Les lycéens montrent la voie : le mouvement étudiant doit faire bloc à leurs côtés !
Thu, 01 Oct 2026 00:01:10 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDepuis plusieurs jours, les lycéens montrent l'exemple, en bloquant leurs établissements avec une combativité remarquable, et une grande créativité politique. Alors que la répression s'abat sur eux avec brutalité, le Poing Levé appelle le mouvement étudiant à faire front à leurs côtés pour les protéger de la répression et élargir le mouvement.

Depuis une semaine, les lycéens montrent la voie. Les élèves de Saint-Exupéry à Créteil ont bloqué leur lycée contre leurs conditions d'études désastreuses, avant que des lycées du 93, 94 et 95 leur emboîtent le pas. En quelques jours, le mouvement s'est étendu à toute la France : Lille, Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Nice, Rennes, mais aussi Dijon, Niort, Le Mans... Et jusque dans des villes plus petites comme Cherbourg, Granville, Fumel ou Cagnes-sur-Mer. Le ministère de l'Intérieur recensait près de 180 lycées mobilisés ce lundi, et selon France Info, ils étaient au nombre de 416 ce mardi.
Un chiffre trois fois supérieur à celui durant la mobilisation du 10 septembre dernier, mais aussi à la réforme des retraites en 2023, avec en janvier de cette année, 200 lycées bloqués et 300 mobilisés. Et rien ne semble arrêter la dynamique : ce mercredi, le mouvement a été reconduit dans de nombreux lycées et a même continué de s'étendre à de nouvelles villes.
La Gen-Z montre la voie
En partant de la dénonciation de leurs conditions d'études désastreuses, du manque d'enseignants, du délabrement de leurs établissements et de l'absence d'avenir qu'on leur réserve, ils portent un discours politique plus large, qui se dirige contre le pouvoir en place. Entre dénonciation de la sélection et des profondes inégalités du système éducatif, mais aussi des violences policières, du racisme et de l'islamophobie d'État, en passant par le soutien à la Palestine, ils remettent en cause les plans du gouvernement concernant leur avenir. La Gen-Z lycéenne, c'est la rencontre de la radicalité des jeunes de quartier populaires mobilisés contre le meurtre de Nahel et la radicalité politique des mobilisations en solidarité avec la Palestine.
La remise en cause du « 8h-18h » témoigne quant à elle de la volonté de reprendre le contrôle sur un quotidien dominé par les transports, les cours, les stages, qui résonne avec un sentiment plus large dans la société d'enchainer les « métro-boulot-dodo ». Plus largement, les discours des lycéens articulent une synthèse politique d'une grande cohérence, qui parle au fond pour tous les secteurs de la société qui ne tirent pas profit de ce système en bout de cours, avec la créativité de la Gen Z. Sans jamais que le mouvement ne perde de son intensité politique, Spiderman peut décliner les revendications de la mobilisation pendant que Batman traverse les nuages de lacrymo pour assurer la jonction en trotinette électrique entre deux blocages.
Un terme, sans doute emprunté avec ironie aux profs, revient beaucoup devant les violences policières ou pour décrire les conditions d'études : « c'est inadmissible ». Si c'est inadmissible, c'est une évidence, il faut changer cela. En se mobilisant dans des centaines de lycées, et en rejoignant plusieurs manifestations ce 29 septembre aux côtés des étudiants, ils ont fait déborder cette journée routinière appelée par les directions syndicales. La radicalité et l'intelligence collective de la Gen-Z doivent inspirer tous les secteurs du mouvement social.
Alors que les classes dominantes souhaiteraient qu'on continue de discuter de la retraite à 65 ans et du port du voile dans l'espace public, les lycéens ont mis au cœur de l'actualité l'absence d'avenir qu'on leur réserve, et la colère sociale qui l'accompagne. D'Édouard Geffray à Gabriel Attal, en passant par Raphaël Glucksmann, les dirigeants politiques du pays ont été forcé de se positionner et de réagir face à l'ampleur et à la radicalité du mouvement. Les discours concernant « les instrumentalisations violentes des jeunes par des groupuscules extérieurs » sonnent faux face aux témoignages profondément politiques et courageux des jeunes mobilisés.
Les images à Saint-Ouen l'Aumône de ce policier qui tire une grenade à bout portant dans le visage d'un jeune de 14 ans, du lycéen touché à l'œil à Tours provoquent une profonde indignation dans le pays. Des jeunes de 14, 15, 16 ans se font mutiler au visage, blesser gravement, humilier, tabasser, car ils exigent un avenir digne. 164 interpellations lundi, 440 mardi, et jusqu'à 625 ce mercredi d'après le ministre de l'Intérieur : la répression du mouvement lycéen est tout bonnement hallucinante. Cette violence inouïe nous révolter et nous pousser à passer à l'action.
