Retour

« Après un blocus réussi, il faut étendre et organiser le mouvement ! » Billet d'Abel, lycéen au Havre

Wed, 30 Sep 2026 22:18:13 CEST

Révolution Permanente

Ouvrir l'original

Abel, lycéen, revient sur l'organisation d'un blocus ayant rassemblé plusieurs centaines de lycéens au lycée François Ier au Havre. En solidarité, des travailleurs de différents secteurs de la ville sont venus soutenir le blocus.

Ce matin nous avons bloqué notre lycée du centre du Havre, le lycée François 1er. Car on tenait à mettre en lumière nos conditions de travail, les journées 8h-18h interminables, et des conditions déplorables dans lesquelles on est censés réussir à apprendre, avec des classes surchargées et des locaux déplorables. On ne veut plus des cours le samedi. Les rythmes scolaires qu'on nous impose nous épuisent et nous empêchent d'avoir une vie sociale. C'est impossible à tenir comme rythme.

Ça fait plusieurs jours qu'on voit des mobilisations lycéennes dans tout le pays, la répression comme seule réponse du gouvernement. On a bloqué car on tenait à faire partie du mouvement des lycéens de tout le pays, parce que notre ras-le-bol est général. On est venus nombreux à 6h du matin pour mettre en place le blocus et on s'est tout de suite mis à faire des pancartes pour exprimer nos revendications.

L'an dernier déjà, j'avais participé à l'organisation du mouvement dans mon lycée, pendant le mois de septembre. On avait réussi à tenir un blocus, qui avait même servi de point de ralliement le 18 septembre pour des centaines de manifestants. Mais cette année, j'ai été moi-même surpris par la détermination de mes camarades lycéens. Au moment de la mise en place du blocus, on était deux fois plus nombreux que l'an passé. Et aux moments les plus forts, on était entre 400 et 500 à être là, pas juste pour rater des cours comme prétendent les médias et le gouvernement, mais au contraire avec des idées très claires de ce qu'on dénonce. Sur les pancartes des lycéens ou dans les interview qu'on a publiées avec RP Le Havre, on voit la profondeur du ras-le-bol et la clarté des revendications.

Je crois que la réussite de ce blocage tient à deux choses. D'abord, la dynamique nationale énorme, le courage des lycéens d'Île-de-France qui ont ouvert la voie et ont tenu face à la répression depuis la semaine dernière. Ils ont lancé une mobilisation de jeunesse dans tout le pays, et ces derniers jours je croisais beaucoup de personnes dans mon lycée qui me demandaient « alors, c'est quand les blocus ? ». Ensuite, on a essayé de s'organiser le mieux possible.

En termes de préparation, je ressens une grande différence avec l'an dernier. Il y a un an, je rencontrais les camarades de Révolution Permanente sur les blocus, mais je n'étais pas encore militant. Aujourd'hui, le fait d'être organisé m'a permis de réfléchir plus stratégiquement avec les camarades sur des questions importantes. Par exemple, il est évident que le gouvernement a choisi la répression comme moyen de faire taire la mobilisation. Face à ça, il est évident que les lycéens ne doivent pas rester isolés. L'exemple du lycée Paul Eluard à Saint-Denis où les profs et AED ont fait un cordon pour protéger les lycéens face à la police est très puissant ! Beaucoup ont vu ce moment, mais peu savent que les camarades de RP qui travaillent dans l'établissement ont joué un rôle important dans cette action. C'est pour ça qu'on a pensé que dans une ville ouvrière comme Le Havre, il fallait absolument construire ce genre de convergences entre travailleurs et lycéens. La veille du blocus, on a donc passé une bonne partie de la soirée à appeler des syndicalistes, des raffineurs, des travailleurs de plusieurs boîtes des alentours. Et ça a marché !

Grace à ça on a eu sur le blocus la présence des travailleurs de Siemens, Sidel, Yara et des raffineurs. Ils ont pris la parole pour nous soutenir et ont fait le lien entre leurs horaires de boulot et nos emplois du temps interminables qu'on subit. Ce qu'on voit c'est qu'en réalité, le but de l'école, c'est juste de nous préparer à baisser la tête quand on ira bosser. Le 8h-18h aujourd'hui, puis les 3x8 toute la vie ? C'est aussi pour ça que je milite avec Révolution Permanente. Pour qu'il y ait un travailleur dans l'élection présidentielle, Anasse Kazib, quelqu'un qui sait ce que ça veut dire d'être épuisé par le travail. Dans cette campagne, on défend la réduction du temps de travail à 28h/semaine, pour ne pas perdre sa vie au travail sans aucun temps libre. Pour moi c'est profondément lié au combat pour la réduction du temps de cours, c'est-à-dire la fin du 8h-18h, les deux vont de pair !

Il y aurait beaucoup d'autres revendications à citer. Pendant qu'on se mobilisait, la répression est montée d'un cran, un lycéen a été éborgné à Tours. La violence policière est la seule réponse du gouvernement depuis le début de notre mobilisation. Notre mouvement doit exiger la suppression immédiate du LBD, de toutes les armes ayant été utilisées contre des lycéens, mais aussi l'abandon de toutes les poursuites contre les lycéens. Maintenant, c'est à nous de nous organiser en assemblée pour pouvoir discuter entre nous de nos revendications, de notre plan de bataille et de notre coordination avec les autres lycées ainsi que les travailleurs qui nous soutiennent.

Avec mes camarades lycéens, on a voté pour continuer le blocus à François Ier demain. Aujourd'hui deux lycées étaient bloqués et demain on devrait en compter plus de six. Ça montre que malgré la répression la dynamique est à l'expansion du mouvement ; ça montre aussi que la colère de la jeunesse est profonde. Aujourd'hui, notre mouvement de jeunesse est une étincelle, mais on est conscients que pour alimenter le feu de la mobilisation, il nous faut du combustible : les travailleurs à nos côtés. Le mouvement lycéen a déjà fait beaucoup pour briser la passivité dans le pays. Mais on le sait, le ras-le-bol est général et il faudrait que la mobilisation le soit aussi : il faut qu'il y ait une grève générale.

Crédits photo : Révolution Permanente.

/ / /