sociaux régionaux, à l'instar du Hirak du Rif en 2016-2017, qui porte à son tour des revendications de dignité, d'emploi et de services publics, et en s'attaquant aux derniers espaces de presse indépendante à travers des procès de droit commun et des campagnes de diffamation.

Quinze ans plus tard, les mêmes contradictions sociales ressurgissent : chômage massif des jeunes, inégalités, dégradation des services publics de santé et d'éducation et sentiment d'abandon d'une partie de la population. C'est précisément sur ce terrain qu'a surgi GenZ212, avec des mots d'ordre qui font directement écho à ceux de 2011 : santé, éducation, emploi, lutte contre la corruption et justice sociale. La séquence actuelle apparaît ainsi moins comme une rupture que comme la résurgence d'une colère sociale que quinze années de réformes promises et de verrouillage politique n'ont pas réussi à éteindre.

Face à la répression et à la complicité du régime marocain, construire une mobilisation large par en bas

Cette répression témoigne surtout des tensions auxquelles fait face un régime qui cherche à contenir une contestation sociale et politique persistante. Face à cela, les perspectives portées par une partie de la gauche institutionnelle marocaine, qui proposent de répondre à la crise par une réforme constitutionnelle et la transformation du régime en monarchie parlementaire, n'est pas à la hauteur.

Pour s'attaquer aux racines structurelles de la crise sociale et de l'alignement du régime avec Israël, il faut chercher à construire une mobilisation large et indépendante des classes dominantes, capable de réunir la jeunesse de GenZ212, les étudiants solidaires de la Palestine, les travailleurs des ports, de la santé et de l'éducation, ainsi que les populations des régions marginalisées comme le Rif et Al Haouz. A ce titre, les mobilisations de 2025 dans les ports de Tanger Med et de Casablanca contre des navires Maersk soupçonnés de transporter des pièces d'armement vers Israël sont un exemple de comment la solidarité avec la Palestine peut être un moteur de mobilisations par en bas qui s'engouffre dans les contradictions du régime.

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