Inondations dans le sud : une catastrophe climatique aggravée par le gouvernement
Wed, 30 Sep 2026 20:48:27 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalCe mercredi 30 septembre, le Gard et l'Hérault sont placés en vigilance rouge pluie-inondation sous un épisode méditerranéen exceptionnel. Des centaines de millimètres sont déjà tombés, les cours d'eau débordent, les routes sont coupées. Une fois de plus, les autorités ont laissé la population s'exposer au danger pour préserver l'activité économique.

Dans le Gard, à Saint-Hippolyte-du-Fort, plus de 335 mm ont déjà été relevés. À Colognac, on approche les 300 mm. Le Vidourle est sorti de son lit à Saint-Hippolyte-du-Fort, Quissac et Sauve. Dans l'Hérault, le fleuve monte rapidement à Laroque et le Lez est passé en vigilance rouge crues. Routes inondées, axes ferroviaires interrompus, bus et tramway suspendus dans la métropole de Montpellier : les transports sont à l'arrêt. Les transports scolaires ont été suspendus et des établissements ont fermé dans les deux départements.
Ces intempéries rendent particulièrement concrètes les revendications portées par les lycéens lors des blocus de ces derniers jours. À Montpellier, plusieurs établissements avaient été bloqués les 28 et 29 septembre pour dénoncer le manque de moyens et la dégradation des conditions d'études. Au lycée Jean-Jaurès de Saint-Clément-de-Rivière, des élèves filmaient aujourd'hui un pan de plafond qui s'effondre et l'eau qui s'infiltre dans les salles. Pendant qu'ils dénoncent des établissements mal entretenus, certains se retrouvent à filmer leur lycée en train de prendre l'eau.
Ce mercredi 30 septembre au matin, ce sont des milliers d'élèves, de professeurs et de personnels de l'Éducation nationale qui se sont retrouvés sans directives claires. Alors que l'alerte rouge était prononcée pour un épisode cévenol particulièrement important, la fermeture des écoles, collèges et lycées n'a été annoncée que tardivement. Plusieurs entreprises privées ont conseillé le télétravail au dernier moment. Une alerte a été envoyée sur les téléphones des Montpelliérains… à presque 8 heures, au moment où les élèves étaient déjà devant les établissements et les travailleurs déjà sur la route.
À Montpellier, c'est aussi de l'eau dans les couloirs du CHU, de l'eau qui tombe des plafonds, de l'eau qui s'infiltre dans les habitations... Ce sont également 6 000 logements insalubres et 40 000 logements « potentiellement indignes », sans compter les près de 3 000 personnes sans-abri. À Saint-Aunès, c'est même une adolescente de 16 ans qui a été blessée après un impact de foudre.
Ces images ne sont pas seulement celles d'un épisode violent. Elles s'inscrivent dans un climat qui se dérègle, où les pluies extrêmes deviennent plus fréquentes et plus intenses. Météo France indique que les épisodes méditerranéens dépassant 200 mm en 24 heures sont aujourd'hui deux fois plus nombreux qu'au début des années 1960. Sur la période 1961-2025, leur fréquence a augmenté de 50 % et leur intensité de 11 %. Un épisode méditerranéen peut faire tomber en quelques heures l'équivalent de plusieurs mois de précipitations. Avec le réchauffement, une atmosphère plus chaude contient davantage de vapeur d'eau, ce qui intensifie les pluies. La Méditerranée elle-même se réchauffe, renforçant l'évaporation.
Les aléas climatiques et leur multiplication sont le produit d'un dérèglement climatique qui s'aggrave dans un système économique où les choix de production et d'investissement restent soumis à la recherche du profit. Alors que TotalEnergies a réalisé 11,2 milliards de dollars de bénéfice net au premier semestre 2026, en hausse de 72 % sur un an, les sommes et les moyens mobilisés pour préserver les profits des grands patrons restent sans commune mesure avec ceux consacrés à la protection des populations et à la transformation de nos modes de production.
Face à ces choix qui placent les profits avant les vies, il faut opposer une autre logique : celle d'une population qui s'organise collectivement pour faire face aux catastrophes, sans attendre que les autorités décident au dernier moment qui doit rester chez soi et qui doit aller travailler. Dans l'État espagnol, à Valence, après les inondations de 2024, des milliers de volontaires se sont mobilisés pour venir en aide aux sinistrés, nettoyer les rues et distribuer du matériel.
Cette solidarité à la base peut être le point de départ d'un rapport de forces en faveur de la population : pour que la protection passe avant les profits, pour imposer une véritable adaptation au changement climatique et pour engager les transformations nécessaires pour stopper le réchauffement, en reprenant aux patrons le contrôle sur les décisions qui déterminent nos conditions de vie.
Crédits photo : Capture d'écran France TV