Lycées bloqués : les avocats mobilisés dénoncent la répression brutale contre les lycéens
Tue, 29 Sep 2026 17:33:23 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalDepuis une semaine, des lycéens bloquent leurs établissements contre leurs conditions d'étude déplorables. En réponse, l'État réprime à coups de charges, gaz, matraques et interpellations violentes : 164 rien qu'hier, au moins 40 aujourd'hui. Des avocats du CAJ mobilisés aux côtés des jeunes documentent une répression qui se poursuit jusque dans les commissariats.

Depuis le début de la semaine dernière, les lycéens de nombreux établissements des quartiers populaires de Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne et du Val-d'Oise se mobilisent : blocus et rassemblements avec le soutien d' enseignants et personnels d'éducation solidaires de leurs élèves, contre les journées de cours 8 heures - 18 heures, les bâtiments insalubres qui tombent en ruine, le manque criant d'enseignants et de personnels médico-sociaux, les classes surchargées, Parcoursup ou encore la surveillance toujours plus étroite des élèves dans leurs établissements.
Dans le 93, la dénonciation de l'islamophobie et des violences policières quotidiennes subies par la jeunesse sont également au cœur des revendications, comme l'expriment de nombreux lycéens.
Et depuis une semaine, c'est comme toujours la répression de l'État qui répond à cette mobilisation : dans plusieurs villes, les jeunes ont été directement confrontés aux forces de répression à coups de charges, placages, gazs et interpellations brutales.
Encore ce matin, des images scandaleuses et d'une extrême violence ont circulé sur les réseaux sociaux, face auxquelles le gouvernement préfère répandre des fake news racistes sur la prétendue sauvagerie de la jeunesse des quartiers populaires.
A Sarcelles, où les élèves du lycée Cassin se mobilisent de manière exemplaire aux côtés de leurs professeurs, plusieurs lycéens affirment également avoir été frappés à l'arrière d'un véhicule de police après leur interpellation. À Stains, des jeunes mobilisés rapportent avoir été traînés au sol puis frappés. À Saint-Denis, les forces de répression, auxquelles s'est jointe notamment la police municipale dionysienne, étaient présentes dès 8 heures encore hier et aujourd'hui aux lycées Paul Éluard et Suger, et devant de très nombreux autres lycées pour violenter massivement les lycéens. A Saint-Ouen-l'Aumône, hier, la police a tiré sur un lycéen au lance-grenade, en plein visage et à seulement quelques dizaines de centimètres de lui en lui cassant les dents.
Une répression particulièrement brutale qui frappe la jeunesse des quartiers populaires, alors qu'on décompte au moins 164 interpellations de lycéens simplement sur la journée d'hier, et a minima 40 interpellations de lycéens et 10 blessés aujourd'hui à la mi-journée
Pour soutenir et défendre ces jeunes face à la répression, les avocates et avocats du Collectif d'action judiciaire interviennent depuis plusieurs jours dans différents commissariats notamment à Saint-Denis, Sarcelles, Gonesse et Stains. Au fil des auditions et des entretiens, ils rapportent eux-mêmes de nombreux témoignages de violences physiques, de menaces et d'humiliations, aussi bien lors des interpellations que pendant les gardes à vue.
Face à cette situation, les avocats ne se contentent pas d'assurer la défense des jeunes : ils ont également rejoint leur mobilisation et documentent les conditions de leur répression. Dimanche, dans un communiqué annonçant le dépôt de plaintes concernant les violences dénoncées ainsi que la saisine de l'IGPN et du procureur de la République, six d'entre eux rapportent notamment :
« Un lycéen de Paul Éluard, âgé de 15 ans, est arrivé au commissariat le visage en sang. Il n'a pu être examiné par un médecin que six heures après le début de sa garde à vue. Selon son témoignage, les policiers lui ont écrasé le visage au sol et maintenu ainsi plusieurs secondes, et il a reçu plusieurs gifles à l'intérieur du commissariat. Sa garde à vue a finalement été classée sans suite. À sa sortie, il a été hospitalisé en urgence et une suspicion de fracture du crâne a été évoquée.
Un autre lycéen de Paul Éluard, âgé de 16 ans, rapporte avoir été plaqué et maintenu au sol lors de son interpellation, avoir reçu un coup de poing au niveau du foie, puis une gifle au commissariat de Saint-Denis. Des policiers lui auraient également crié à plusieurs reprises : « Ferme ta gueule » et « Plus il parle, plus j'ai envie de le frapper ». Lui aussi n'a été examiné par un médecin qu'après six heures de garde à vue.
Les téléphones de ces deux lycéens auraient par ailleurs été jetés au sol et cassés par des policiers au moment de leur interpellation.
Un élève du lycée Bartholdi nous a également rapporté avoir été frappé à l'intérieur de sa cellule à partir de 20 h 30, en raison de l'exercice de son droit de garder le silence lors de son audition.
Un lycéen de Stains affirme avoir lui aussi été brutalisé et menacé par un policier en ces termes : « Si ça ne tenait qu'à moi, on vous aurait déjà tous dégommés. Si je te recroise, je te fracasse. »
Enfin, deux élèves du lycée Jean-Jacques Rousseau à Sarcelles ont été frappés à l'arrière d'une voiture de police, juste après leur interpellation. »
Elsa Marcel, militante à Révolution permanente et une des avocates mobilisées, a également publié un communiqué ce 29 septembre, relatant les violences policières d'une extrême gravité contre le jeune de Saint-Ouen l'Aumône dont elle assure la défense : « Hospitalisé, il présente, selon les premiers examens médicaux, une double fracture de la mâchoire, la totalité des dents du haut sont cassées et il lui manque 4 dents en bas [...]. À ces lourdes séquelles physiques s'ajoute un traumatisme psychologique majeur. Ces faits d'une extrême gravité illustrent le déchainement de violence auquel s'est livrée la police aux abords d'un établissement scolaire et à l'encontre d'un enfant ».
Et ces témoignages ne s'arrêtent pas aux violences physiques et psychologiques des adolescents, puisque les avocats dénoncent également les entraves auxquelles ils se sont directement heurtés pour les défendre. Dans plusieurs commissariats, ils ont été empêchés ou contraints d'attendre plusieurs heures avant de pouvoir leur parler, notamment à Saint-Denis - où d'autres droits de la défense, comme celui de voir un médecin en garde à vue, ont donc eux aussi été lourdement retardés. Toujours dans le même but : faire peur à la jeunesse pour qu'elle se taise.
Si plusieurs lycéens réprimés sont sortis de garde à vue, c'est notamment grâce à la mobilisation conjointe des lycéens, des professeurs, des assistants d'éducation et des avocats militants qui ont défendu ces jeunes. C'est cette unité, devant les lycées comme dans la rue - celle aujourd'hui contre la casse des services publics, qui devra continuer notamment avec l'appel au 17 octobre contre l'austérité - qui permettra de combattre efficacement la répression policière et judiciaire qui s'abat sur ceux qui dénoncent la destruction de leur vie et de leur avenir savamment organisée par l'État.
A l'heure où la police continue d'attraper tous les jours les lycéens partout par dizaine, il faut également continuer la mobilisation devant les commissariats et devant le tribunal où beaucoup seront déférés pour les soutenir, en exigeant la libération totale de tous les jeunes réprimés par l'Etat et l'abandon complète de l'ensemble des poursuites.