400 lycées fermés par le ministère : refusons un « couvre-feu qui ne dit pas son nom » !
Thu, 01 Oct 2026 21:23:04 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe ministre de l'Éducation nationale annonce que 400 établissements seront fermés demain. Alors que le gouvernement fait tout pour tenter de mettre fin aux blocus, des enseignants dénoncent dans un communiqué cette tentative de « couvre-feu » pour briser le mouvement lycéen.

Dans un tweet publié ce jeudi 1er octobre, le ministre de l'Education nationale a annoncé avoir « demandé que les cours soient assurés à distance lorsque des dégradations ou des blocus empêchent l'accueil des élèves en toute sécurité », avant d'annoncer en début de soirée qu'un peu plus de 400 établissements seraient fermés ce vendredi.
Dans la continuité des méthodes mises en œuvre ces derniers jours, le ministère confirme sa volonté d'utiliser tous les moyens possibles pour mettre fin à la mobilisation des lycéen-ne-s, qui touche chaque jour de nouveaux établissements.
400 établissements fermés vendredi : Geffray veut étouffer la mobilisation
Le ministre a annoncé qu'à l'issue de la réunion de crise serait publiée une liste de lycées contraints de passer en distanciel, avant de déclarer dans les médias que plus de 400 lycées seraient fermés demain, soi-disant pour raisons de sécurité.
Si le gouvernement laisse officiellement la décision aux chefs d'établissement et aux rectorats, l'objectif est bien de généraliser la fermeture des lycées mobilisés, sous couvert de « distanciel » et de garantie de la continuité scolaire face aux prétendues « violences », dans une véritable forme de « lock-out » scolaire.
Initialement mis en place pendant les confinements liés à la pandémie de COVID, les cours en « distanciel » sont un nouveau moyen utilisé par l'institution pour briser les blocus, en incitant les élèves à rester chez eux, et en contraignant les enseignant-es à assurer leurs cours. Il s'agit d'un nouveau degré dans les méthodes de « confinement » des élèves. Alors que le gouvernement cherchait dans un premier temps à maintenir les établissements ouverts coûte que coûte au nom de la « continuité éducative », le recours au distanciel et le choix de fermetures administratives pour empêcher les mobilisations révèle un changement de méthode : il s'agit désormais d'empêcher physiquement toute mobilisation collective tout en évitant les situations de jonction entre personnels et élèves.
La mesure constitue ainsi un saut par rapport à différents dispositifs déjà mis en œuvre par l'institution depuis la semaine dernière pour tenter de mettre fin aux blocus. Dans plusieurs lycées, les directions d'établissement n'ont pas hésité à utiliser les alertes intrusion, comme au lycée Renée Cassin à Gonesse, et les méthodes de confinement, comme au lycée Jean-Jacques Rousseau de Sarcelles, supposées être utilisées en cas de « risque majeur » ou d'attentat. Ici, les directions d'établissement s'en sont servies pour tenter de rompre les blocus, en enfermant les élèves et les personnels à l'intérieur de l'établissement, afin d'éviter qu'ils puissent rejoindre les élèves présents devant l'établissement. Une méthode particulièrement anxiogène et brutale, d'autant plus lorsqu'elle s'est combinée à une brutale répression policière.
SARCELLES | Scènes hallucinantes au lycée Jean Jacques Rousseau, où les élèves sont mobilisés pour la deuxième journée consécutive. La police réprime violemment les jeunes. pic.twitter.com/c5k6dOBRpi
— Révolution Permanente (@RevPermanente) September 25, 2026
Autre ressort mobilisé depuis plusieurs jours par les directions, les suppressions de cours ou les fermetures administratives d'établissement, supposément mises en place pour « protéger les élèves » mais qui visent avant tout à les dissuader de se rendre au lycée, les cours étant annulés. Plusieurs internats, comme celui du lycée Joseph Galiéni à Toulouse, ont été fermés afin de renvoyer les élèves chez eux. Des enseignant-es racontent par ailleurs voir tomber les premiers conseils de discipline, ce qui fait peser la menace d'une exclusion pure et simple de l'établissement pour les élèves mobilisés.
Refusons le « distanciel » et toutes ces tentatives pour briser le mouvement !
Face au durcissement de la répression, les travailleurs de l'éducation doivent dénoncer la manœuvre du gouvernement autour du « distanciel » et la volonté de fermer les établissements pour briser les blocus.
En ce sens, de premières réponses parviennent d'enseignants de lycées du 93 et du 95 qui, dans des communiqués, dénoncent les annonces du ministre de l'Éducation nationale. Parmi celles-ci, les enseignant-es du lycée Paul Eluard de Saint-Denis, qui dénoncent une tentative de « bunkeriser » les établissements scolaires pour « faire taire les lycéen-ne-s et les personnels mobilisés à leurs côtés », à travers un « couvre-feu qui ne dit pas son nom ».
Au lycée René Cassin à Gonesse, les personnels annoncent dans un communiqué refuser le passage au « distanciel », dénonçant une mesure dont « l'inefficacité » est « prouvée » et qui vise à empêcher la poursuite de la mobilisation. Face aux revendications des lycéen-ne-s pour « améliorer leurs conditions d'étude », ils dénoncent une réponse « strictement policière » des autorités et affirment que les élèves « méritent une proposition politique et non une manœuvre destinée à casser leur mobilisation ». Un son de cloche qu'on retrouve au lycée Maryse Condé de Sarcelles, où les personnels mobilisés déclarent refuser le passage au distanciel, dénoncé comme une « réponse autoritaire [qui] n'a d'autre but que de briser la mobilisation en cours. »
Refuser le « distanciel » constitue une première réponse pour refuser de participer à l'opération visant à briser la mobilisation lycéenne et pour apporter un soutien aux revendications des élèves. Cette position s'inscrit dans une dynamique plus large : ces derniers jours, les exemples d'enseignant-es et de personnels de l'Éducation apportant leur soutien à leurs élèves se sont multipliés, que ce soit en reprenant leurs revendications, en se mettant en grève pour les soutenir ou pour dénoncer la répression, ou encore en formant une chaîne humaine pour protéger leurs élèves face à la police.
Alors que des enseignant-es sont mobilisés depuis plusieurs jours aux côtés de leurs élèves, les positions des directions syndicales restent en deçà de la situation et notamment du durcissement répressif lancé par le gouvernement. La position de la FSU est particulièrement timorée : elle appelle à se tenir aux côtés des élèves, mais n'appelle pas à la grève. Dans le même temps, si elle condamne la répression policière, elle parle des violences « d'où qu'elles viennent », mettant ainsi sur un pied d'égalité les élèves et les policiers.
À l'inverse, la CGT Éduc'action, FO Éducation et SUD Éducation appellent à la grève mardi 6 octobre face à la répression, en jonction avec la journée appelée par les organisations étudiantes. Ces appels constituent un point d'appui pour s'opposer à l'intense vague de répression policière et aux stratégies de « lock out » déployés par l'institution, et doivent désormais s'incarner sur le terrain, en tentant d'organiser la jonction entre élèves et personnels de l'Education, mais aussi avec l'ensemble des secteurs du mouvement étudiant et du monde du travail. Le gouvernement se montre de plus en plis fébrile face à la mobilisation dans les lycées : faisons-en le point de départ d'un vaste mouvement portant aussi bien les revendications de la jeunesse, que celles de l'ensemble des travailleurs.