Bordeaux : une mobilisation lycéenne record contre l'austérité et la répression
Tue, 29 Sep 2026 21:18:06 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalCe 29 septembre, la jeunesse lycéenne girondine s'est mobilisée massivement. De Magendie à Montaigne, en passant par Créon et Bègles, les blocages d'établissements se sont multipliés contre l'austérité, l'extrême droite et la répression policière.

À l'occasion de la journée nationale de grève et de mobilisation du 29 septembre pour les salaires, contre l'austérité et la vie chère, la jeunesse lycéenne a montré la voie. Alors que la contestation s'est étendue à plus de 300 lycées à travers tout le pays, Bordeaux et la Gironde ont connu des rassemblements et des blocages d'une ampleur unique.
Dès l'aube, des milliers de lycéens ont barricadé les entrées et occupé le parvis d'au moins une dizaine de lycées de la métropole, comme Montaigne, Kestler, Mauriac et Magendie, mais aussi à Bègles ou à Créon . Cette journée d'actions et de mobilisation dans la fonction publique a permis la rencontre entre les revendications propres à la jeunesse et le rejet global du coup de la vie et de la politique d'austérité du gouvernement.
Au lycée Magendie de nombreux élèves pointent la responsabilité de l'État dans la dégradation de leurs conditions : « On est en manque de profs, on est en manque d'aide psychologique avec les infirmières, avec les psys, avec les conseillers d'orientation. On est tout simplement en manque de moyens et en manque d'aide, et on voudrait que l'État accepte cette réalité et fasse quelque chose pour la changer » explique d'emblée une lycéenne.
Une seconde intervenante détaille le bilan des politiques d'austérité dans les établissements : « Il y a plus de 4 000 postes dans l'Éducation nationale qui ont été supprimés, c'est-à-dire des remplaçants, des professeurs, des infirmières, des psy, des AED. Il y a des lycées qui n'ont pas de profs de philosophie en terminale ».
Les conditions matérielles déplorables dans les salles de classe sont également pointées du doigt : « Dans certaines classes, la température monte au-delà de 35 degrés. Alors comment on peut se concentrer dans de telles conditions ? ».
Elle alerte également sur la dégradation de la santé mentale des élèves : « De plus en plus d'élèves souffrent de dépression, d'anxiété, de stress chronique, et on n'a aucun soutien par rapport à ça. [...] On nous demande d'être concentrés tout au long de la journée, on fait des 8h-18h parfois avec une heure pour manger ».
À cette surcharge de travail s'ajoute le couperet de la sélection : « La pression continuelle sur les élèves dès la rentrée, dès la première, dès la seconde : Parcoursup, Parcoursup ! Il y en a qui se retrouvent sans établissement à la rentrée post-bac, c'est déplorable, c'est pas possible ! »
Solidarité avec les travailleurs, antifascisme et soutien à la Palestine
Loin d'un mouvement replié sur lui-même, les jeunes mobilisés ont tenu à réaffirmer une ligne de solidarité de classe et d'opposition globale à la politique du gouvernement.
« On est également en soutien avec les pompiers et les travailleurs en grève, les fonctionnaires, contre la précarité montante, leur salaire qui n'est pas suffisant. Je pense aux profs, aux pompiers, toutes les personnes aujourd'hui qui sont en colère », souligne une lycéenne de Magendie avant d'aller rejoindre la manifestation de la fonction publique. « Aujourd'hui on voit bien que l'État met ses sous dans le militarisme »
Cette combativité s'est doublée d'un refus sans concession de l'extrême droite et de ses idées. Devant les grilles de nombreux lycées, les élèves rassemblés ont scandé le slogan historique : « La jeunesse emmerde le Front National », affirmant l'ancrage antiraciste et antifasciste de la jeunesse en lutte.
La nature politique de la mobilisation des lycéens s'est également illustrée lors d'une action devant le lycée Magendie. Profitant d'un direct de la chaîne BFMTV venu couvrir le blocage, plusieurs dizaines d'élèves ont entouré le reporter en répétant le slogan Free Palestine !
L'autre fait marquant de cette journée à Bordeaux réside dans la concrétisation de l'unité entre la jeunesse universitaire et la jeunesse lycéenne. Un cortège étudiant, parti du campus de l'Université Bordeaux Montaigne, a traversé la ville pour venir rejoindre le blocus du lycée Montaigne. Au total le cortège de jeunesse a réuni plus de 1000 personnes. Cette alliance illustre la volonté de la jeunesse de construire un front commun contre la sélection à l'université, la casse de l'enseignement secondaire et les politiques austéritaires.
Faire bloc avec les lycéens contre la répression
Cette détermination en Gironde s'inscrit dans un mouvement national marqué par une combativité lycéenne qui ne cesse de grandir face à une brutalité policière décomplexée. « On est aussi ici en soutien à tous les autres lycéens qui ont pu recevoir des coups par la police, je pense surtout aux lycées sur Paris », rappelait à ce titre une élève.
Dans la capitale et en région parisienne, le préfet de police Laurent Nunez s'est ouvertement vanté d'avoir fait interpeller 164 lycéens, recourant aux gardes à vue de masse pour tenter d'étouffer la contestation. De la répression déployée par la police à Saint-Denis aux intimidations devant les établissements, la réponse de l'État est systématiquement violente.
Face à ces violences, il y a urgence à s'organiser collectivement contre la répression, aux côtés du mouvement ouvrier, des syndicats et des personnels de l'éducation.
La journée du 29 septembre, à Bordeaux comme partout en France, démontre l'immense potentiel de mobilisation de la jeunesse lycéenne. Derrière les blocus, les lycéens réaffirment qu'ils ont leur mot à dire sur leur quotidien dans les établissements, mais aussi sur la situation politique plus largement. L'enjeu est désormais que cette politisation puisse se structurer et s'inscrire dans la durée. Assemblées générales, coordinations lycéennes, comités de mobilisation : l'histoire du mouvement lycéen a, à plusieurs reprises par le passé, démontré sa capacité à s'organiser collectivement et à construire des mobilisations d'ampleur. Des traditions d'organisation et de lutte sur lesquelles il faut aujourd'hui s'appuyer pour structurer la mobilisation.