Retraites : Solidaires exige toujours l’abandon de la réforme de 2023 !
Mon, 28 Sep 2026 17:46:57 CEST
Union Syndicale Solidaires
Ouvrir l'originalLe rapport de la conférence Travail-Emploi-Retraites rédigé par des « Garants » nommés par le gouvernement parmi lesquels Jean Denis Combrexelle, ex directeur de cabinet d’Elisabeth Borne, vient d’être remis au Premier ministre. Il a été rendu public lors d’une séance au CESE le 18 septembre 2026.
Solidaires constate que le rapport ne reprend pas les équilibres et les constats issus des travaux de l’atelier consacré aux retraites. Solidaires, avec la CGT et la FSU a dénoncé les faux-semblants de cet exercice de « dialogue social »1 qui se voulait innovant en mêlant les questions du travail, de l’emploi et des retraites, et qui avait pour objectif de trouver des points faisant consensus pour l’avenir des retraites notamment.
Pour Solidaires, la priorité demeure inchangée : la réforme des retraites de 2023 doit être abandonnée. Suspendue depuis le vote du dernier budget, elle est inadaptée puisqu’elle ne résout pas la question des recettes du régime et notamment celui des cotisations, elle est injuste et elle reste massivement rejetée par la population et l’ensemble des syndicats.
Une simple suspension, un report de calendrier ou un mécanisme de modulation de l’âge de départ ne répondent pas aux besoins et aux enjeux. Ils maintiennent l’injustice fondamentale de la réforme et entretiennent l’incertitude pour l’ensemble des générations.
Notre présence à la Conférence, sans concession ni illusion.
Si Solidaires a participé à cette conférence, en particulier à l’atelier Retraites, ce n’est ni pour cautionner le cadre imposé par le gouvernement ni pour servir de caution sociale à de nouveaux reculs. C’est parce que nous refusons de laisser les organisations patronales et les défenseurs de la capitalisation et/ou du système par points parler seuls de l’avenir des retraites. Alors que notre Union syndicale interprofessionnelle est régulièrement exclue des discussions au nom d’une représentativité mesurée de manière restrictive dans le privé, notre présence dans les luttes, dans les services publics et auprès des personnels est une réalité incontournable. Avec les organisations syndicales qui ont porté une orientation de résistance et de progrès sociaux, nous avons contribué à empêcher que le processus ne reprenne les projets encore plus brutaux préparés dans le cadre du précédent « Conclave ». Le Medef, quant à lui, a préféré la politique de la chaise vide, mais a largement pesé sur la rédaction finale.
Nous revenons ici sur différents éléments défendus par Solidaires, nos revendications ainsi que sur plusieurs lignes rouges qui ont été franchies par le rapport lequel se conclut par d’hypocrites « voies de passage ». Ces voies de passage ne sont en réalité qu’un moyen détourné de remettre sur la table la nécessité selon les auteurs de procéder à une ènième réforme des paramètres d’âge dans le but de réduire encore les pensions. Elles leur permettent en outre de faire entrer un peu plus la capitalisation au détriment du système par répartition (pourtant proclamé dans le rapport comme incontournable).
Contre un âge de départ mobile et illisible
Les « voies de passage » pointées par les garants qui ont introduit des propositions parfois jamais discutées sont celles-ci :
– une « règle d’or » automatique, calculée sur le niveau supposé des réserves, garante d’un équilibre financier des caisses de retraites (autant dire le retour d’un moyen de baisser les pensions au vu de l’augmentation du nombre des pensionné-es, sans jamais remettre en cause le niveau des recettes).
– un âge d’équilibre qui serait à trouver entre l’âge de départ et la liquidation (67 ans) et qui serait assorti d’une forte décote pour les personnes devançant cet âge.
Derrière un vocabulaire technique présenté comme neutre, un tel dispositif pourrait conduire à :
- repousser progressivement l’âge réel de départ ;
- accroître les décotes pour les personnes qui ne pourraient pas prolonger leur activité ;
- faire peser les ajustements financiers sur les salariés et les agents publics ;
- rendre les règles plus complexes et moins lisibles ;
- organiser une baisse du niveau des pensions sans l’assumer explicitement.
il s’agit ni plus ni moins de rendre symbolique l’âge de départ à la retraite, et de choisir la date de son départ selon les décotes et/ou des surcotes instituées. Autant dire qu’il s’agit d’une manière de relever en catimini l’âge de départ à la retraite et de décider d’un âge sans décôte qui pourrait donc être au-delà de 67 ans ! Dans ce schéma, la durée de cotisation requise serait maintenue sans que la clarté soit au rendez-vous !
Solidaires refuse que l’âge de départ soit transformé en variable d’ajustement automatique. Nous dénonçons la volonté des gouvernements et du patronat de basculer la gestion des régimes de retraite dans un système « quasi-automatique » où la réduction des pensions serait « pilotée » par indicateurs, et où seuls les paramètres d’allongement du temps travaillé compteraient, sans possibilité d’augmenter les cotisations.
La retraite est d’abord un choix de société qui ne doit pas être exclu du débat démocratique.
La retraite doit être un droit garanti, et non une récompense accessible seulement à celles et ceux qui auront pu travailler toujours plus longtemps.
Le recul de l’âge de départ frappe d’abord les personnes ayant commencé tôt leur carrière, celles qui connaissent des carrières hachées ou précaires, les femmes, les agents exposés à la pénibilité et les personnels dont l’état de santé ne permet pas de prolonger leur activité.
Dans la fonction publique, il aurait également des conséquences directes sur des métiers déjà marqués par les sous-effectifs, l’intensification du travail et la perte d’attractivité. Allonger les carrières ne réglera ni les difficultés de recrutement ni la dégradation des conditions de travail.