Cette répression nous rappelle à quel point cette jeunesse est sans cesse bâillonnée, humiliée, violentée. Les jeunes, notamment des quartiers populaires sont les premiers visés par les projets idéologiques répressifs et autoritaires du gouvernement. Celui-ci veut les envoyer servir ses intérêts impérialistes à l'armée, travailler pour le patronat français à des salaires toujours plus bas et dans des conditions terribles, et leur refuse toute forme d'expression politique. La sélection à l'école, avec la machine à tri social que représente Parcoursup, a également pour objectif de les faire taire et de les mettre en concurrence les uns et les autres. En réponse, c'est leur courage et leur créativité politique qui tranche et donne tort à tous ces objectifs.
Mais la répression violente déployée exprime aussi la fébrilité d'un gouvernement qui cherche à faire taire un secteur qui porte la colère sociale de nombreux secteurs de la population avec beaucoup de détermination. Alors que d'autres secteurs du mouvement social, à commencer par les étudiants, sont soumis à des contraintes pour se mobiliser similaires, le courage des lycéens doit les inspirer. Face au tri social organisé par Parcoursup et MonMaster et à la mise en concurrence sur le marché de l'emploi, mais aussi aux contraintes matérielles qui pèsent sur les jeunes, lycéens et étudiants, ils proposent une solution : relever la tête et s'organiser collectivement.
Face à la brutalité de la répression, le mouvement étudiant doit passer à l'action
Maintenant, la question est de savoir quelles sont les suites de ce mouvement qui a embrasé le pays. Comment en faire le point de départ d'une lutte plus large, qui participe à unifier les secteurs en colère contre les politiques austéritaires du gouvernement et la marche à la guerre ? Dans les prochains jours, le mouvement étudiant doit venir soutenir et appuyer les lycéens en colère sur leurs blocus, et surtout à les protéger de la répression. À Paul Éluard, les images de la chaîne humaine, composée d'enseignants, d'AED et d'étudiants de Paris 8 pour protéger les lycéens qui bloquent montre la voie à suivre pour s'affronter à la répression.
Une des tâches centrales du mouvement étudiant doit être de converger avec les lycéens pour les aider à faire face à cette répression qui ne s'arrêtera pas. Aux côtés des enseignants et du personnel d'éducation, nous devons faire bloc pour empêcher que la police tire au LBD ou enferme un seul des lycéens mobilisés. On ne peut pas laisser des jeunes de 14, 15 ans, se faire tabasser, humilier, et mutiler par la police. A ce titre, les directions des organisations syndicales, à commencer par celles des enseignants, si elles ont dénoncé la répression qui frappe leurs élèves, doivent construire de toute urgence une grève pour protéger les élèves. Comment enseigner si les élèves sont menacés de mutilation, de passage à tabac, d'interpellation ?
Dans cette tâche absolument centrale, le mouvement étudiant a un rôle à jouer. Les AED notamment, souvent étudiants, peuvent jouer le rôle de relai, d'artisans de la convergence politique profs-élèves et de constructeurs de la grève. Dans ce sens, la solidarité et l'auto-défense organisée à Minneapolis entre jeunes, enseignants et parents contre l'ICE de Trump est un exemple clair de la manière de s'affronter ensemble à la répression. Le mouvement étudiant doit converger vers les blocages et les lycéens réprimés, pour aider à faire front. À l'image du blocage qui a eu lieu ce mercredi 30 septembre à Rennes 2, les universités ouvertes par les étudiants mobilisés peuvent servir de base arrière pour sécuriser les lycéens face à la répression. Mais également accueillir leurs AG, des réunions de coordinations interlycées, des repas ou des moments sociaux et politiques.
La mobilisation lycéenne donne un avant-goût de ce que pourrait représenter la journée du 17 octobre, en faisant converger la colère autour de revendications contre le pouvoir et le système en place. Il faut s'atteler à préparer cette date, mais surtout à renforcer le mouvement lycéen actuel. Dans ce contexte, le rôle du mouvement étudiant est crucial. Mardi 29 septembre, l'université du Mirail à Toulouse était déjà bloquée pour chercher à construire ce lien. Le blocage a notamment opéré une jonction avec le lycée voisin et organisé un départ commun en manifestation dans un cortège jeune étudiants-lycéen. Plusieurs étudiants sont présents sur les blocus depuis plusieurs jours, et la jonction de ces deux secteurs a eu lieu dans plusieurs manifestations en France, mais leurs liens restent embryonnaires. Une jonction consciente et renforcée des étudiants et des lycéens, autour de revendications claires, peut faire changer la donne.
