Rennes : retour sur une grève victorieuse contre la précarité au lycée Bréquigny
Wed, 30 Sep 2026 20:18:21 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalEn juillet dernier, une grève spontanée des assistants d'éducation a éclaté au lycée Bréquigny contre le non-renouvellement de leur collègue. Au terme d'une grève reconductible d'une semaine, articulant différents méthodes d'auto organisation, les AED ont obtenu gain de cause.

Cet été, pendant plusieurs semaines au lycée Bréquigny, le plus grand lycée de Bretagne, la colère montait chez les assistants d'éducation. Ces agents, assimilés à des fonctionnaires (privés de la quasi-totalité des avantages du statut), s'occupent de l'ensemble des missions propres à la « vie scolaire » : présence des élèves en cours, lien avec les familles, accompagnement individuel, etc.
Les AED sont donc en première ligne, avec les jeunes et leurs professeurs, de la casse de l'Éducation nationale. A titre d'exemple, la fin d'année scolaire dernière a été marquée par une gestion catastrophique de la canicule. En effet, le personnel encadrant a du gérer l'absence totale d'horaires aménagées, une mesure qui aurait pourtant pu permettre d'adapter les horaires de travail et d'étude afin d'éviter les heures les plus chaudes.
Ainsi, au terme d'une année marquée par un sentiment général d'absence de considération, dans un secteur aussi précaire qu'essentiel pour le fonctionnement des établissements scolaires, les assistants d'éducation de Bréquigny ont appris que l'un de leurs collègues ne serait pas renouvelé à l'issue de sa cinquième année. Pour rappel, depuis l'adoption de la loi Balanant en 2024, les assistants d'éducation ont le droit de prétendre à un CDI seulement après six années d'exercice cumulées. Un droit auquel l'établissement avait décidé de se soustraire, ce malgré des entretiens élogieux quant à la qualité du travail réalisé par l'assistant d'éducation en question, et un avis favorable formulé par le Rectorat pour sa reconduite au sein du lycée.
Face à cette offensive, comprise à juste titre par les travailleurs de Bréquigny comme une offensive contre le droit à l'obtention d'un CDI, les assistants d'éducation ont entamé une grève reconductible pour obtenir le renouvellement de leur collègue, [ainsi que la fin « du mépris et des inégalités dans la profession » et pour des « conditions de travail dignes et la garantie d'accès à un CDI pour toutes et tous ».
Assemblées générales, caisse de grève, recherche de soutiens : les méthodes de l'auto organisation appliquées à Bréquigny
Cette mobilisation spontanée est le fruit d'une auto-organisation entre l'ensemble des grévistes : des assemblées générales se sont tenues quotidiennement afin que tous les assistants d'éducation, majoritairement non-syndiqués, puissent décider des revendications et de la stratégie à adopter. À ce titre, les assistants d'éducation ont cherché dès le départ à structurer la grève afin de pouvoir se mobiliser sur le temps long. Ainsi, dès le premier jour de grève, ils ont lancé une caisse de grève afin de pouvoir garantir la possibilité à chaque collègue de se mobiliser, en conscience de la précarité qui structure le secteur. En quelques jours, ils ont récolté plus de 2000 euros, permettant au plus grand nombre de poursuivre le mouvement.
En parallèle, ils ont construit la solidarité autour d'eux afin d'agréger des soutiens. Soutenu par des assistants d'éducations de deux autres établissements rennais (le lycée Joliot-Curie et le lycée Émile Zola) qui ont rejoint le mouvement de grève en solidarité, des syndicalistes de Force Ouvrière et des militants de Révolution Permanente, les grévistes de Bréquigny ont aussi organisé une diffusion de tracts à destination des parents d'élèves venus inscrire leurs enfants dans l'établissement.
Face à l'absence de réponse concernant le renouvellement de leur collègue, et conscients que la souffrance au travail des AED n'était pas cantonnée à Bréquigny, ils ont ensuite contacté les équipes de vie scolaire d'une dizaine d'établissements de la ville, afin d'agréger des soutiens et les appeler à rejoindre la mobilisation.
Ils ont été rapidement soutenu par la section CGT du lycée Rousseau à Sarcelles, des assistants d'éducation et enseignants du lycée Paul Éluard à Saint-Denis, ou encore des organisations étudiantes de Rennes, qui ont tenu à rappeler dans un communiqué que « notre précarité ne sera jamais une excuse pour virer des travailleurs précaires », faisant écho à l'instrumentalisation de la précarité étudiante de la part de la direction de l'établissement pour justifier le non-renouvellement de leur collègue.
Cette vague de solidarité a culminé dans l'organisation d'un rassemblement pour interpeller le Rectorat de Rennes, réunissant une cinquantaine de personnes dont plusieurs équipes de vie scolaire d'autres établissements, des enseignants du lycée Bréquigny ainsi que de nombreuses organisations syndicales et politiques. C'est à la suite de ce rassemblement, après avoir annoncé leur volonté d' amplifier la mobilisation dès la rentrée » et après le dépôt d'un préavis de grève pour le mois de septembre, que la mobilisation des assistants d'éducation du lycée Bréquigny a finalement débouché sur le renouvellement de leur collègue.
Une grève exemplaire qui montre la voie face à la casse de l'Éducation Nationale
Dans un contexte marqué par toujours plus de coupes budgétaires dans les services publics et par la multiplication d'offensives autoritaires dans l'Éducation Nationale, le mouvement de grève victorieux des assistants d'éducation du lycée Bréquigny pourrait servir d'exemple au reste des travailleurs du secteur.
En effet, alors que le budget de 2026 a supprimé 4000 postes d'enseignants et fermé des milliers de classes dans les écoles primaires, le gouvernement prévoit de nouvelles offensives en 2027, en proposant par exemple de s'attaquer à l'allocation de rentrée scolaire dont bénéficient les familles modestes issues des classes populaires. Dans ce contexte, la construction d'un véritable rapport de force, dans le cadre d'une mobilisation incluant l'ensemble des personnels du secteur, les élèves et les parents d'élèves est le seul moyen efficace pour contrer la dégradation des conditions de travail et d'études dans l'éducation.
À ce titre, la victoire de la grève des AED de Bréquigny témoigne qu'il est possible de construire une mobilisation qui dure, y compris chez les travailleurs précaires de l'éducation. À l'inverse du discours développé par les directions syndicales à l'encontre des secteurs précaires du monde du travail, qui considèrent le faible taux de syndicalisation, l'instabilité des contrats et les salaires bas comme des facteurs indépassables. Ce mouvement démontre justement qu'à partir d'une stratégie claire et par les méthodes de l'auto organisation (assemblées générales, caisses de grève), il est possible d'obtenir des victoires concrètes.
Dans le contexte actuel de mobilisation et de blocages par les lycéens depuis plusieurs semaines contre les conditions d'études délabrées et la répression policière, cet exemple doit être un point d'appui pour chercher à construire une jonction consciente des AED et autres personnels de l'éducation aux côtés des mêmes lycéens. Alors que la répression se poursuit et s'accentue contre les lycéens mobilisés, les travailleurs de l'éducation doivent plus que jamais faire front aux côtés du mouvement lycéen, le protéger face à la répression et le soutenir pour renforcer la mobilisation.