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Sommet du spatial : quelle stratégie pour les travailleurs face au réarmement et aux offensives patronales ?

Wed, 30 Sep 2026 20:12:06 CEST

Révolution Permanente

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Les 8 et 9 septembre, 130 travailleurs et militants syndicaux du spatial se sont réunis à Paris pour le Sommet des travailleuses et des travailleurs du spatial, organisé par la CGT-Métallurgie. Un débat stratégique central était au cœur des discussions : dans un contexte de réarmement, les travailleurs doivent-ils se ranger derrière la défense de la souveraineté française ou construire une alternative indépendante et internationaliste ?

Les 8 et 9 septembre, la CGT-Métallurgie organisait à la Bourse du Travail de Paris un sommet des travailleuses et travailleurs du spatial, en réponse au sommet international de l'espace tenu au même moment par Emmanuel Macron au Grand Palais. Environ 130 personnes ont participé au sommet, essentiellement des militants syndicaux CGT venus de Thales, Airbus, l'ONERA, le CNES, ainsi que des sociétés d'études comme Magellium-Artal et CLS. Des représentants d'EELV, du PCF, du PS et de LFI étaient également présents. Une initiative importante à l'heure où le secteur est bouleversé par les restructurations, la financiarisation et une militarisation accélérée. Pendant deux jours, six tables rondes ont abordé ces transformations, mais aussi l'environnement, le vol habité ou la santé au travail, avec en fil rouge la question du contrôle des travailleurs sur l'avenir du secteur.

Face à Bromo, reprendre le contrôle aux industriels

Le projet Bromo a logiquement occupé une place centrale dans les discussions. Ce projet, qui prévoit de regrouper les activités spatiales de Thales, Airbus et Leonardo, est présenté comme une réponse à SpaceX. Mais derrière ce « champion européen », se trouve surtout une logique de concentration et de recherche de profits, qui annonce des économies faites sur les travailleurs : fermetures de sites, liquidation d'acquis sociaux, suppressions d'emplois, et hausse des cadences. Ces attaques sont déjà à l'œuvre chez Airbus et Thales et une telle concentration ferait aussi peser une forte pression sur les sous-traitants, face à un géant capable d'imposer ses prix et ses réductions de coûts. Surtout, derrière cette défense de la « souveraineté » et la « compétitivité » se cache en réalité une défense acharnée des intérêts des puissances impérialistes européennes, sur fond de tension avec Trump notamment autour du Groenland.

Le sommet a ainsi posé frontalement la question du pouvoir des grands groupes sur un secteur pourtant largement financé par l'argent public. Alors que des milliards d'argent public irriguent la filière, les grandes orientations industrielles restent largement entre les mains d'Airbus, Thales ou Leonardo, qui les déterminent en fonction des profits des actionnaires.

Face à cette situation, plusieurs propositions ont émergé au sein de la CGT. La CGT Thales Alenia Space a notamment défendu la mise en place d'un comité stratégique de filière associant puissance publique, CNES, ONERA, industriels et représentants des salariés. Sophie Binet a de son côté appelé à un moratoire sur Bromo et à un débat parlementaire, tout en défendant une « planification citoyenne des travailleurs ».

Si ces propositions ont le mérite de chercher à dessaisir les grands groupes d'une partie de leur pouvoir sur la filière, elles en laissent largement l'arbitrage à l'État sans remettre complètement en cause le pouvoir des industriels. Une limite pointée par plusieurs interventions, et qui s'est particulièrement exprimée dans les débats sur la militarisation.

Face à la militarisation, deux orientations en débat

Deux lignes principales se sont dégagées du sommet. La première se résume à travers les positions de la direction de la CGT, qui s'oppose à « l'économie de guerre », défend la réduction des budgets militaires au strict minimum nécessaire à la défense du territoire et la sortie de l'OTAN. Mais elle défend dans le même temps une « défense nationale souveraine » et la création d'un Pôle public national de défense.

Cette revendication d'une souveraineté française et européenne s'est retrouvée sous différentes formes au sommet. Lors de la table ronde sur la militarisation, Arnaud Saint-Martin, député insoumis, a ainsi défendu une « autonomie stratégique française et européenne » et une « dissuasion spatiale », le renforcement des capacités militaires devant selon lui permettre, à terme, d'imposer la paix et le désarmement.

Lire aussi : Pacifiste, mais pas trop. La France insoumise et la guerre

Un discours bien connu, que l'on retrouve par ailleurs également dans les rangs du bloc gouvernemental, selon lequel le réarmement préparerait la paix, mais qui en dernier instance conduit nécessairement à appeler à s'unir derrière le drapeau pour défendre la nation. En clair, un discours qui ne sert en réalité qu'à donner un verni progressiste au réarmement.

Une autre ligne, critique de ce militarisme « de gauche », a cependant émergé au fil des discussions. Notamment à travers les interventions de Vanessa Pedinotti, militante à Révolution Permanente et représentante de la CGT Magellium-Artal, qui près le sommet écrivait à propos de cette « autonomie stratégique française » : « La souveraineté française dont on parle n'est rien d'autre que la défense des intérêts des actionnaires de Thalès, Airbus, Safran, Dassault et des marchands d'armes. C'est au nom de cette souveraineté française qu'on augmente massivement les dépenses militaires pendant que les budgets de la recherche sont attaqués et qu'on saigne les services publics. »

Au-delà, nombreuses sont les voix qui ont souligné le non-sens pure et simple d'un réarmement restreint à la « défense de la souveraineté française ». Car la France n'est pas seulement une puissance qui chercherait à se protéger face aux autres grandes puissances : la France est elle-même une puissance impérialiste, dont la puissance économique et militaire repose notamment sur le maintien de ses intérêts et de sa présence dans ses anciennes colonies.

