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Madrid : après l'expulsion de Maricarmen, 87 ans, une mobilisation exemplaire face à la crise du logement

Wed, 30 Sep 2026 20:35:53 CEST

Révolution Permanente

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Après l'expulsion de Maricarmen, 87 ans, devenue le symbole de la crise du logement en Espagne, la mobilisation ne faiblit pas. Place de la Puerta del Sol, l'assemblée a décidé de maintenir le campement, alors que des dizaines de milliers de personnes s'y sont rassemblées mardi face aux menaces de l'extrême droite. Le mouvement prépare désormais l'encerclement du Parlement vendredi, jour du vote sur les décrets.

Cet article est a été traduit et adapté à partir d'un article initialement publié dans Izquierda Diario, journal frère de Révolution Permanente dans l'Etat Espagnol.

Mercredi 23 septembre, Maricarmen, 87 ans, était expulsée de son appartement madrilène, après l'avoir occupé pendant plus de 70 ans. Après des années d'harcèlement de la part de l'agence immobilière qui avait acquis son logement et avait augmenté le loyer mensuel de 275%, soit 2650 euros, l'octogénaire était sortie sur une civière de son appartement, escortée par la police, devant des centaines de manifestants présents pour protester contre l'expulsion.

Immédiatement, la retraitée est devenue le symbole de la crise du logement à travers tout l'Etat espagnol : explosion des loyers et du prix du m2 depuis plusieurs années. Les jours suivants, les rassemblements se multiplient : « Vous pourriez être la prochaine Maricarmen », lit-on sur certaines banderoles. Samedi, 300 000 personnes déferlaient dans les rues de la capitale espagnole contre les expulsions et pour des logements dignes. Depuis, une centaine de manifestants occupent la Puerta del Sol, monument touristique de Madrid, pour exiger des mesures à la hauteur de cette crise du logement. Depuis son lit d'hôpital, Maricarmen adresse un message à ce mouvement de solidarité d'une ampleur inédite : « Je vous demande à tous du courage, de vous battre, de défendre ce qui est à nous ».

C'est dans ce contexte que ce mardi, une assemblée massive avait lieu à la Puerta del Sol, quelques heures après le Conseil des ministres qui, de son côté, approuvait les deux décrets royaux sur le logement par lesquels la coalition gouvernementale de Pedro Sanchez tente de désamorcer le mouvement.

La réponse de l'assemblée aura donc été claire : la lutte continue, le campement reste. En effet, si le détail des décrets n'était pas encore connu, le mouvement pour le logement dénonçait déjà la division du projet de loi en deux textes. L'un d'eux laisse de côté les principales revendications du mouvement. L'autre, qui reprend la demande de renouvellement automatique des contrats locatifs, arrive au Parlement avec toutes les chances d'être rejeté. C'est pourquoi le gouvernement espagnol a avancé le vote à une séance plénière extraordinaire ce vendredi même, alors qu'il disposait de 30 jours pour le faire, réduisant ainsi au minimum la marge de manœuvre pour organiser une riposte.

Lors de l'assemblée place de la Puerta del Sol, Valeria Racu – militante pour le droit au logement – a salué la lutte du Syndicat des locataires (Sindicato de Inquilinas) et son « travail de fourmi » dans l'organisation. Elle a également souligné que c'était une grande victoire que Maricarmen puisse enfin rentrer chez elle, et d'avoir réussi à arracher certaines mesures au gouvernement. Le Syndicat des locataires propose de tout mettre en œuvre pour que les marches organisées dans différentes villes le week-end prochain soient massives. L'organisation a affirmé que « cela ne fait que commencer » et a appelé les personnes présentes à manifester ce samedi. Elles ont également souligné qu'il ne fallait pas s'attacher à « une tente », mais à « une lutte » pour la défense des locataires. Elles ont insisté sur la nécessité de rester vigilant quant au texte des décrets afin que « rien ne passe par les failles par lesquelles les escroqueries des bailleurs nous ont toujours été imposées ».

De son côté, Lucía Nistal, chercheuse à l'Université de Madrid et militante à la CRT – organisation sœur de Révolution Permanente dans l'Etat espagnol, a défendu qu'il fallait désormais s'atteler à intensifier la mobilisation. C'est elle qui a proposé d'encercler le Parlement vendredi lors du vote, afin qu'il soit impossible pour les parlementaires de faire échouer le décret sans en payer le prix fort. Elle appelaient également tous les syndicats à préparer un plan de lutte et une grève générale. Cette proposition a trouvé un écho favorable auprès de la foule, qui a répondu par l'un des slogans les plus entendus ces derniers jours : « Grève, grève, grève générale ». Lucía Nistal a souligné que les principales revendications du mouvement pour le logement ne sont pas prises en compte : il n'y a pas de baisse des loyers, ni d'expropriation des logements vacants détenus par les banques et les spéculateurs. Les intérêts des grands propriétaires restent intacts, tandis que la classe ouvrière reste incapable de payer un loyer.

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« No pasaran ! »

La journée de mardi a également été marquée par les provocations de l'extrême droite. Au cours de la journée, des menaces émanant de groupes tels que Desokupa et Núcleo Nacional ont circulé, annonçant qu'ils viendraient évacuer le campement « à coups de pied ». La réponse ne s'est pas fait attendre. Immédiatement, des dizaines de milliers de personnes se sont rendues à la Puerta del Sol. Au fur et à mesure que l'après-midi avançait, la place s'est remplie jusqu'à être bondée.

À minuit, des milliers de personnes étaient encore là, scandant « les antifascistes sont là ». L'extrême droite ne s'est pas manifestée. Ceux qui cherchaient à intimider un mouvement réclamant quelque chose d'aussi fondamental qu'un toit se sont retrouvés face à une place débordante et déterminée à se défendre.

Ce n'est pas un hasard si ces groupes choisissent ce moment pour tenter d'attaquer. Depuis des semaines, ils encouragent des discours racistes et mènent des campagnes contre « l'occupation », qui visent toutes le même objectif : pointer du doigt les victimes de la crise du logement et protéger ceux qui s'en enrichissent, à savoir les grands propriétaires fonciers. La place a répondu sans ambiguïté : « Les envahisseurs, ce sont les investisseurs ».

La mobilisation continue

Le rendez-vous est désormais fixé à vendredi. Pendant que les députés voteront, le mouvement pour le logement encerclera le Parlement. Ce week-end, par ailleurs, des manifestations sont prévues dans tout le pays.

Sur place, les militants du CRT écrivent : « Quoi qu'il arrive vendredi, nous savons que cela ne résoudra pas la crise du logement. Aucun des décrets ne s'attaque aux fondements du système : pas de gel des loyers, pas d'interdiction des expulsions sans solution de relogement, ni d'expropriation des logements vacants appartenant aux banques et aux fonds d'investissement. C'est pourquoi la question qui anime la Puerta del Sol est de savoir comment rassembler la force nécessaire pour tout arracher. Maricarmen a allumé l'étincelle, il faut poursuivre la lutte ».

Crédits photo : Izquierda Diario

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