Retour

29 septembre : les lycéens montrent la voie pour mettre en mouvement la colère !

Wed, 30 Sep 2026 16:37:53 CEST

Révolution Permanente

Ouvrir l'original

Ce 29 septembre, ce sont les lycéens qui ont donné le ton. Face à une journée fonction publique routinière, malgré la mobilisation remarquée des pompiers et des personnels de l'éducation, leur révolte, partie des quartiers populaires et étendue à plus de 400 lycées, montre la voie. Le mouvement ouvrier doit se tenir à leurs côtés contre la répression, et en faire le point de départ d'un plan de bataille sérieux.

Ce mardi 29 septembre, les travailleurs de la fonction publique étaient appelés à la grève par une large intersyndicale. La date avait tout d'une journée routinière des directions syndicales pour donner le change à quelques jours de la présentation du budget Lecornu et de ses 54 milliards d'euros d'économies. Mais deux éléments sont venus en changer la couleur. Dès l'été, l'annonce de la participation des pompiers a donné à la journée un caractère plus combatif, mettant en lien la crise climatique, sa gestion catastrophique par le gouvernement et la casse volontaire des services publics. Surtout, un élément bien moins prévisible et bien plus détonant s'est invité dans la journée : la mobilisation des lycéens, qui s'est lancée il y a une semaine et qui s'est répandue sur l'ensemble du territoire.

Une mobilisation lycéenne dynamique

L'impressionnante détermination des lycéens a montré toute la radicalité qui pourrait s'exprimer dans la situation actuelle. En quelques jours, le mouvement a changé d'échelle. Le ministère de l'Intérieur recensait près de 180 lycées mobilisés lundi, selon France Info ils étaient au nombre de 416 ce mardi. Un chiffre nettement plus important que lors du 10 septembre dernier. Surtout, la mobilisation déborde désormais largement l'Île-de-France : Lille, Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse, Nice, Rennes, mais aussi Dijon, Niort, Le Mans... Et jusque dans des villes plus petites comme Cherbourg, Granville, Fumel ou Cagnes-sur-Mer. En Gironde par exemple, des lycées de Pessac, Talence ou Créon ont aussi bloqué. À Marseille, au moins huit lycées étaient bloqués dès le matin, de Saint-Charles à Marseilleveyre en passant par Diderot et la cité scolaire Jacques Chirac. Les lycées de quartiers populaires restent à l'avant-garde de la mobilisation, avec des blocages à Saint-Denis, Drancy, Sevran, Sarcelles, Villeurbanne.

Tout le contraire de ce qu'espérait le gouvernement. Tous les moyens ont été utilisés pour tuer dans l'œuf la mobilisation lycéenne. Lundi soir, Laurent Nuñez revendiquait 164 interpellations. Le gouvernement affirmait être prêt à faire « usage de la force » contre les blocus. Mardi, à la mi-journée, le ministère de l'Intérieur a revendiqué pas moins de 440 interpellations. Sébastien Lecornu est allé jusqu'à relayer une fausse information sur une attaque à l'acide pour criminaliser les lycéens et justifier leur répression. Le fait que la mobilisation s'étende nationalement malgré cette offensive du gouvernement est déjà une victoire pour le mouvement lycéen.

De fait, la mobilisation et le discours éminemment politique des lycéens montre comment les différents sujets de mal-être dans le pays pourrait converger et former un mouvement d'ensemble. Partie d'un lycée de Créteil puis étendue au 93, au 94 et au 95, la mobilisation dénonce les classes surchargées, les journées de 8h à 18h, Parcoursup et des locaux parfois insalubres. À Lille, une lycéenne raconte que les cours de spécialité comptent désormais 38 élèves au lieu de 26. Mais très vite, les revendications ont dépassé les murs des établissements. A Sarcelles, une élève résume : « Vous armez le pays et désarmez notre avenir ». Ailleurs, les lycéens dénoncent aussi le racisme, l'extrême droite ou le génocide en Palestine. La dénonciation des violences policières, dont ils font l'objet à chaque blocus, est omniprésente. La colère de toute une jeunesse qui s'exprime, face à l'absence d'avenir que lui réservent des années d'austérité et la militarisation du pays, et qui s'est d'ailleurs poursuivie ce mercredi dans de nombreuses villes.

Une journée de mobilisation en demi-teinte du mouvement ouvrier

Du côté des syndicats, la journée du 29 septembre est restée en demi-teinte. Selon la CGT, 300 000 manifestants ont défilé dans tout le pays, dont 70 000 à Paris. Le syndicat en a également recensés 30 000 à Marseille, 11 000 à Toulouse, 10 000 à Lille et à Bordeaux, 8 000 à Lyon et à Orléans. Les taux de grève confirment une journée en deçà de la colère présente dans le pays : selon le ministère, près de 10 % des agents de la fonction publique d'État étaient en grève. Dans l'Éducation nationale, le chiffre officiel est de 13,71 %, avec 15 % dans les écoles et collèges, 10 % dans les lycées généraux et technologiques et 7,75 % seulement dans les lycées professionnels.