Cette critique a résonné avec l'intervention de Jean-Victor Castor, député guyanais de MDES. En effet, le Centre spatial guyanais est un exemple particulièrement frappant de cette réalité. C'est un des piliers de l'impérialisme français en matière de spatial qui se fait au détriment des guyanais. Jean-Victor Castor soulignait : « La Guyane n'a jamais été consultée pour l'installation de cette base. C'est une présence qui nous a été imposée, avec très peu de retombées. La base est totalement défiscalisée, pas de taxe foncière, plus de mille kilomètres carrés, pendant que Kourou est totalement délabré […] c'est une verrue sur le territoire guyanais avec des intérêts qui sont soit militaires, de souveraineté militaire pour la France, soit commerciaux pour les pays européens ».

Refuser la militarisation, refuser la casse sociale

Ces discours ne se sont pas limités à dénoncer le vernis progressiste de cette militarisation : ils ont aussi posé la question des moyens d'y résister concrètement. C'est le sens du droit de retrait éthique porté par des salarié-es de Magellium-Artal, de Thales et de Capgemini comme l'a expliqué Vanessa Pedinotti : « Cette revendication importante du droit de retrait éthique pose la nécessité et la possibilité immédiate de refuser de travailler sur ce qu'on ne veut pas. Notre direction n'a pas accepté cette revendication, parce que pour elle, et pour toute la bourgeoisie, ça pose un problème particulier qu'on puisse aujourd'hui décider de ne pas travailler sur quelque chose, alors que précisément le contexte de militarisation, c'est mettre au pas les travailleurs. Cette revendication doit aussi nous servir à nous compter, à savoir qu'on n'est pas seuls à ne pas vouloir travailler sur des projets, et à rassembler nos forces, parce que seulement nous compter, ça n'est pas suffisant si ça n'est pas suivi d'un plan de bataille. »

Cette revendication fait écho à des batailles déjà menées ailleurs. À Fos-sur-Mer, des dockers ont refusé de charger des composants militaires destinés à Israël. Chez Capgemini, des salariés se sont mobilisés contre la collaboration du groupe avec l'ICE, la police américaine de l'immigration.
Dans des contextes différents, ces mobilisations posent ainsi une même question : celle du pouvoir des travailleurs sur la finalité de leur propre travail.

Aussi, les discussions ont mis en lumière comment la militarisation peut servir de justification aux attaques contre les conditions de travail dans le secteur. En effet, en juin, Guillaume Faury, PDG d'Airbus, invoquait les menaces sur « la sécurité en Europe et au-delà » et la nécessité de livrer les équipements « plus rapidement », tout en appelant les salariés à « faire plus en moins de temps » et à « travailler sans relâche ». Les « exigences de la guerre moderne » deviennent ainsi des exigences imposées aux travailleurs : davantage de cadences, moins de télétravail et une pression accrue sur les salariés.

Les travailleurs d'Airbus en Espagne ont précisément refusé cette mise au pas. Après plus de deux mois de mobilisation, qui ont culminé fin août dans une grève illimitée massivement votée dans plusieurs sites, les salariés ont imposé des reculs à Airbus, notamment sur les salaires et le télétravail.

Cette mobilisation a aussi montré la possibilité d'unir ingénieurs et ouvriers et de dépasser les divisions entre les différents sites du groupe. Et elle illustre en retour les limites d'une stratégie reposant sur l'État et la souveraineté. Face à une lutte qui mettait en difficulté un groupe au cœur du patronat militaro-industriel, le gouvernement de Pedro Sánchez, souvent présenté comme l'un des plus progressistes d'Europe, est intervenu directement dans le conflit pour favoriser un accord garantissant la « compétitivité » et la « viabilité industrielle » d'Airbus Espagne.

Lorsque les revendications des travailleurs entrent en contradiction avec les intérêts stratégiques de « leur » industrie, l'État montre toujours de quel côté il se range.

Quel syndicalisme face à la militarisation ?

À travers ces différentes interventions se dessinait ainsi une orientation syndicale alternative à celle de la « souveraineté nationale » : partir des intérêts propres des travailleurs face à la militarisation, plutôt que de les subordonner à ceux de leur patronat et de leur gouvernement.

C'est sur ce fondement que l'on a pu entrevoir la perspective d'un syndicalisme antimilitariste et anti-impérialiste, mais aussi internationaliste, capable d'unir tous les travailleurs du secteur, et de construire un rapport de force au-delà des frontières nationales.

Plus largement, ces discussions posent aussi la question de savoir qui décide de ce que nous produisons et dans quel but. Ces perspectives doivent permettre de porter la nationalisation sans indemnité ni rachat du spatial et, plus largement, des secteurs essentiels, sous contrôle ouvrier : non plus seulement refuser ce que nous ne voulons pas produire, mais décider collectivement de ce qui doit l'être et dans quel but. C'est par cette voie qu'il sera possible de stopper les attaques anti-sociales et qu'il sera possible de développer une production au service des besoins réels de la population, et non de la course à l'armement et des profits des actionnaires.

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