En ce sens, l'exemple de Rennes 2 qui appelle à bloquer la fac ce 1er octobre, est à multiplier. Les étudiants doivent bloquer leurs universités en revendiquant la fin immédiate de toutes les sanctions et la répression qui s'abattent sur les lycéens, et construire l'élargissement du mouvement. Pour élargir la mobilisation, les étudiants peuvent jouer un rôle de renforcement de l'auto-organisation, en proposant des assemblées générales dans leurs établissements, en proposant de tisser des liens et coordonner les actions entre plusieurs universités et lycées, en se liant aux travailleurs de l'université et des établissements scolaires.
Face à l'austérité et à la dégradation généralisée de nos conditions d'études, nous devons exiger conjointement des moyens pour l'éducation et pour l'université, pas pour la police ni pour l'armée. Alors que Laurent Nuñez et Sébastien Lecornu, responsables de nos conditions d'études catastrophiques, cherchent à détourner le regard et à justifier la répression violente, il faut exiger dès maintenant leur démission. Contre la réforme raciste « Bienvenue en France », qui veut rendre l'université payante d'abord aux étudiants étrangers, puis à l'ensemble des étudiants, et à toutes les mesures de sélection sociale dans les lycées, le mouvement lycéen et étudiant doit exiger l'abrogation de la sélection à commencer par les plateformes Parcoursup et MonMaster.
Le gouvernement et l'extrême droite mènent des politiques islamophobes en interdisant l'Abaya, et autoritaires en interdisant les téléphones portables pour masquer les fondements des problèmes, nous devons exiger au contraire l'abrogation de ces lois, la fin du 8h-18h, du Service national, et de toutes les mesures répressives visant à discpiliner la jeunesse. Tandis que le patronat veut nous exploiter toujours plus tôt au travail, dans des stages sous-payés et emplois précaires, on doit exiger d'obtenir le même salaire pour un travail égal, quel que soit notre statut, exiger un revenu étudiant à hauteur du SMIC financé par les grandes fortunes.
C'est cette stratégie et ce programme, qui repose sur la reconstruction d'un mouvement étudiant et lycéen révolutionnaire et auto-organisé que défendra Le Poing Levé dans cette dynamique de mobilisation naissante, comme il l'a fait à Paul Eluard lundi et dans des dizaines de lycées à travers le territoire mardi et mercredi. Au quotidien, les militants du Poing levé cherchent à construire la convergence entre les lycéens et les étudiants face à la répression. C'est en ce sens que nous avons participé à bloquer depuis le Mirail et de Rennes 2 en solidarité, appelons à généraliser les blocages étudiants partout dans le pays et à convoquer des Assemblées générales.
Pour que les lycéens l'emportent sur leurs revendications, il faut développer l'auto-organisation du mouvement lycéen, se coordonner entre établissements d'une même ville ou région pour assurer l'entre-aide face à la répression, construire la jonction avec les travailleurs de l'éducation nationale, les étudiants et plus largement tous les secteurs qui aspirent à se mobiliser, inspirés par la détermination des lycéens. Le mouvement lycée est riche en traditions, des AG de blocus aux assemblées inter-lycées, dont il faut s'inspirer pour qu'il se structrure, se prolonge dans le temps et éviter que le souffle de la mobilisation ne s'estompe.
Plus largement, les lycéens mettent le gouvernement sur la défensive et donnent un aperçu de la force de notre classe lorsqu'elle se met en mouvement, à rebours du pessimisme de ceux qui nous expliquent que rien ne sera possible dans la rue, et qu'il faut placer tous nos espoirs dans les élections. Au contraire, les lycéens expriment le mécontentement social profond qui règne dans le pays, entre la vie chère, les conséquences de l'austérité et un quotidien dominé par la contrainte, de subir les cours ou d'être exploité au travail pour un salaire qui ne suffit pas à vivre.
Dans le sillage des lycéens, les étudiants, les cheminots, les travailleurs de l'industrie, de la logistique, de l'éducation ou de la santé et l'ensemble de la classe ouvrière ont tout intérêt à se battre pour une autre société. C'est en ce sens que Le Poing Levé défend la candidature d'Anasse Kazib aux présidentielles de 2027, comme un outil pour construire l'unité de notre camp social et s'armer pour les nombreux combats qui émergent et se profilent à l'horizon. Les nombreuses assemblées ouvertes de campagne qui vont se tenir sur tout le territoire prochainement seront l'occasion de présenter le projet communiste et révolutionnaire que défend Le Poing Levé pour faire face à la situation.