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Grève à Radio France : les travailleurs montrent l'exemple pour barrer la voie à l'extrême droite

Wed, 30 Sep 2026 20:28:52 CEST

Révolution Permanente

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Après deux jours de grève votés à l'unanimité, les travailleurs de Radio France ont gagné le bras de fer qui les opposait à leur direction et obtenu l'écartement de l'éditorialiste d'extrême droite Charles Sapin. Une victoire pour l'ensemble de notre camp social, qui montre la force de la grève et de l'auto-organisation des travailleurs pour barrer la route à l'extrême droite.

Les 13 et 14 septembre derniers, deux jours de grève massivement suivis ont paralysé une large partie des programmes de Radio France. Le mouvement avait été voté à l'unanimité des salariés réunis en AG le 2 septembre, pour faire barrage à la programmation d'une chronique hebdomadaire de l'éditorialiste Charles Sapin, directeur adjoint du torchon raciste Valeurs Actuelles, condamné plusieurs fois pour incitation à la haine et injures racistes. Cet appel à la grève avait provoqué la colère de l'extrême droite et de ses relais – à l'instar de Pascal Praud fustigeant la mobilisation dans son édito sur CNews – dans la continuité de l'offensive des éditorialistes du groupe Bolloré contre l'audiovisuel public, et des menaces de privatisation agitées par le Rassemblement National.

Répondant aux grévistes dans les pages du Monde, la directrice de Radio France, Sibyl Veil, avait dénoncé une pseudo « chasse aux sorcières » et assumé le recrutement de Sapin en prétextant le pluralisme du service public. Pourtant, la PDG n'affichait pas les mêmes scrupules lorsqu'il s'agissait de limoger Guillaume Meurice pour une simple blague sur Netanyahu, ou de licencier un journaliste de France Info suite à une polémique de l'extrême droite, parce qu'il avait osé qualifier d'otages les palestiniens emprisonnés dans les geôles israéliennes.

Ces attaques n'ont pas entamé la détermination des grévistes qui, conformément à ce qu'ils avaient voté en Assemblée Générale, ont maintenu leur mouvement et tenu un piquet dès le 13 septembre. Le lundi 14 au matin, l'écrasante majorité des travailleurs de France Inter étaient en grève, ainsi que de nombreux autres collègues au sein du groupe médiatique, paralysant également les programmes de France Info, de France Culture, et du réseau Ici.

Malgré le poids considérable du rapport de force imprimé par la mobilisation, la direction a essayé de maintenir sa position pour donner des gages à l'extrême droite, dont elle instrumentalise depuis des années les menaces de privatisation pour imposer aux travailleurs une ligne éditoriale toujours plus droitière (avec par exemple le maintien à l'antenne de Sophia Aram, « humoriste » sioniste qui a dénoncé le mouvement des travailleurs de Radio France). La directrice de France Inter a également tenté de jouer les « bons flics » en proposant un « séminaire de discussions » sur la question du pluralisme.

Mais face à ces tentatives de pressurisation et de canalisation du mouvement, les travailleurs n'ont rien cédé. Comprenant que le rapport de force est le seul langage capable de faire plier la direction, ils ont balayé les tentatives de conciliation et déposé un nouveau préavis de grève pour le lundi suivant, menaçant de durcir le mouvement et de l'installer dans la durée. Effrayée par le risque de radicalisation et d'expansion de la grève, il n'a pas fallu longtemps pour que la direction redescende de son mépris. Elle a alors tenté un « compromis », proposant aux deux parties de remplacer la chronique matinale de l'éditorialiste par un débat contradictoire en soirée. Les travailleurs ont refusé, et Sapin a annoncé quitter son poste à la Maison de la Radio par voie de communiqué.

Après des années de reflux de notre camp social face aux avancées médiatiques de l'extrême droite, les travailleurs de Radio France nous offrent une victoire franche, doublée d'une leçon stratégique : face aux offensives du camp réactionnaire, il est possible de gagner à condition de se doter d'un plan à la hauteur. Si une décennie d'interpellation de l'Arcom ou du comité éthique de Radio France n'a rien donné, l'auto-organisation et la grève ont largement démontré leur efficacité.

Cependant, cette démonstration enthousiasmante ne doit pas nous faire oublier les tâches qui sont devant nous. Si l'on peut se féliciter de la victoire arrachée par la grève de Radio France, c'est sans nourrir aucune illusion dans un « retour à la normale démocratique et pluraliste », qui n'offre aucun débouché à la colère des travailleurs face aux cures austéritaires, ni à leur dépossession totale d'une ligne éditoriale sous contrôle du pouvoir.

Au contraire, cette démonstration doit servir de point d'appui pour les luttes à venir, qui devront nous permettre de transformer la victoire défensive des travailleurs de Radio France en plan de bataille offensif, pour un service public audiovisuel au service des intérêts de la majorité, sous contrôle des travailleurs et des usagers, lié à une lutte d'ensemble pour l'expropriation des patrons des grands médias.

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