93 % de grévistes à la centrale de Paluel : les énergéticiens déterminés à lutter contre la casse sociale
Wed, 30 Sep 2026 20:44:42 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalLe 15 septembre 2026, les énergéticiens de la centrale de Paluel se sont mis en grève contre les annonces du gouvernement, après la publication des recommandations de la Cour des comptes qui appelle à détricoter les acquis des énergéticiens pour accélérer la libéralisation d'un secteur anciennement monopole d'État.

Après la publication d'un rapport de la Cour des comptes en juillet 2026, qui préconise de s'attaquer au statut des énergéticiens et à certains de leurs acquis, l'intersyndicale de l'énergie (FNMECGT, CFE Énergie, FO Énergie et Mines, FCE-CFDT) a décidé d'appeler à une grève mardi 15 septembre. Les salariés de la centrale nucléaire de Paluel, en Seine-Maritime, ont répondu massivement à l'appel : 93% de grévistes à Paluel sur les 1500 statutaires. En parallèle, les assemblées générales ont réuni entre 200 et 300 personnes. Un chiffre supérieur à la moyenne nationale d'environ 75%.
Les attaques du gouvernement suivent les 13 recommandations de la Cour des comptes qui considère que les conditions de rémunérations et de travail des agents prévues par le statut Industries Électriques et Gazières (IEG) coûteraient trop cher à EDF. En effet, la Cour des comptes veut attaquer à la grille conventionnelle, à limiter la revalorisation des salaires, à poursuivre la dynamique de suppression des emplois organiques au profit de statuts précaires, mais aussi à affaiblir les obligations de l'employeur en matière de santé et sécurité.
La Cour vise également le tarif agent qui réduit la facture d'énergie des salariés statutaires et retraités des IEG. Un acquis de 1946. Cette attaque s'inscrit dans la continuité des mesures qui visent à accélérer la libéralisation du marché de l'énergie depuis les années 2000, ancien monopole d'État, et de la volonté de la Cour des comptes et de l'État de rendre EDF « plus concurrentielle », dans le cadre d'un secteur ouvert aux logiques de marché. Aujourd'hui, l'État utilise aussi l'argument de la dette d'EDF pour mettre en cause le tarif agent.
Cibler les acquis des énergéticiens, c'est passer sous silence à quel coût est produit l'électricité, et à quel prix elle est revendue aux consommateurs du pays. La TVA, impôt inéquitable par excellence, sur le gaz et l'électricité est passée de 5,5% à 20% au 1er août 2025.
Lors des assemblées générales, les travailleuses et les travailleurs ont exprimé leur profond attachement au tarif agent qu'ils considèrent comme un acquis social majeur. Mais ils ont également exprimé leur colère face à la dégradation des conditions de travail et à la précarisation du statut. Le nombre de sous-traitants qui viennent travailler sur le site de Paluel est immense. Ces sous-traitants sont réquisitionnés lors des changements dans la demande en énergie. Le site EDF passe alors de 1500 salariés à 5000.
Dans ce milieu, on appelle ces sous-traitants les « nomades du nucléaire ». Dans ces phases de travail intense, la tâche des statutaires est souvent de surveiller le travail des sous-traitants. Un fonctionnement aliénant que dénonce la CGT qui appelle à réintégrer ces tâches dans le travail des agents statutaires et à créer un statut d'énergéticien pour tous les travailleurs du secteur qui brise la division entre statutaires et sous-traitants.
Les négociations de l'intersyndicale avec Maud Bregeon, ministre déléguée chargée de l'énergie, et l'ultimatum que les directions syndicales ont adressé à Lecornu en restent pour l'instant à une logique d'interpellation. Elles ne posent pas la question de la nécessité de construire d'un rapport de forces face à un gouvernement radicalisé qui aspire à imposer 54 milliards de coupes austéritaires dans le budget 2027. De même, en défendant surtout le tarif agent, elles se concentrent sur la seule mesure sur laquelle le gouvernement pourrait lâcher du lest et ne s'affrontent pas à l'ensemble des mesures de libéralisation du secteur de l'énergie. Or, face à la flambée du prix de l'essence et l'inflation généralisée, aux attaques austéritaires du gouvernement, et la colère généralisée qu'elles engendrent, les énergéticiens peuvent porter des revendications vitales et urgentes pour l'ensemble de la population.
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