Derrière ces moyennes, pourtant, certains secteurs tranchent nettement. Dans le second degré, le SNES-FSU revendique « un peu plus » de 38 % de grévistes. Même d'après les chiffres du ministère, les personnels de vie scolaire, AED et CPE, dépassent les 27 %. Surtout, ce sont les pompiers qui ont imprimé une autre dynamique à la mobilisation. Alors qu'un campement est organisé sur le champ de mars depuis le début de la semaine, ils étaient 8 000 dans le seul cortège parisien selon la préfecture, après plusieurs jours de mobilisation où certaines casernes affichaient jusqu'à 100 % de grévistes selon le syndicat Avenir Secours. À Paris comme à Toulouse, ce sont surtout les cortèges de tête, où se retrouvaient lycéens, étudiants et pompiers, qui ont exprimé une réelle radicalité et posé un autre ton face au gouvernement.

Le contraste entre la radicalité de la jeunesse et la tiédeur de la journée dit l'essentiel : les taux de grève sont très en deçà de la colère qui traverse le pays. Comme le reflète par exemple un sondage Elabe publié le 16 septembre, 66 % de la population serait favorable à un retour des Gilets jaunes. 40 % des sondés déclarent s'être privés de certains produits alimentaires ces derniers mois, et 85 % estiment que la hausse du carburant pèse directement sur leur budget. La colère est là, massive et profonde. Ce contraste n'a rien d'un hasard : il est le produit direct de la stratégie des directions syndicales. Le 29 septembre avait été pensé comme une journée sectorielle de plus, sans préparation réelle sur les lieux de travail ni plan de suite. Avec un objectif modeste : peser sur les arbitrages du budget présenté jeudi, et « lancer un message aux candidats à la présidentielle », selon la responsable CFDT Laure Revel. En clair, une stratégie de pression sur le modèle de celles qui ont échoué ces dernières années. Pas de quoi construire une dynamique de mobilisation à la hauteur.

Face à la colère : la nécessité de soutenir les lycéens et d'un plan qui aille au-delà de la routine des directions syndicales !

Alors que l'urgence sociale s'accélère, avec des millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté et qui peinent à boucler les fins de mois, la colère des lycéens montrent qu'il est possible de construire autre chose que des mobilisations routinières. Comme le disait ce mardi Elsa Marcel sur BFM TV, « on vivrait mieux dans ce pays si tout le monde luttait comme les lycéens ». En parallèle, le phénomène autour du « 17 octobre » sur les réseaux sociaux témoigne également d'une colère très large autour du prix du carburant et du coût de la vie. Pourtant, face à ces dynamiques, les directions syndicales ne proposent rien d'autre que la routine. Après la mobilisation d'hier, Sophie Binet a promis que la mobilisation continuerait « tant que les revendications n'ont pas été entendues », en appelant le gouvernement à renoncer au gel du point d'indice et posé un ultimatum au gouvernement de 48 heures pour « revoir son budget ». Une façon de botter en touche sur la suite de la mobilisation, alors que l'heure devrait être à proposer des perspectives concrètes pour élargir le mouvement et renforcer son pôle le plus dynamique.

Si le gouvernement s'acharne sur les lycéens, c'est qu'il sait que leur révolte peut devenir le point de ralliement de toutes les autres, c'est donc là que tout se joue aujourd'hui. Laisser les lycéens seuls face à la police puis l'acharnement judiciaire à venir, c'est laisser le gouvernement briser le secteur le plus combatif de cette rentrée sociale et envoyer un message d'intimidation à tous ceux qui voudraient relever la tête. À l'inverse, se tenir à leurs côtés, c'est poser la première pierre de l'alliance entre la jeunesse et le monde du travail que le pouvoir redoute tant. C'est pourquoi la défense des lycéens doit devenir l'affaire de tout le mouvement ouvrier, à commencer par les organisations syndicales. Cela commence par exiger la relaxe immédiate de tous les réprimés et l'abandon de toutes les poursuites à leur encontre, mais aussi par se mobiliser devant les lycées et les commissariats, pour que plus aucun lycéen ne se retrouve seul face aux gaz et aux matraques. Les personnels de Paul Eluard ont montré la voie. Une enseignante en grève depuis trois jours explique : « on est en grève pour la sécurité de nos élèves mais aussi parce qu'on partage leurs revendications ». Dans le Val-d'Oise, élèves, parents et enseignants se sont retrouvés en assemblée générale pour discuter ensemble des suites du mouvement. Ce sont ces formes d'auto-organisation et de solidarité qu'il faut étendre partout.

Ce soutien aux lycéens pourrait être un point d'appui pour donner des perspectives immédiates à l'ensemble du mouvement ouvrier. Celles-ci doivent s'accompagner de la construction d'un programme capable de répondre à l'ensemble de la crise sociale et d'unifier toutes les colères : celle des lycéens, des fonctionnaires, des pompiers, des étudiants qui se battent contre la sélection et « Bienvenue en France 2.0 » mais aussi de tous ceux qui étouffent sous le prix de l'essence et le coût de la vie. Cela passe par la baisse et le blocage des prix du carburant, l'augmentation générale des salaires et leur indexation sur l'inflation, l'interdiction des licenciements et un investissement massif dans les services publics. Pour financer ces mesures, il faut aller chercher l'argent là où il est. TotalEnergies a engrangé 11,2 milliards de dollars de bénéfices en six mois en profitant de la guerre : il faut l'exproprier, sans indemnité ni rachat, pour garantir une baisse durable des prix. Mais un tel programme qui permettrait d'articuler les différents secteurs doit aller de pair avec un plan qui offre des perspectives autre qu'une nouvelle date isolée ou que des mobilisations sectorielles. Dans chaque syndicat, sur chaque lieu de travail, c'est ça que devrait exiger les syndicalistes et les travailleurs.

Crédit photo : O Phil des contrastes.

/ / / / / / / / /