La capitalisation n’est pas une solution
Solidaires conteste également toute ouverture vers un développement de la capitalisation comme nouvel étage du système de retraite : le rapport acte de la possibilité d’un système additionnel au système par répartition…alors que seule une organisation patronale en a fait la proposition !
Les travaux de l’atelier avaient montré que cette orientation était loin de faire consensus et qu’elle était principalement portée par certaines organisations patronales et les acteurs intéressés au développement de l’épargne financière (patrons de banques et d’assureurs). Elle ne peut donc être présentée comme une conclusion partagée de la conférence.
La capitalisation ne constitue pas une alternative solidaire à la répartition :
- elle dépend des marchés financiers et expose les épargnants à des risques importants ;
- elle favorise les personnes disposant déjà des revenus les plus élevés ;
- elle détourne une partie des ressources vers des produits financiers et des frais de gestion ;
- elle peut conduire à une baisse du niveau garanti par les régimes collectifs ;
- elle bénéficie déjà de dépenses importantes de défiscalisation (plus de 2 milliards de coût fiscal pour les PER et autres dispositifs de capitalisation existants), qui pourraient être affectées, plus utilement, au financement solidaire des retraites.
L’expérience de la retraite additionnelle de la fonction publique confirme qu’un dispositif de capitalisation ne peut pas être érigé en modèle général. L’ERAFP reste soumis aux risques de marché et ne bénéficie pas d’une aide fiscale comparable à celle accordée à certains dispositifs privés. Son rendement doit en outre être apprécié au regard d’une politique de placement cherchant à intégrer des exigences de protection du climat et de la biodiversité : ces choix sont nécessaires, mais ils ne permettent pas de promettre des rendements élevés et garantis. On note, toutefois, que depuis sa création il y a 20 ans, la gestion par un établissement public de ce régime a au moins évité les scandales financiers qui ont marqué la gestion privée par les banques, assureurs et financiers français et européens (Credit lyonnais, HSBC, etc).
Il est donc irresponsable de présenter la capitalisation comme un moyen simple de compenser les insuffisances de la retraite par répartition. La retraite des travailleuses et des travailleurs ne doit pas devenir une source de profits pour les marchés financiers.
Et pour la fonction publique ?
Notre participation a aussi permis de rappeler qu’une réforme des retraites ne peut pas être conçue à partir du seul modèle du secteur privé. Les inégalités entre les femmes et les hommes, la pénibilité, les carrières longues, les métiers en catégorie active et les conditions de travail des agentes et agents publics doivent être examinés à partir de leurs réalités propres.
La CNRACL, caisse de retraite des territoriaux et des hospitaliers, doit avoir un avenir : le gouvernement voudrait la dissoudre dans le régime général ou l’utiliser comme variable d’ajustement financier. Ses difficultés actuelles ont pour principale origine le manque de moyens financiers attribués par l’État pour que les collectivités locales et les établissements hospitaliers et sociaux puissent régler la totalité des cotisations nécessaires à l’équilibre du régime. L’absence de recettes suffisantes est aussi le résultat d’une politique de recrutement massifs de contractuels et précaires depuis des années dont les cotisations vont au régime général et à l’IRCANTEC ! Un pôle public pourrait constituer une perspective uniquement s’il renforçait la solidarité, préservait les droits et garantissait une représentation effective des personnels et des employeurs publics.
Dans tous les cas, Solidaires s’opposera à toute opération qui entraînerait une baisse des pensions ou une remise en cause du statut de la fonction publique et du Code des pensions civiles et militaires de retraite.
Pour une retraite solidaire dans le public comme dans le privé
Solidaires défend un système de retraite fondé sur la solidarité entre les générations et sur la garantie d’un niveau de pension permettant de vivre dignement.
Cela suppose notamment :
– l’abandon de la réforme de 2023 et le retour à un âge légal de départ à 60 ans ;
– la reconnaissance et la prise en compte de la pénibilité et des carrières longues ;
– une amélioration des droits des femmes et des personnes ayant connu des interruptions de carrière ;
– la défense des régimes de retraite de la fonction publique et de leurs spécificités ;
– la prise en compte de la rémunération et des primes dans le calcul de la retraite des agents publics, avec des garanties collectives et non par le recours à la capitalisation ;
– une revalorisation des pensions et des minima de retraite ;
– la création d’emplois statutaires et l’amélioration des rémunérations dans la fonction publique ;
– un financement reposant notamment sur l’augmentation des salaires, l’égalité salariale, la fin des exonérations patronales injustifiées et une meilleure répartition des richesses.
Les déséquilibres financiers annoncés ne justifient pas de faire travailler plus longtemps celles et ceux qui ont déjà payé leur retraite par leurs cotisations. Ils doivent conduire à interroger le partage de la richesse produite et les choix budgétaires opérés par les gouvernements successifs.
Solidaires appelle à poursuivre la mobilisation
Ce rapport, dont les conclusions n’engagent que ses auteurs, n’effacera pas nos mobilisations contre la réforme de 2023. Il ne peut davantage servir de justification à une nouvelle dégradation des droits sociaux.
Solidaires appelle les personnels du public et les salariés du privé à poursuivre la mobilisation pour l’abandon définitif de la réforme des retraites de 2023 aujourd’hui suspendue et pour une retraite solidaire, financée par la répartition et garantissant à toutes et tous un départ à 60 ans.
1Déclaration commune consultable à l’adresse suivante : https://www.solidaires.org/app/uploads/2026/09/20260918_DECLA-COMMUNE-REMISE-RAPPORT-CONF-RETRAITE_1789742094996-part-1.pdf