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Pisa 2025 : Geffray veut masquer les bilans de dix années d'austérité sur l'école

Wed, 30 Sep 2026 20:50:43 CEST

Révolution Permanente

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Depuis le 8 septembre et la publication de l'étude PISA 2025, les réactions se multiplient de la part des éditorialistes et du ministre de l'éducation Édouard Geffray pour chercher un bouc émissaire. Un tentative pour masquer les bilans de 10 ans d'austérité sous Macron et pour maintenir le cap de l'école à deux vitesses.

La publication le 8 septembre dernier des résultats de PISA 2025, dans lesquels la France affiche ses résultats les plus bas depuis le début de la mesure internationale en 2000, a produit une véritable onde de choc parmi les médias mainstream et les classes dominantes. La France perd en effet une place au classement et apparait désormais 27e, loin derrière la Chine, qui occupe la première place, mais aussi derrière le Royaume-Uni, classé 14e en 2022 et désormais 8e, et l'Allemagne, classée 25e en 2022 et désormais 23e. L'école du capitalisme français ne semble ainsi plus à même de fournir une main d'œuvre disposant des compétences requises par le marché, et apparait dépassée par ses concurrents.

Les écrans, les parents, les profs… Le ministre et les éditorialistes à la recherche de boucs émissaires

Loin de tirer les bilans de d'une décennie d'austérité, le ministre de l'Éducation a préféré insister sur la surexposition aux écrans et le « recul de l'implication des parents dans le suivi scolaire », avançant la proposition lunaire de « donner des listes de lecture aux parents » pendant les vacances. Après les 4000 suppressions de postes enseignants de 2026 et l'annonce récente par Lecornu d'une nouvelle coupe budgétaire de 54 milliards d'euros, le gouvernement compte bien poursuivre son projet de destruction méthodique de l'école publique.

De leur côté, les chiens de garde médiatiques n'ont pas attendu longtemps avant de chercher des boucs émissaires, à l'instar du directeur de la publication Nicolas Beytout qui voit dans les profs le bouc émissaire idéal pour expliquer la crise de l'école. Mais c'est de manière plus inquiétante encore que les économistes du Conseil d'analyse économique de Matignon avaient publié début septembre, quelques jours avant la publication des résultats de Pisa, un programme promettant la standardisation des cours grâce à des manuels labellisés et l'imposition d'une pédagogie officielle. Là encore, c'est la mauvaise pédagogie des enseignants qui est pointée du doigt, préparant le terrain à de futurs offensives sur la liberté pédagogique des enseignants, et à un verrouillage toujours plus autoritaire des programmes par l'État.

Une étude qui reflète surtout les effets de dix ans d'austérité et de Macronie sur l'école

Si Geffray ose affirmer contre toute évidence que les enfants évalués n'ont connu « quasiment aucune des réformes menées depuis 2017 » ces derniers avaient au contraire 15 ans en 2025 au moment de l'étude, et sont donc entrés au collège en 2021, quatre ans après la première élection de Macron. Ce sont donc bien les bilans de la politique éducative de la Macronie qui est ici mesurée, de ses 8 ministres successifs ainsi que de ses 10 000 postes d'enseignants supprimés depuis 2017. Ce qui fait de la France le pays avec les enseignants parmi les moins bien payés d'Europe, avec le nombre d'élève par classe parmi les plus élevés, et où quasi 10% des heures de cours du second degré sont perdues faute de remplacement.

Dans les dernières études, les résultats de la France reflétaient avant tout l'élitisme de son système scolaire, avec de bons résultats pour les élèves favorisés et de mauvais pour les élèves défavorisés (laissant paraître par-là le caractère chimérique de la fable de l'égalité des chances), faisant de la France un des pays de l'OCDE où l'origine sociale a le plus d'impact sur les réussites scolaire des enfants. Cet écart reste très élevé en 2025 [1]. Il reste toutefois légèrement moins important comparativement au précédent rapport, du fait d'une baisse des scores des élèves favorisés.

Cette baisse du niveau des « élites » inquiétait déjà l'ex-ministre de l'Éducation Gabriel Attal. Celui-ci s'était efforcé de renforcer l'école à deux vitesses en mettant en place les groupes de niveau en 6e et 5e qui condamnait les élèves défavorisés à l'échec en cherchant à sauver les plus riches.

L'étude PISA, une mesure de l'adéquation entre l'école et le marché du point de vue des classes dominantes

L'enquête du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (Pisa) est une étude internationale dirigée par l'OCDE auprès d'élèves dans le domaine de l'éducation. Elle se donne pour objectif, d'après Education.gouv.fr, de « mesurer l'efficacité des systèmes éducatifs » en « comparant les performances des élèves […] pour comprendre ce qui les prépare le mieux à la vie d'adulte ». Utilisée entre autres par la Commission européenne pour justifier ses prescriptions aux États membres, l'étude se concentre sur l'apprentissage des compétences en lecture, en mathématiques et en sciences, jugées indispensable à l'employabilité des futurs travailleurs. Autrement dit, elle mesure la capacité des élèves à répondre aux besoins du « marché du travail », et in fine, à ceux du patronat. Il n'est pas surprenant dès lors qu'une telle chute dans les résultats suscite l'émoi jusque dans les plus hautes sphères de l'État, car cela montre que la machine devant fournir une main d'œuvre exploitable au patronat semble rouillée.

