« Lock-out » scolaire : le gouvernement veut briser la mobilisation lycéenne, faisons front !
Thu, 01 Oct 2026 17:59:38 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalFace à l'extension du mouvement lycéen et aux premières convergences, le gouvernement durcit la répression pour tuer la mobilisation. Cours en « distanciel », lycées fermés, répression policière et judiciaire : un véritable « lock-out » scolaire pour étouffer le mouvement. Face à cette offensive, le mouvement ouvrier doit faire front !

Partie des quartiers populaires d'Île-de-France, la mobilisation lycéenne s'est étendue en début de semaine à l'ensemble du pays. Ce jeudi, le mouvement lycéen a encore gagné en intensité avec de nouveaux lycées mobilisés et le soutien d'étudiants et de travailleurs. 440 interpellés dans la seule journée de mardi. A Tours, un jeune blessé grièvement à l'œil par un tir de LBD, tandis que, dans le Val-d'Oise, un autre frappé en plein visage par une grenade lacrymogène. Mais la répression n'a pas suffi à faire reculer le mouvement. Celui-ci s'installe dans la durée et commence à gagner d'autres secteurs, avec les premiers signes de convergence entre lycéens, étudiants, enseignants et travailleurs. Face à cette dynamique, le gouvernement prépare un nouveau tour de vis répressif.
Une forme de « lock-out » scolaire pour tuer la mobilisation et diviser les lycéens
Lecornu a ainsi convoqué à 13 heures une cellule interministérielle de crise pour préparer de nouvelles mesures visant à briser le mouvement. Le ministre de l'Éducation a notamment annoncé la fermeture de lycées mobilisés et le recours au « distanciel », tout en dénonçant des violences qu'il qualifie d'une « extrême gravité ». Sur X, Édouard Geffray a précisé avoir « demandé que les cours soient assurés à distance lorsque des dégradations ou des blocus empêchent l'accueil des élèves en toute sécurité ». Une mesure qui revient à fermer les établissements pour empêcher matériellement les mobilisations. Une forme de « lock-out » scolaire visant à couper court au mouvement lycéen.
Cette mesure brutale a déjà été appliquée de manière préventive, sous différentes formes, dans plusieurs établissements cette semaine. Ces derniers jours, plusieurs directions ont déclenché des « alertes intrusion », un dispositif initialement prévu pour les situations d'« attentat terroriste », dont le protocole prévoit le confinement des élèves et des personnels dans les classes et l'interdiction de sortir de l'établissement. Ces décisions participent à la criminalisation du mouvement et ont parfois provoqué des mouvements de panique, comme au lycée Saint-Exupéry de Lyon et au lycée Jean-Jacques Rousseau de Sarcelles. Dans ce dernier établissement, le déclenchement de l'alerte a précédé une violente chasse aux élèves mobilisés à l'entrée du lycée. À Gonesse, le lycée René-Cassin, mobilisé depuis la semaine dernière, a quant à lui été fermé ce jeudi 1er octobre jusqu'à nouvel ordre.
SARCELLES | Scènes hallucinantes au lycée Jean Jacques Rousseau, où les élèves sont mobilisés pour la deuxième journée consécutive. La police réprime violemment les jeunes. pic.twitter.com/c5k6dOBRpi
— Révolution Permanente (@RevPermanente) September 25, 2026
En utilisant ce dispositif rôdé pendant la pandémie du Covid19, le gouvernement étend aux lycées une méthode que le mouvement étudiant ne connaît que trop bien. Depuis le mouvement contre la réforme des retraites de 2023, la fermeture administrative des centres et le passage en distanciel des cours est devenue la réponse standard des directions d'universités aux mobilisations estudiantines. Une réponse qui tente d'étouffer la colère à sa racine, en privant la jeunesse de lieus pour se rencontrer et s'organiser. Le gouvernement entend désormais généraliser la fermeture des lycées mobilisés en s'appuyant sur le « distanciel » pour contourner les blocages, au prétexte de garantir la continuité des cours, cherchant par-là à diviser la jeunesse en diabolisant les lycéens mobilisés.
