Dans le Val-d'Oise, la mobilisation lycéenne s'enracine, avec le soutien de plusieurs enseignants
Mon, 28 Sep 2026 16:08:30 CEST
Révolution Permanente
Ouvrir l'originalAlors que la mobilisation lycéenne continue de s'étendre, on assiste dans le 95 à une mobilisation conjointe des lycéens et de leurs enseignants dans plusieurs établissements. Une dynamique d'alliance centrale qui doit s'amplifier à l'occasion du 29 septembre.

Depuis quelques jours la mobilisation lycéenne s'étend. Dans le Val-d'Oise, le blocus du lycée René Cassin ce mercredi 23 septembre a donné le coup d'envoi à un mouvement qui touche désormais de très nombreux établissements. Vendredi 25 septembre, les lycées Arthur Rimbaud et Simone de Beauvoir à Garges-lès-Gonesse, Maryse Condé et Jean-Jacques Rousseau à Sarcelles, Pierre Mendès France à Villiers-le-Bel, René Cassin à Gonesse, ou encore des établissements de Domont et Beaumont-sur-Oise étaient tous bloqués par les élèves, démontrant une extension rapide, à l'image de ce qui se passe par ailleurs en Seine-Saint-Denis.
Une mobilisation profonde face à un système scolaire violent
Partout les élèves mobilisés dénoncent les conditions d'apprentissage déplorables auxquelles ils sont confrontés dans les quartiers populaires, aggravées par les coupes austéritaires brutales, mais aussi l'absence de perspectives d'avenir, « on peut pas rêver de mieux pour plus tard » comme le formulaient les élèves mobilisés du lycée Saint-Exupéry à Créteil, dans une vidéo devenue virale qui a inspiré le mouvement.
Les emplois du temps surchargés sont au cœur de la colère lycéenne :« Avec des emplois du temps de 8h à 18h on a plus de vie sociale, on fait comment pour les activités extrascolaires, toute notre vie elle est au lycée, et les soirs et les week-end on a plein de devoirs », dénonce une élève de Jean-Jacques Rousseau. « On n'en peut plus, on est surchargé, on est épuisé, alors que ça fait un mois, je ne pense pas que ce soit normal », abonde une élève de René Cassin.
Au-delà, c'est l'absence de considération et l'ensemble des violences du système scolaire que dénonce la jeunesse lycéenne. « On fait ce blocus pour montrer notre mécontentement sur le système scolaire, le gouvernement ne s'occupe que de notre voile plutôt que de nous permettre d'avoir des professeurs dans toutes les matières », dénonce une lycéenne de Sarcelles. « Sur les réseaux, on voit beaucoup les gens dire que nous les enfants de banlieues on est des sauvages, car notre blocus il est trop fort, trop agressif, mais quand on essaye de parler, on ne nous prend pas au sérieux, quand on emploie la manière forte, on nous traite de sauvages. On se bat pour nos droits et pour se faire entendre. On est des jeunes qui voulons avoir un avenir, c'est ça le vrai message », expliquent d'autres lycéennes mobilisées de Sarcelles, Domont et Villiers-le-Bel réunies devant le commissariat de Sarcelles qui appellent « à la mobilisation dans tous les lycées de France ». L'interdiction des téléphones portables en vigueur depuis cette année, tout comme les réglementations concernant les tenus vestimentaires, de l'interdiction du voile et de l'abaya à celle des crocs avivent la colère des élèves contre toutes les mesures autoritaires et carcérales qui leurs sont imposées à l'école. Même son de cloche au lycée René Cassin : « ils regardent tout le temps si on a notre téléphone dans la main, si on porte des crocs alors qu'il y a beaucoup plus important à gérer ».
Autant d'expressions politiques qui pointent du doigt la brutalité d'une école toujours plus autoritaire et sélective envers laquelle ces blocus expriment une révolte très profonde de la jeunesse lycéenne.
Une répression brutale visant à criminaliser la mobilisation lycéenne
Dans le 95 comme ailleurs, leur mobilisation a été férocement réprimée afin d'une part d'intimider les élèves et de tenter d'empêcher son extension, d'autre part afin d'isoler le mouvement lycéen en cherchant à le décrédibiliser et à criminaliser les élèves. « Je voudrais témoigner du choc que j'éprouve de voir les forces de l'ordre équipées de LBD et flashballs, dire aussi combien le soupçon qui pèse sur les lycéens par rapport à leurs moyens d'action, à leurs revendications, à leurs capacités de réflexion sur les conditions qu'ils vivent à l'intérieur de l'établissement sont injustes », témoigne une enseignante du lycée Jean-Jacques Rousseau de Sarcelles. De nombreux élèves ont été placés en garde-à-vue suite à des interpellations violentes, avec placage au sol et tabassage. Le collectif d'action judiciaire qui a défendu de nombreux gardés à vu annonce ainsi déposer plainte.« Plusieurs lycéens nous ont rapporté avoir subi des violences policières d'une particulière gravité » précise leur communiqué qui répertorie plusieurs cas grave ayant même entraîné l'hospitalisation d'un élève. La police a par ailleurs chargé à de nombreuses reprises les élèves mobilisés de Jean-Jacques Rousseau et Maryse Condé tandis que des tirs de flashball ont eu lieu devant René Cassin.
🛑 Communiqué 🛑
Nous sommes plusieurs avocats à être intervenus auprès des lycéens gardés-à-vue à la suite de leurs mobilisations. Des violences d'une extrême gravité ont été commises au moment des interpellations ou à l'intérieur des commissariats. Ces pratiques scandaleuses participent d'une mécanique construite pour terroriser cette jeunesse des quartiers populaires.
