Réunion avec les procureurs généraux : Darmanin prépare un enfer pénal pour les lycéens mobilisés
Thu, 01 Oct 2026 18:48:22 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe garde des Sceaux convoque ce jeudi soir les 36 procureurs généraux. Après les interpellations massives et les violences policières, le gouvernement prépare désormais sa riposte judiciaire pour tenter de briser la combativité lycéenne. Face à ce nouveau durcissement répressif, il faut faire front !

Gérald Darmanin a réuni ce jeudi, à 17h30, les 36 procureurs généraux en urgence, après plusieurs jours de blocages de leurs établissements par les lycéens, de plus en plus nombreux à se mobiliser aux côtés de leurs enseignants et de leurs assistants d'éducation. Une réunion destinée à préparer la riposte judiciaire et à tenter de briser le mouvement.
Depuis mardi, le gouvernement et les grands médias cherchent ainsi à discréditer le mouvement, en recourant une nouvelle fois à la même rhétorique. Un simple tour sur les comptes X de Bruno Retailleau et d'Édouard Philippe suffit à en faire la synthèse : la colère qui s'exprime serait le fait de « casseurs » qui « détruisent » et « brûlent » massivement les lycées, des « factieux » qui « provoqu[erai]ent directement à la rébellion », contre les « forces de l'ordre » qui seraient « en première ligne face à la violence ». Une « minorité » qui « empêcherait les étudiants d'étudier ».
Une rhétorique qui permet de diaboliser les lycéens mobilisés et de justifier la violente répression qui s'abat sur eux depuis la semaine dernière. 625 jeunes interpellés sur la seule journée de mercredi. Un adolescent atteint à bout portant par un tir de lance-grenade a perdu plusieurs dents et aurait pu en mourir à Saint-Ouen-l'Aumône. Un autre, à Tours, pourrait perdre son œil à la suite d'un tir de LBD.
En convoquant les procureurs généraux, Darmanin entend prolonger cette répression policière dans les chambres des tribunaux, complétant l'initiative du ministre de l'Intérieur Nuñez, qui a adressé hier des instructions aux préfets, qui légitiment les interpellations et précisent qu'« en cas de violences ou de dégradations sur l'espace public, il conviendra d'y mettre un terme avec célérité » et que « l'usage proportionné de la force ne doit jamais inhiber l'action pour rétablir l'ordre ». Ou encore l'annonce de la préfecture du Rhône de la possibilité pour la police nationale d'« utiliser une caméra installée sur un drone aux abords des établissements concernés [par les rassemblements devant les lycées] », qui marque un nouveau saut dans la répression administrative contre le mouvement.
C'est donc au tour des procureurs généraux d'être mis en ordre de bataille pour poursuivre les lycéens des quartiers populaires qui participent aux mobilisations et requérir des peines particulièrement lourdes à leur encontre. Comme les violences policières des derniers jours, ce durcissement judiciaire que Darmanin souhaite impulser participe d'un même racisme structurel qui cible avant tout les jeunes noirs et arabes.
Certains précédents donnent une idée de la violence judiciaire qui menace de s'abattre sur eux. Pendant les révoltes qui ont suivi le meurtre policier de Nahel dans les quartiers populaires, le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti avait ainsi enjoint aux procureurs, par voie de circulaire, d'adopter une réponse pénale particulièrement ferme, en exigeant une « réponse pénale ferme, systématique et rapide », l'ouverture d'audiences de comparution immédiate et le fait préconisait de privilégier cette voie, ainsi que celle du déferrement direct au tribunal pour les mineurs après leur garde à vue, allant jusqu'à indiquer les qualifications pénales à retenir.
Elsa Marcel, avocate et militante à Révolution Permanente, qui a défendu de nombreux jeunes interpellés lors de cette séquence de répression policière et judiciaire extrêmement brutale, raconte :
Je me souviens de ces dizaines d'enfants terrifiés, entassés dans les cellules du dépôt de Bobigny. Si certains finissent par être relaxés, le traumatisme est le même pour tous. Les familles ne sont pas davantage épargnées. Souvent directement prises à partie par les juges et les procureurs, elles étaient explicitement ciblées par la circulaire Dupond-Moretti qui incitait à les incriminer. Il n'aura finalement fallu que quelques pages pour orchestrer l'une des plus grandes punitions collectives de ces dernières décennies. [1]
Quelques mois plus tard, le même ministre a de nouveau utilisé cet outil des circulaires pour organiser la criminalisation systématique des voix qui s'élevaient pour dénoncer le génocide à Gaza, en enjoignant aux procureurs de poursuivre tous propos présentant les attaques du 7 octobre comme une « légitime résistance à Israël » et le recours à une « procédure sur déferrement ».
C'est dans ce contexte qu'il faut regarder la convocation urgente des 36 procureurs généraux à qui le garde des Sceaux souhaite transmettre une consigne de « fermeté de la réponse pénale », vu la crise politique profonde qu'ouvre cette mobilisation inédite de la jeunesse lycéenne, et l'importance du rôle du parquet pour le gouvernement afin d'essayer de l'arrêter.
Leur réaction montre qu'ils ont peur face à l'extension du mouvement, et c'est précisément pour ça que la mobilisation ne doit pas perdre son souffle. La seule façon d'y arriver, de continuer à lutter contre les violences policières et judiciaires actuelles et à venir, c'est l'alliance entre la jeunesse et le monde du travail qui commence à s'esquisser devant les lycées. Ce qui implique que les organisations syndicales y appellent. Ce qui implique d'exiger la relaxe immédiate de tous les réprimés et l'abandon de toutes les poursuites, mais aussi de se mobiliser devant les lycées et les commissariats, pour qu'aucun lycéen ne se retrouve plus seul face aux gaz et aux matraques.
C'est la voie que montrent tous les enseignants et travailleurs en grève venus soutenir la jeunesse, les parents d'élèves qui encouragent le mouvement et y participent, avec comme pointe avancée les personnels de Paul-Éluard, des Arènes et les travailleurs du Havre.
[1] État de droit, ordre bourgeois, La Fabrique, 2025.