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Montpellier. L'État veut couper 8% du budget de l'hébergement d'urgence alors qu'un SDF meurt tous les 11 jours

Wed, 30 Sep 2026 20:08:16 CEST

Révolution Permanente

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Cette semaine à Montpellier, Peter, 77 ans, est décédé sous la bâche qui lui servait d'abri. Une mort qui vient s'ajouter aux nombreux décès provoqués par un été caniculaire de manière tragique. Pendant ce temps, les expulsions continuent, la mairie se félicite de sa politique sur le logement et l'État se prépare à couper 8% du budget de l'hébergement d'urgence !

Cet été caniculaire a été particulièrement meurtrier à Montpellier. Malgré les alertes des associations, qui rendaient un hommage aux personnes sans-abri mortes dans la rue le 7 mars 2026, la mairie n'a pris aucune mesure à la hauteur de la crise sociale qui frappe la ville depuis des années : selon le Collectif citoyen contre le sans-abrisme et le DAL Montpellier, 34 personnes sans-abri sont mortes à Montpellier en 2025. Une personne tous les 11 jours.

« 26 ans, c'est trop jeune pour mourir »

Le 30 juin, un homme d'une soixantaine d'années a été retrouvé mort à Carnon-Plage, non loin de Montpellier, alors que les fortes chaleurs touchaient déjà le département. Le 18 juillet, un homme de 39 ans, pris en charge par un centre d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) du département, est décédé après avoir fait une première tentative de suicide quelques jours auparavant. Un appel d'urgence a été effectué après cette première tentative, mais aucune prise en charge n'a été mise en place. Quelques jours plus tard, celui qui était surnommé « Chris le Punk » décédait à la suite d'un nouveau geste suicidaire.

Le 29 juillet, Clément, 26 ans, a été retrouvé sans vie dans une voiture près de la gare Sud de France. Il était connu des associations locales qui le rencontraient régulièrement lors de leurs maraudes. Une bénévole explique : « Ce sont des sans-abri jeunes qui sont décédés ces dernières semaines ici. Ils étaient âgés entre 19 ans et 40 ans, quelle tristesse. Pour Clément, 26 ans, que nous connaissions bien, c'est trop jeune pour mourir. »

En effet, ce qui frappe dans ces décès, c'est leur âge. Piou-Piou avait 24 ans, Clément 26 ans, Christopher, 39 ans, Martin, 40 ans. L'espérance de vie des personnes sans domicile est estimée à environ 49 ans, soit près de trente ans de moins que celle de la population générale. Ces chiffres terrifiants illustrent l'ampleur de la crise sociale qui frappe la ville mais aussi le pays. Sur les 15 dernières années, le nombre de SDF en France a doublé. En parallèle, les gouvernements successifs ont poursuivi des politiques d'austérité, réduisant toujours plus les moyens de l'action sociale au moment même où les besoins explosent.

Les associations montpelliéraines ont été durement touchées par ces offensives. L'association Luttopia a ainsi dû fermer son accueil de jour Utopia 004, le 30 avril 2026, faute de moyens. Le lieu permettait notamment aux personnes sans-abri d'avoir accès à des douches, des sanitaires et un accueil. Depuis son ouverture en 2021, jusqu'à 52 personnes pouvaient y être accueillies chaque jour. Quelques mois plus tôt, c'est AREA qui fermait après la décision de la préfecture de ne pas renouveler son financement. L'association accompagnait depuis dix ans des personnes vivant notamment dans les bidonvilles de Montpellier. Après une mobilisation de salariés contre l'expulsion d'un bidonville, l'État a suspendu les subventions destinées à l'association, soit 60 % de son financement, alors qu'elle avait accompagné 447 personnes, dont 173 mineurs en 2024.