Aussi, nous déposons plainte pour les faits identifiés et saisissons l'IGPN.
— Elsa Marcel (@Elsa_Marcel) September 27, 2026
De leur coté le rectorat et les directions d'établissement ont emboîté le pas à la répression policière. A Jean-Jacques Rousseau jeudi puis à René Cassin vendredi, la procédure de l'alerte intrusion et le confinement qui en découle ont été utilisés afin de réprimer les élèves et les empêcher de rejoindre le blocus, permettant à la police de pénétrer dans l'établissement, violentant les élèves et une enseignante à Jean-Jacques Rousseau et se livrant à des fouilles de sacs en pleine salle de classe à René Cassin. C'est donc main dans la main avec la police que le rectorat cherche à réprimer la jeunesse mobilisée, en envisageant d'ores et déjà des procédures disciplinaires.
Un front commun des personnels et élèves se dessine dans plusieurs établissements, le 29 septembre doit permettre de l'élargir
Alors que le gouvernement et l'institution scolaire cherchent à isoler et criminaliser le mouvement lycéen, on assiste dans le Val-d'Oise à la meilleure des réponses dans certains établissements où les personnels se sont joints à leurs élèves afin de leur apporter leur solidarité. Au lycée René Cassin, les personnels sont en grève depuis trois jours et présents quotidiennement devant l'établissement avec leurs élèves. Au lycée Jean-Jacques Rousseau, plusieurs enseignants ont cherché à protéger les élèves des violences policières en se plaçant face à la police et en allant jusqu'aux portes du commissariat pour exiger la libération sans poursuites de leurs élèves placés en garde-à-vue.
Cette solidarité s'exprime d'abord face à la répression :« depuis mercredi 23 septembre, une mobilisation lycéenne a lieu au lycée René Cassin de Gonesse et dans plusieurs autres établissements de la région. Cette mobilisation a été durement réprimée par les forces de l'ordre : plusieurs arrestations, présence armée de flashball à l'entrée du lycée, élèves plaqués au sol. Nous souhaitons réaffirmer notre soutien aux lycéen.nes face à cette répression » écrivent les personnels grévistes dans leur communiqué. Dans le même sens, la CGT éducation 95a pris position pour dénoncer la répression, qu'elle vienne de la police ou de l'institution : « la répression policière est autrement plus violente pour ces élèves qui ne peuvent exprimer leur mécontentement sans voir la police débarquer et intimider, si ce n'est arrêter certains d'entre eux. Nous exigeons qu'aucune poursuite judiciaire ni administrative n'ait lieu à l'encontre des élèves mobilisés. La CGT Educ'Action 95 soutient les lycéens mobilisés et s'oppose à la répression organisée »
Mais la solidarité des personnels va bien au-delà, et les enseignants mobilisés de René Cassin et de Jean-Jacques Rousseau, mais aussi les personnels rassemblés en Assemblée générale à Maryse Condé expriment tous partager les revendications de leurs élèves à travers leurs communiqués et chercher à construire une mobilisation commune. Celle-ci, débutée dans quelques rares établissements peut s'élargir à l'occasion de la journée de grève nationale du 29 septembre dans la fonction publique.
C'est ce que revendiquent des personnels grévistes de Jean-Jacques Rousseau : « Leur engagement l'a montré : seule une mobilisation déterminée, collective et convergente portera ses fruits. A leurs côtés, aux côtés de leurs parents, et de l'ensemble de la fonction publique, nous nous mettrons en grève ce mardi 29 septembre pour réclamer : la libération immédiate de toustes les lycéen.nes détenu.es et l'abandon de toutes les charges et poursuites contre toustes les élèves du mouvement des blocus ; des embauches massives d'enseignant.es, d'AED, d'AESH, d'infirmières et d'assistant.es sociaux/sociales ; la titularisation de tous les personnels précaires ; un investissement à hauteur des besoins pour la rénovation des bâtiments, afin d'accueillir chacun.e dans des conditions de travail et d'hygiène acceptables, et de tenir compte du dérèglement climatique ; la fin du 8h-18h : des rythmes scolaires viables, permettant à nos élèves d'assimiler vraiment les savoirs et de vivre leur jeunesse ; le droit effectif à se réunir librement, s'exprimer et s'organiser en mettant à leur disposition des temps et lieux pour ce faire ; la fin de Parcoursup, machine à créer, perpétuer et accentuer des inégalités ; le retrait des lois liberticides et la fin de la militarisation de l'école (la loi de 2004, la circulaire abaya, interdiction des téléphones, le SNU, les classes défenses…) ».
Ces perspectives sont un premier pas central pour renforcer cette mobilisation profonde. Dans un contexte où la colère sociale est particulièrement forte dans le pays, le réveil du mouvement lycéen peut être une étincelle importante, à condition de ne pas l'observer de loi. Il y a urgence à ce que l'ensemble des personnels de l'éducation travaillent à cette jonction, par la grève, et il revient aux organisation syndicales de l'éducation de ne pas fermer les yeux face à la mobilisation lycéenne.
Le 29 septembre au matin plusieurs assemblées générales auront lieu afin de coordonner les colères, notamment à Sarcelles dans la salle des vignes blanches. Elles sont un point d'appui central pour renforcer la mobilisation et rendre possible la convergence explosive entre le mouvement lycéen et le mouvement ouvrier.