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Législatives au Maroc : derrière la façade électorale, le Mekhzen gouverne

Thu, 01 Oct 2026 15:43:40 CEST

Révolution Permanente

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Avec 38 % de participation, les législatives du 23 septembre confirment le rejet d'un jeu électoral verrouillé par une monarchie qui gouverne derrière des partis servant de fusibles et réprime toute contestation.

Les élections législatives marocaines se sont tenues le 23 septembre avec un taux de participation dérisoire de 38,02 %, le plus faible depuis 2007 et bien en dessous du déjà faible taux de 50,18 % en 2021. De plus, les 18-24 ans ne représentent plus que 4 % des inscrits, témoignant du désintérêt et de méfiance de la jeunesse dans les partis du régime et une élections où les résultats sont écrits à l'avance.

Depuis la Constitution de 2011, le Maroc se présente comme une « monarchie constitutionnelle, démocratique, parlementaire et sociale ». Mais le texte lui-même consacre la toute-puissance du roi : il préside le conseil des ministres, commande les armées, détient l'autorité religieuse en tant que Commandeur des croyants et peut dissoudre le Parlement. Dans les faits, son pouvoir va encore plus loin puisque les grandes orientations économiques, sécuritaires ou diplomatiques, sont décidées par le roi et son cercle de conseillers. Parmi eux, Fouad Ali El Himma, a fondé en 2008 le PAM (Parti Authenticité et Modernité), le parti arrivé en tête de ce scrutin.

Le gouvernement et les parlementaires servent de façade chargée d'endosser la responsabilité des attaques du régime. Sous les gouvernements islamistes du PJD (Parti de la Justice et du Développement), entre 2011 et 2021, les attaques se multiplient : libéralisation des prix des carburants, réforme des retraites repoussant l'âge de départ à 63 ans, contractualisation des enseignants et répression du Hirak du Rif. Mais l'offensive qui a sans doute le plus marqué les esprits, c'est la signature des accords d'Abraham, imposée malgré une large contestation grâce à une répression qui se poursuit encore aujourd'hui. Le parti l'a payé aux élections suivantes en recueillant la colère avant qu'elle ne cible la monarchie, passant de 125 à 13 sièges.

Cette année, ce sont les libéraux du RNI (Rassemblement National des Indépendants) qui ont été sanctionnés, pour leur gestion catastrophique de l'après-séisme d'Al Haouz en 2023 et pour la répression de la GenZ 212. Ce mouvement a éclaté fin septembre 2025, après la mort de huit femmes en couches à l'hôpital public d'Agadir. Des milliers de jeunes étaient alors descendus dans la rue pour réclamer des hôpitaux, des écoles et des emplois, et pour dénoncer la corruption et les milliards engloutis dans la Coupe du monde 2030. Le régime a répondu par les balles : le 1er octobre 2025, les gendarmes ont abattu deux jeunes manifestants à Leqliaâ. Plus de 2000 personnes ont été poursuivies et près d'un millier placées en détention, avec des peines allant jusqu'à quinze ans de prison ferme. Dans les cortèges, un slogan revenait : « Akhannouch dégage ! ». Aziz Akhannouch étant le chef du gouvernement, président du RNI et, accessoirement, milliardaire et patron du groupe Akwa, qui détient Afriquia, géant de la distribution de carburants.

Pendant longtemps, la monarchie marocaine s'est cachée derrière les gouvernements successifs. Le roi se permet d'écarter tel ou tel ministre après un scandale ou une large mobilisation, comme en 2017 après le Hirak du Rif. Mais la jeunesse marocaine croit de moins en moins à cette mascarade. La monarchie est l'institution centrale du régime marocain, et ses liens profonds avec les classes dominantes du pays en font la responsable directe des crises économiques et sociales traversées par les classes populaires. C'est elle qui porte la responsabilité des attaques contre les travailleurs et la jeunesse, de l'état déplorable des écoles et des hôpitaux, de la répression des mouvements, du Rif à la GenZ, et de l'abandon des sinistrés d'Al Haouz.

En 2011, l'adoption de la Constitution a été un outil de canalisation des mobilisations dans le contexte du printemps arabe. Présentée comme une avancée démocratique, elle contient en réalité une série de dispositions qui arment le régime, à commencer par l'interdiction de critiquer la personne du roi, que l'article 179 du Code pénal punit de prison. Cet arsenal sert aujourd'hui à traquer jusqu'aux soutiens de la GenZ vivant à l'étranger. Zineb El Kharroubi, militante de GenZ 212 France, a été arrêtée en février à l'aéroport de Marrakech. En juin, elle a été condamnée à six mois de prison avec sursis pour « incitation à commettre des crimes ou délits par voie électronique ». Le rappeur Mehdi Black Wind, installé à Marseille et relais du mouvement, a été arrêté le 13 juillet à Casablanca, poursuivi pour offense au roi et incarcéré à la prison d'Oukacha.

Dans un contexte de situation internationale convulsive, où les régimes arabes craignent plus que jamais des soulèvements de masse en solidarité avec Gaza et contre les conséquences de la crise économique, les élections législatives marocaines ont exprimé la faiblesse politique d'un régime pourrissant qui repose toujours plus sur la répression interne pour gouverner.

Face à la complicité avec Israël, la misère sociale et la répression brutale de la monarchie, seule une large mobilisation des travailleurs et de la jeunesse, en toute indépendance des partis et institutions du régime, est capable de construire un véritable rapport de force permettant d'obtenir de réelles victoires. Cette lutte ne peut se penser isolément, et c'est dans la perspective d'un soulèvement des masses de toute la région, dont les luttes se répondent et se nourrissent mutuellement comme l'a démontré l'expérience du printemps arabe, qu'elle peut véritablement s'attaquer aux racines de l'oppression et de l'exploitation au Maroc.

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