Entre autres tentatives d'explications diverses, l'austérité et le manque de moyens n'ont pu être éludées par l'étude Pisa. Celle-ci se contente cependant d'évoquer cette cause centrale de la dégradation de l'enseignement en mesurant le manque perçu de personnel par les directions d'établissement, selon lesquels 45 % des élèves en France sont scolarisés dans des établissements où l'enseignement est affecté par un manque perçu de personnel enseignant et 47 % pour le manque perçu de personnel auxiliaire. On peut se demander quel serait le niveau ce manque perçu pour les élèves et les personnels ?

Si peu de chiffres sont avancés pour mesurer l'état de santé des élèves, et que ceux-ci sont infantilisés à force de chiffres sur l'expositions aux écrans et à l'IA, l'étude montre pourtant des élèves curieux d'apprendre, dont 75 % disent s'intéresser à beaucoup de choses ! Dès lors, si 26 % estiment que l'école a été une perte de temps c'est peut-être que l'institution scolaire, dont l'autoritarisme s'est encore renforcé ces dernières années, à coup d'incitations au « signalements », de contrôle de sacs devant les établissements et d'interdictions en tout genre, montre son incapacité à permettre une libre expression des possibilités en sommeil dans la jeunesse.

Le « choc Pisa » appelé à devenir un prétexte de plus pour renforcer une école à plusieurs vitesses, toujours plus répressive

Dans un contexte international de crise du capitalisme mondial et de préparation à la guerre des principales puissances impérialistes, dont les budgets militaires ne cessent d'augmenter, les tentatives pour rendre l'école plus adaptée aux besoins des entreprises, et en premier lieu du grand patronat, mais aussi d'un État en pleine marche à la guerre, passe par l'accélération d'une école à deux vitesses et par la privatisation.

Une proposition de loi Brisson adoptée en avril 2023 par le Sénat veut ainsi créer des établissements publics sous contrat avec l'État échappant aux règles imposées à l'enseignement sous contrat actuel et pourrait être mise à l'ordre du jour lors du prochain quinquennat. Ces établissements seraient gérés par des managers, embaucheraient leurs enseignants et fixeraient leur salaire.

Dans un interview au journal [Le Monde]->https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/09/08/pisa-2025-pour-le-ministre-de-l-education-edouard-geffray-on-aurait-du-s-interroger-plus-tot-sur-les-mesures-a-prendre-pour-le-college_6768164_3224.html?srsltid=AU7gw4XT5UCsUtHEecawwKnO62CjtPLfOwlQoC1nB-B0YZA2CtZgRcav, le ministre de l'éducation nationale n'hésite pas à évoquer « l'autonomie » des établissements et à torpiller le collège unique, en prenant PISA pour prétexte. « Je constate qu'on n'a jamais autant parlé de personnalisation des parcours mais que notre collège est complètement monolithique. Sans remettre en cause le collège unique, je pense que l'on devrait utiliser la baisse démographique pour redonner une marge d'autonomie aux établissements »

Loin d'être un changement de braquet donc, les premières déclarations du ministre vont aussi dans le sens d'un renforcement des mesures visant à restreindre les libertés des élèves, avec, en première ligne, les téléphones portables et les réseaux sociaux. Alors que la Macronie a vu retoquée par le Conseil constitutionnel sa tentative d'interdiction des réseaux sociaux, on peut se douter que les résultats de PISA sont appelés à devenir [un argument pour remettre une pièce dans la machine-> https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-info-de-france-inter/enquete-pisa-edouard-geffray-deplore-une-destruction-cognitive-provoquee-par-les-portables-et-les-reseaux-sociaux-7455131.

Ni PISA, ni Macron : dénoncer et lutter contre une institution scolaire au service du patronat

Contre l'école à deux vitesses voulue par les classes dominantes, il faut défendre avec force le droit à l'éducation pour chaque enfant. Cela implique non seulement un investissement massif dans les écoles, mais aussi de s'affronter aux causes structurelles de reproduction des inégalités économiques par le système capitaliste. Contre une école qui ne jure que par « l'employabilité » et la soumission au patronat de la jeunesse, il faut défendre la fin des notes et des examens qui y sont associés et la mise en place d'une école unique, de la maternelle au lycée, combinant enseignement général et technique, pour tous les élèves sans distinction, ainsi que la liberté pédagogique pleine et entière pour les enseignants !

Imposer ces investissements dans les services publics massifs ainsi que nos revendications ne passera que par une mobilisation dure et large, qui refuse la préparation à la guerre et défend un autre projet de société pour la jeunesse. La date de grève du 29 septembre appelée par les syndicats de la fonction publique contre les offensives récentes peut en cela être un point d'appui pour construire une mobilisation massive, qui se poursuive ens'appuyant sur la date du 17 qui émerge contre l'inflation des prix du carburant.


[1] Les 25 % supérieurs de l'échelle du statut socio-économique devancent les 25 % inférieurs de 100 points en sciences, un écart supérieur à celui observé en moyenne entre ces deux groupes dans les pays de l'OCDE (85 points)

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