L'État poursuit ses attaques austéritaires et aggrave la crise sociale

Une dynamique qui est loin de décélérer, comme l'indique la décision de la Direction Départementale de l'Emploi, du Travail et des Solidarités de couper 8% du budget territorial consacré à l'hébergement d'urgence. Une attaque qui s'inscrit dans la continuité de la saignée austéritaire orchestrée par le gouvernement. L'hébergement d'urgence est principalement financé par l'État, via le programme budgétaire 177. Au niveau national, les crédits sont déterminés dans le cadre du budget de l'État. Leur mise en œuvre territoriale relève des préfets et des services déconcentrés de l'État, notamment la DREETS et la DDETS.

Cette entreprise de démantèlement de l'action sociale est inséparable de la politique de chasse aux pauvres organisée par la mairie. Michaël Delafosse présente souvent Montpellier comme une ville qui « prend soin » de ses habitants et revendique sa politique de résorption des bidonvilles. Mais derrière cette communication, les expulsions se poursuivent tandis que la mairie ne propose aux personnes expulsées aucune solution.

En octobre 2025, après l'expulsion d'un lieu occupé par Solidarité Partagée, une trentaine de personnes, dont quinze enfants, ont dormi pendant une semaine devant la mairie. Des rassemblements ont eu lieu tous les soirs pour demander leur relogement. Après plusieurs jours de mobilisation, la mairie a finalement annoncé leur mise à l'abri dans des hôtels précaires où certaines familles se partageaient une chambre d'une dizaine de mètre carré à 5 ou 6. En août 2025, après l'expulsion du bidonville de l'avenue de Maurin, 13 personnes étaient toujours sans solution de logement pérenne.

Mais cette situation qui ne cesse de se dégrader a provoqué de nombreuses réactions ces derniers mois, à l'image de la mobilisation des travailleurs sociaux au sein de la coordination contre les coupes budgétaires en 2025. Mardi 15 septembre, une manifestation avait lieu devant la préfecture de l'Hérault. En parallèle, plusieurs collectifs citoyens se sont formés, à l'instar du collectif citoyen contre le sans-abrisme qui appelait à un rassemblement, le mardi 15 septembre, en hommage à Peter, décédé la semaine dernière.

Alors que la mairie et l'État sont les architectes de cette offensive anti-sociale, la réponse ne pourra jamais venir d'eux. Le gouvernement poursuit ses attaques austéritaires à l'échelle nationale et présente un budget austéritaire qui prévoit 54 milliards de coupes. Décidé à faire payer la crise aux travailleurs, Lecornu veut à tout prix protéger les intérêts du patronat et les milliards d'euros aides aux entreprises qui ont creusé le déficit tout en avançant dans la militarisation du pays. Un agenda militariste et austéritaire qui se répercute sur l'ensemble du territoire, comme à Bordeaux, où Cazenave veut réduire de 182 millions d'euros le budget de la métropole.

Dans cette situation, le champ de l'action sociale montre toutes ses limites alors qu'elle dépend des financements d'un État qui, d'un même geste, plonge le pays dans la pauvreté tout en détruisant les dispositifs de gestion de la misère. Dans ce contexte, c'est seulement en construisant un rapport de force, en indépendance des institutions, qu'il est possible de défendre des mesures à hauteur de crise : face au sans-abritisme, il faut exiger la réquisition sans indemnités de tous les logements vides pour reloger l'ensemble des personnes à la rue et imposer la construction de nouvelles structures d'hébergement financés par les profits du grand patronat.

Un rapport de force qui suppose d'articuler l'ensemble des colères qui s'exprime en cette rentrée sociale : de la mobilisation lycéenne qui s'étend sur le territoire aux revendications des pompiers et des énergéticiens en passant par les appels diffus au 17 octobre, qui réveille la crainte d'un retour des Gilets jaunes chez les classes dominantes. En se liant et en se renforçant mutuellement entre elles, l'ensemble de ces mobilisations pourrait converger dans un mouvement plus fort contre les attaques austéritaires et racistes du gouvernement.

La réquisition des logements vides est-elle possible ? Comment construire la convergence entre les différents secteurs et le rapport de force contre le gouvernement ?

Viens en discuter le 16 octobre à l'Assemblée Ouverte de Révolution Permanente, à partir de 18h30 au Mas Réemploi, 56 venue du Marché Gare à Montpellier !

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