Une nouvelle offensive répressive et judiciaire pour intimider et mater les lycéens mobilisés
Pendant que les proviseurs mettent tout en œuvre pour atomiser le mouvement et isoler les lycéens, la répression policière se poursuit. Le gouvernement prépare ainsi le déploiement d'un maximum de policier et de forces de répression sur les lycées pour écraser brutalement la révolte de la jeunesse. Ces derniers jours, les placages, les gaz lacrymogènes, les coups de matraque sont devenus monnaie courante devant les établissements en France, et tout particulièrement ceux des quartiers populaires. Pour poursuivre cette offensive, le Premier ministre a demandé à ses ministres d'annuler l'ensemble de leurs déplacements officiels, afin de libérer de nouvelles forces de police.
Darmanin prépare également une réponse pénale on ne peut plus dure. Dans la continuité de la justice punitive et raciste qui avait suivi les révoltes de la jeunesse des quartiers populaires ces dernières années, le ministre de la Justice a convoqué une réunion des procureurs généraux à 17h30 pour inciter à des peines « exemples ». Alors que les interpellations se multiplient, cette réunion annonce une nouvelle salve de comparutions immédiates, de peines de prison ferme extrêmement lourdes et d'amendes.
Pendant que les lycéens sont traités en dangereux « terroristes », le régime a choisi de saisir l'occasion pour frapper l'ensemble des forces politiques qui refusent de condamner le mouvement. La première cible du régime n'est autre que La France insoumise : l'entourage de Lecornu a directement décrit le mouvement comme une « manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultragauche ». Ce matin même, Bruno Retailleau appelait à dissoudre le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, et le jour précédent, le préfet de Paris déposait plainte contre le maire de Saint-Denis Bally Bagayoko qui s'était rendu sur des blocages lycéens le jour précédent. En pleine campagne présidentielle et au moment même où le gouvernement annonçait un nouveau budget d'austérité, le gouvernement tente la contre-offensive contre LFI et vise tout ceux qui soutiennent le mouvement lycéen, en allant même jusqu'à intimider les avocats qui défendent les lycéens…
Mais ce durcissement répressif ne doit pas freiner la solidarité politique apportée aux lycéens. Au contraire, il est essentiel de ne pas laisser les jeunes isolés : le mouvement ouvrier a la responsabilité de soutenir cette jeunesse qui porte la colère de l'ensemble des travailleurs et des classes populaires, sur la casse des services publiques et les conditions de vie. Face à la violence du traitement réservé par l'État aux lycéens, Sophie Binet avait dénoncé ce mardi la « violence policière ». Mais aujourd'hui, elle a repris le discours du gouvernement en mettant à distance les prétendues « violences » des lycéens, et s'est contentée d'en imputer la cause à la « stratégie du gouvernement ».
À l'inverse, les travailleurs de Siemens, de Total et de Siedel ont montré l'exemple ce matin au Havre : venus nombreux en solidarité sur le blocus d'un lycée, ils ont défendu par une chaîne humaine les lycéens des charges de la police. La CGT Educ'action a appelé à la grève pour mardi 6 octobre, prochaine journée appelée par les organisations étudiantes : cet appel constitue un premier point d'appui, mais il doit s'étendre à l'ensemble des secteurs du mouvement ouvrier. La solidarité des travailleurs face à la déferlante répressive que le gouvernement est en train d'organiser ne peut attendre : dès maintenant, il est essentiel d'être nombreux et nombreuses devant les commissariats où les lycéens ont été embarqués et devant les lycées qui continueront de se mobiliser demain. Le gouvernement panique face à la mobilisation dans les lycées : faisons-en le point de départ d'un vaste mouvement portant aussi bien les revendications de la jeunesse, que celles de l'ensemble des travailleurs.
Crédit photo : AFP TV